‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 52 sur 99 · RÉPONSE DU P. VALÉRIEN AUX CALOMNIES · texte numérisé non relu

RÉPONSE DU P. VALÉRIEN AUX CALOMNIES

« les plus illustres ecclésiastiques et dans les cours souveraines ; que je suis aussi pensionnaire de Port-Royal^ <c et que je faisais des romans avant mes Lettres^ » moi qui n'en ai jamais lu aucun ^ et qui ne sais pas seulement le nom de ceux qu'a faits votre apologiste '? Qu'y a-t-il à dire à tout cela^ mes pères ^ sinon : Mentiris im^ pudenlissime , si vous ne marquez toutes ces personnes ^ leurs paroles^ le temps, le lieu? Car il faut se taire, ou rapporter et prouver toutes les circonstances, comme je fais quand je vous conte les histoires du père Alby et de Jean d'Alba. Autrement^ vous ne ferez que vous nuire à vous-mêmes. Toutes vos fables pouvaient peut-être vous servir avant qu'on sût vos principes; mais à présent que tout est découvert, quand vous penserez dire à Toreille a qu'un homme d'honneur, qui désire « cacher son nom, vous a appris de terribles choses « de ces gens-là, » on vous fera souvenir incontinent du Mentiris impudentissime du bon père Capucin. Il n'y a que trop longtemps que vous trompez le monde, et que vous abusez de la créance qu'on avait en vos impostures. Il est temps de rendre la réputation à tant*de personnes calomniées*. Car quelle innocence peut être si généralement reconnue, qu'elle ne souffre quelque atteinte par les impostures si hardies d'une Compagnie répandue par toute la terre, et qui sous des habits religieux couvre des ômes si irréligieuses, qu'ils commettent des crimes tels que la calomnie, non pas contre leurs maximes, mais selon leurs propres maximes? Ainsi l'on ne me blâmera point d'avoir détruit la créance qu'on pouvait avoir en vous , puisqu'il est bien plus juste de con-

' Vapologiste dont parle ici Pascal est Desmarets de Saint-Sorlin , Tauteur de Clovis et des Visionnaires, auquel Nicole répondit par ses Imaginaires et ses Visionnaires , qui donnèrent lieu à leur tour aux deux lettres si spirituelles de Racine. ( iH. Vabhé Maynard. )

server à tant de personnes que vous avez décriées la réputation de piété qu'ils ne méritent pas de pardi e^ que de vous laisser la réputation de sincérité que vous ne méritez pas d'avoir. Et comme ]'un ne se pouvait faire sans l'autre^ combien était-il important de faire entendre qui vous êtes ! C'est ce que j'ai commencé de faire ici; mais il faut bien du temps pour achever. On le verra, mes pères; et toute votre politique ne vous en peut garantir, puisque les efforts que vous pourriez faire pour l'empêcher ne serviraient qu'à faire connaître aux moins clairvoyants que vous avez eu peur, et que yotre conscience vous reprochant ce que j'avais à vous dire, vous avez tout mis en usage pour le prévenir.

AUX RÉVÉRENDS PÉRÈS JÉSUITES

Calomnies horribles des Jésuites contre de pieux ecclésiastiques et de saintes religieuses.

Du 4 décembre I6S6.

Mes révéeends pères ^

Voici la suite de vos calomnies, où je répondrai d'abord à celles qui restent de* vos Avertissements. Mais comme tous vos autres livres en sont également remplis, ils me fourniront assez de matière pour vous entretenir sur ce sujet autant que je le jugerai nécessaire^ Je vous dirai donc en un mot, sur cette fable que vous avez semée dans tous vos écrits contre M. d'Ypres, que vous abusez malicieusement de quelques paroles ambiguës d'une de ses lettres, qui, étant capables d'un bon sens, doivent être prises en bonne part, selon l'esprit de l'Église, et ne peuvent être prises autrement que selon l'esprit de votre Société*. Car pourquoi voulezvous qu'en disant à son ami, « Ne vous mettez point « tant en peine de votre neveu ; je lui fournirai ce qui « est nécessaire de l'argent qui est entre mes mains, » il ait voulu dire par là qu'il prenait cet argent pour ne le point rendre, et non pas qu'il l'avançait seulement pour le remplacer? Mais ne faut-il pas que vous soyez bien imprudents d'avoir fourni* vous-mêmes la con-

' Éd. in-4<* et in- 1 2 : selon Tesprit charitable de TÉgliâe , et ne peuvent être prises autrement que selon Tesprit malin de votre Société. ' Ibid. : puisque vout avez fourni.

victioD de votre mensonge par les autres lettres de M. d'Ypres que vous avez imprimées^ qui marquent visiblement ^ que ce n'était en effet que des avances qu'il devait remplacer! C'est ce qui parait dans celle que vous rapportez , du 30 juillet 1619^ en ces termes^ qui vous confondent : « Ne vous souciez pas des avances; il ne (( lui manquera rien tant qu'il sera ici; » et par celle du 6 janvier 1620, où il dit : (c Vous avez trop de hâte; « et quand il serait question de rendre compte, le peu « de crédit que j'ai ici me ferait trouver de l'argent au a besoin. »

Vous êtes donc des imposteurs , mes pères , aussi bien sur ce sujet que sur votre conte ridicule du tronc de Saint-Merry. Car quel avantage pouvez-vous tirer de l'accusation qu'un de vos bons amis suscita à cet ecclé- '^siastique que vous voulez déchirer? Doit-on conclure qu'un homme est coupable parce qu'il est accusé? Non, mes pères : des gens de piété comme lui pourront toujours être accusés tant qu'il y aura au monde des calpmniateurs comme vous. Ce n'est donc pas par l'accusation, mais par l'arrêt, qu'il en faut juger. Or, l'arrêt qui en fut rendu, le 23 février 1656, le justifie pleinement; outre que celui qui s'était engagé témérairement dans cette injuste procédure fut désavoué par ses collègues, et forcé lui-même à la rétracter. Et quant à ce que vous dites au même lieu de ce « fameux directeur qui se fit K riche en un moment de neuf cent mille livres, » il suffit de vous renvoyer à MM. les curés de Saint-Roch et de Saint-Paul, qui rendront témoignage à tout Paris de son parfait désintéressement dans cette affaire, et de votre malice inexcusable dans cette imposture.

En voilà assez pour des faussetés si vaines. Ce ne sont

• Éd. in-4- et in-12 : purfaitement

CALOMNIES DE» lÉSVlTES CONTRE PORT-ROYAL. 28$

là que les coups d'essai de vos novices, et non pas les coups d'importance de vos grands proies. J'y viens donc^ mes pères; je viens à cette calomnie^ l'une des plus noires qui soient sorties de votre esprit. Je parle de cette audace insupportable avec laquelle vous avez osé imputer à de saintes religieuses et à leurs docteurs * a de « ne pas croire le mystère de la transsubstantiation^ ni « la présence réelle de Jésus-Christ dans l'Eucharistie. » Voilà, mes pères, une imposture digne de vous; voilà un crime que Dieu seul est capable de punir, comme vous seuls êtes capables de le commettre. Il faut être aussi humble que ces humbles calomniées , pour le souffrir avec patience; et il faut être aussi méchant que de si méchants calomniateurs, pour le croire. Je n'entreprends donc pas de les en justifier; elles n'en sont point suspectes. Si elles avaient besoin de défenseurs, elles en auraient de meilleurs que moi. Ce que j'en dirai ici ne sera pas pour montrer leur innocence, mais pour montrer votre malice. Je veux seulement vous en faire horreur à vous-mêmes, et faire entendre à tout le monde qu'après cela il n'y a rien dont vous ne soyez capables. Vous ne manquerez pas néanmoins de dire que je suis de Port-Royal, car c'est la première chose que vous dites à quiconque combat vos excès : conmie si on ne trouvait qu'à Port^Royal des gens qui eussent assez de zèle pour défendre contre vous la pureté de la morale chrétienne! Je sais, mes pères, le mérite de ces pieux solitaires qui s'y étaient retirés, et combien l'Église est redevable à leurs ouvrages si édifiants et si solides. Je sais combien ils ont de piété et de lumière; car encore que je n'aie jamais eu d'établissement avec eux, comme vous le voulez faire croire sans que vous sachiez qui je

' IHrecteurs dans les éd. in-4** et in-12.

l*B0Tllia&LE8. 49

290 SEIZIÈBII': LETTRE.

suis^ je ne laisse pas d'en connaître quelques-uns^ et d'honorer la vertu de tous. Hais Dieu n'a pas renfermé dans ce nombre seul tous ceux qu'il veut opposer à vos désordres. J'espère avec son secours^ mes pères^ de vous le faire sentir; et s'il me fait la grÀce de me soutenir dans le dessein qu'il me donne d'employer pour lui tout ce que j'ai reçu de lui, je vous parlerai de telle sorte que je vous ferai peut-être regretter de n'avoir pas affaire à un honune de Port4loyal. Et pour vous le témoigner, mes pères, c'est qu'au lieu que ceux que vous outragez par cette insigne calomnie se contentent d'offrir à Dieu leurs gémissements pour vous en obtenir le pardon, je me sens obligé, moi qui n^ai point de part à cette ii^ure, de vous en faire rougir à la face de toute r%lise, pour vous procurer cette confusion salutaire dont parle TÉcriture, qui est presque Tunique remède d'un endurcissement tel que le vôtre : Impie fades eorum ignominia, et qucBrenl nomen tuum. Domine.

(Ps. LXXXII, 17.)

Il faut arrêter cette insolence, qui n'épargne point les lieux les plus saints. Car qui pourra être en sûreté après une calomnie de cette nature? Quoil mes pères^ afficher vous-mêmes dans Paris un livre si scandaleux, avec le nom de votre père Meynier à la tête , et sous cet infâme titre : a Le Port-Royal et Genève d'intelligence contre le très-saint Sacrement de l'autel, » où vous ac^ cusez de cette apostasie non-seulement M. l'abbé de SaintrCyran et M. Ârnauld, mais aussi la mère Agnès, sa sœur, et toutes les religieuses de ce monastère, dont vous dites, p. 96, a que leur foi est aussi suspecte tou- «c chant l'Eucharistie, que celle de M. Arnauld , b lequel vous soutenez, p. k, être a effectivement Calviniste! v Je demande là-dessus à tout le monde s'il y a dans l'Église des personne^ sur qui vous puissiez faire tom-

CALOMNIES DES JÉSUItES CONTRE PORT-ROYAL. 291

ber un si abominable reproche avec moins de vraisemblance. Car^ dites-moi^ mes pères ^ si ces religieuses et leurs directeurs étaient d'intelligence avec Genève contre « le très-saint Sacrement de l'autel » ( ce qui est horrible à penser ) , pourquoi auraien1>^lle8 pris pour le principal objet de leur piété ce Sacrement qu'elles auraient en abomination? Pourquoi auraient-elles joint à leur règle Finstitùtion du Saint-Sacrem^ntt Pourquoi auraient-eUes pris Thabit du Saint-Sacrement^ pris le nom de Filles du Saint-Sacrement^ appelé leur église Téglise du Saint-Sacrement? Pourquoi auraient-elles demandé et obtenu de Rome la confirmation de cette institution^ et le pouvoir de dire tous les jeudis l'office du Saint-Sacrement 9 où la foi de FÉglise est si parfaitement exprimée, si elles avaient conjuré avec Genève d'abolir cette foi de l'ÉgUse? Pourquoi se seraient-elles obligées, par une dévotion particulière, approuvée aussi par le pape, d'avoir sans cesse, nuit et jour, des religieuses en présence de cette sainte hostie, pour réparer, par leurs adorations perpétuelles envers ce sacrifice perpétuel , l'impiété de l'hérésie qui l'a voulu anéantir? Dites-moi donc, mes pères, si vous le pouvez, pourquoi de tous les mystères de notre religion elles auraient laissé ceux qu'elles croient, pour choisir celui qu'elles ne croiraient pas? et pourquoi elles se seraient dévouées d'une manière si pleine et si entière à ee mystère de notre foi, si elles le prenaient, comme les hérétiques, pour le mystère d'iniquité? Que répondez-vous, mes pères, à des témoignages si évidents, non pas seulement de paroles, mais d'actions ; et non pas de quelques actions particulières, mais de toute la suite d'une vie entièrement consacrée à l'adoration de Jésus-Christ résidant sur nos autels? Que répondez-vous de même aux livres que vous appelez de Port-Royal, qui sont tous

292 ' SEIZIÈME LETTBE.

remplis des termes les plus précis dont les Pères et les conciles se soient servis pour marquer l'essence de ce mystère? C'est une chose ridicule, mais horrible, de vous y voir répondre dans tout votre libelle en cette sorte : H. Amauld, dite»-vou8, parie bien de transiubêUmtiatian; mais il entend peut-être une trànss^tantio' tian iignificative. Il témoigne bien croire la présence réelle; mais qui nous a dit qu'il ne Tentend pas d'une figure vraie et réelle? Où. en sommes-nous, mes pères? et qui ne ferez-vous point passer pour Calviniste quand il vous plaira, si on vous laisse la licence de corrompre les expressions les plus canoniques et les plus saintes par les malicieuses subtilités de vos nouvelles équivoques? Car qui s'est jamais servi d'autres termes que de ceux-là, et surtout dans de simples discours de piété, où il ne s'agit point de controverses? Et cependant Famour et le respect qu'ils ont pour ce saint mystère leur en a tellement fait remplir tous leurs écrits, que je vous défie, mes pères, quelque artificieux que vous soyez, d'y trouver ni la moindre apparence d'ambiguïté , ni . la moindre convenance ^ avec les sentiments de Genève. Tout le monde sait, mes pères, que l'hérésie de Genève consiste essentiellement, comme vous lé rapportez vous-mêmes, à croire que Jésus-Christ n'est point enfermé dans ce sacrement; qu'il est impossible qu'il soit en plusieurs lieux; qu'il n'est vraiment que dans le ciel, et que ce n'est que là où on le doit adorer, et non pas sur l'autel ; que la substance du pain demeure , que le corps de Jésus-Christ n'entre point dans la bouche ni dans la poitrine; qu'il n'est mangé que par la foi; et qu'ainsi les méchants ne le mangent point; et que la messe n'est

' Éd. in-4» et in- 12 : d'y trouver la moindre ombre d'ambiguïté et de convenance...

FOI DE PORT-ROYAL SUR l'bUCH ARISTIE. 29^

point ua sacrifice y mais une abomination. Écoutez donc^ mes pères, de quelle manière « PortrRoyal est d'inteUi- « gence avec Genève dans leurs livres, » On y lit, à votre coufu^ioi» ; i^Que la chair et le sang de Jésu&tChrist sont i< contenus sous les espècesdu pain et du vin, » ^^Leilre de M. Arnauld, p. 359 [Œuvres y t. 19, p. 546) ; « que <( le Saint des saints est présent dans le sanctuaire, et c< qu'oji Ty doit adorer, » ihid. , p. 263 (tfttd. , p. 549) ; c( queJÉsiTSTCiiRiST habite dans les pécheurs qui commu- « nient, paj> la présence réeUe et véritable de son^corps « dans leui? poltpine, » quoique « non par la présence « de son esprit dans leur cœur, y>Fréq. comm. , 3* part. , c. 16; « que les cendres mortes des corpS:des saints tirent a leur principale dignité de cette semence de vie qui leur « est restée de Tattouchement de la chair immortelle et « vivifiante de Jésus-Christ, » 1'* part. , c. kO; « que ce c< n'est par aucune puissance naturelle , mais par la toute- « puissance de Dieu, à laquelle rien n'est impossible^ que « le corps de Jés^s^hrist est enfermé sous rkostie>ei sou s « la moindre partie de chaque hostie, » Théolog. fam, , leç. i5.; «que la vertu divine est présente pour produire « l'effet que les paroles de la consécration signifient , » ibid.; a que Jésus-Christ, qui est rabaissé et couché (( sur Fautel , est en même temps élevé dans sa gloire ; . . . « qu'il est, par lui-même et par sa puissance ordinaire , « en divers lieux en même temps, ... au milieu de l'Église « triomphante , et au milieu de l'Église miUtante et voya- <x gère, » Raisons de la Suspension du Saint-Sacrement > rais. 21 ; « que les espèces sacramentales demeurent susce pendues et subsistent eictraordinairement sans être apte puyées d'aucun sujet; et que le corps de Jésus-Christ « est aussi suspendu sous les espèces ; . . qu'il ne dépend «point d'elles, comme ies substances dépendent des « accidents, » ibid , rais . 23 ; « que la substance du pam se

• change en laissant les accidents immuables^ » Heures, dans la prose du Saint-Sacrement; « que Jésus-Chbist « repose dans rSucharistie avec la même gloire qu'il a o dans le ciel, » Lettres de H. Saint<Cyran, tom. t, liettr^93 (éd. 1648,in-8'',p 6Q6); « que son humanité glorieuse a résidedanslestabemacles de l'Église, sous les espèces a du pain quilecouvrent visiblement; et que, sachant q^ue « nous sommes grossiers', il nous conduit ainsi à Fado- « ration de sa divinité présente en tous lieux , par ceUe « de son humanité présenteen un lieu particulier, t» Md, ( fdtd. ) ; « que nous recevons le corps de Jéscs^Ihrist sur « la langue, et qu'il la sanctifie par son divin attouchec ment, d lettre 32 (ibid, , p. 231) ; « qu'il entre dans la « bouche du prêtre, » Lettre 72; « que, quoique Jésçs^ « CamiST se soit rendu accessible dansleSaini-Sacrement « par un effet de son amour et de sa clémence , il ne « laisse pas d'y conserver son inaccessibilité comme une « condition inséparable de sa nature divine; parce que, a encore que le seul corps^et le seul sang y soient par la « vertu des paroles , vi verborum, comme parle l'école, « cela n'empêche pas que toute sa divinité, aussi bien que a toute son humanité, n'y soit par une conjonction "• nécesa saire, » Défense duchc^elet du Sain^Sacremênt,!^. 217, « et enfin que FEucharistie est tout ensemble sacrement o et sacrifice, » ThioL /"am., leçon 15 ; «et qu'encore que « ce sacrifice soit une commémoration de celui de la croix. Ci toutefois il y a cette différence que celui de la messe a n'est offert que pour l'Église seule, et pour les fidèles « qui sont dans sa communion ; au lieu que celui de la « croix a été offert pour tout le monde, comme l'Écriture « parle, » Défense, p. 163. Celasuffit, mes pères, pour faire voir clairement qu'il n'y eut peut-être jamais

* Éd. in-4" et in- 1 2 : par une stiite et une conjonction.

FOI DE PORT^ROYAL SUR L*EUGHARISTIE. 29^5t

une plus ^ande impudence que la vôtre. Mais je veux encore vous faire prononcer cetarrètà vous-mêmes contrevous-mêmes. Car que demandez-vous^ afin d'ôter toute apparence qu'un hommesoit dlntelligence avec Genève ? « Si M. Amauld^ dit votre père Heynier^ p. 83 ^ eût dit « qu'en cet adorable mystère il n'y a aucune substance a du pain sous les espèces^ mais seulement lacbair et le a sang de Jésus-Christ^ j'eusse avoué qu'i) se serait dé-. « claré entièrement contre Genève, » Avouez-le donc^ imposteurs , et faitesrlui une réparation publique * . Combien de fois Tavez-vous vu dans les passages que je viens de citer! Mais^ de plus^ la Théologie fumiliére de M. de SainIrCyran étant approuvée par M. Arnauld^ elle contient les sentiments de Tun et de l'autre. Lisez donc toute Ialeçonl5^ et surtoutTarticle second^ et vousy trouverez les paroles que vous demandez , encore plus formellement que vous-mêmes ne les exprimez. «Ya-t-il du pain dans <i l'hostie et du vin dans le calice? Non ; car toute la sul)^ « stance du pain et celle du vin sont ôtées pour faire place « à celle du corps et du sang de Jésus-Christ^ laquelle y <^ demeure seule couverte des qualités et des espèces du « pain et du vin. »

Eh bien ! mes pères, direz-vous encore que le Port- Royal n'enseigne rien que Genève ne reçoive, et que M. Arnauld n'a rien dit, dans sa Seconde Lettre, qui ne pût être dit par un ministre de Charenton ? Faites donc parler Mestrezat comme parle M. Arnauld dans cette Lettre , p. 237 et suiv. (ib. , p. 6b& etsuiv. ) ; faites-lui dire «c que <K c'est un mensonge infâme de l'accuser de nier la trans- « substantiation ; qu'il prend pourfondementdeceslivres a la vérité de la présence réelle du Fils de Dieu , opposée (c à l'hérésie des Calvinistes; qu'il se tient heureux

' Éd. in-4° etia-12 ; réparation publique de cette injure publique.

SEIZIEME LETTEE.

« d'étrè en un lieu où l'on adore continuellement le Saint a des saints/ dans le sanctuaire; » ce qui est beaucoup plus contraire à la créance des Calvinistes que la présence réelle méme^ puisque^ comme dit le cardinal de RicheUeu dans ses Controverses « p. 536 : « Les nouveaux a ministres de France s' étant unis avec les Luthériens « qui croient la présence réelle de Jésus^hust dans l'Eu*a charistie> ils ont déclaré ' qu'ils ne demeurent séparés de « rÉglise^ touchant ce mystère^ qu'à cause de Fadoration « que les catholiques rendent à l'Eucharistie. » Faites signer à Genève tous les passages que je vous ai rapportés des livres de Pori^Royal> et non pas seulement les passages^ maisles traités entiers touchant ce mystère^ comme le livre de la Fréquente Communion^ l'Explication des ce* rémonies de la messe ^ l'Exercice durant la messe ^ les Raisons de la suspension du Saint-Sacrement^ la Tra-^ duction des hymnes dans les heures du Port-Royal^ etc.; et enfin faites établir à Gharenton cette institution sainte d'adorer sans cesse Iésus^hrist enfermé dans FEucharistie, comme on fait à Port-Royal, et cîb sera le plus signalé service qm vous puissiez rendre à l'Église, puisqu'alors le Port-Royal ne sera pas dHntelligence avec Genève, mais Genève d'inteUigence avec le Port^Royal et toute l'Église.

En vérité , mes pères , vous ne pouviez plus mal choisir que d'accuser le PorIrRoyal de ne pas croire l'Eucharistie ; mais je veux vous faire voir ce qui vous y a engagés. Vous savez que j'entends un peu votre politique. Vousravezbien suivie en cette renconta^e. Si M. l'abbé de Saint4]yran etM. Amauld n'avaient fait quedire ce qu'on doit croire touchant ce mystère, et non pas ce qu'on doit

' Ëd. in-4'' et in*42 : Le Saint des saints présent. * Ibid. : qui la croient, ils ont déclaré.

FOI DE PORT-ROYAL SUR l'eUCHARISTIE. 297

faire pour s'y préparer^ ils auraient été les meilleurs catholiques du monde ^ et il ne se serait point trouvé d'équivoques dans leurs termes de présence réelle de la tranêiubstantiation.Msis^vce qu'il faut que tous ceux qui combattent vos relâchements soient hérétiques^ et dans le point même où ils les combattent^ comment M. Arnauld ne le serailril pas sur TEucharistie^ après avoir fait un livre exprès contre les profanations que vous faites de ce sacrement? Quoil mes pères ^ il aurait dit impunément a qu'on ne doit point donner le corps « de Jésu»-Ghrist à ceux qui retombent toujours dans a les mêmes crimes^ et auxquels on ne voit aucune espèce rance d'amendement; et qu'on doit les séparer quelque «tempsdel'autel^pourse purifier par une pénitence sin- V cère, afin de s'enapprocherensuiteavec fruit ? » Ne souffrez pas qu'on parle ainsi ^ mes pères; vous n'auriez pas . tant de gens dans vos confessionnaux. Car votre père Brisacier dit que a si vous suiviez cette méthode ^ vous « n'appliqueriez lesangde Jesus-Ghrist sur personne. » Il vaut bien mieux pour vous qu'on suive la pratique de votre Société , que votre père Mascarenhas rapporte dans un livre approuvé par vos docteurs^ et même par votre révérend père général ; qui est : a que toutes sortes « de personnes , et même les prêtres , peuvent recevoir « le corps de Jésus-Gerist le jour même qu'ils se sont « souillés par des péchés abominables; que ^ bien loin a qpi'il y ait de l'irrévérence en ces communions ^ on est a louable^ au contraire^ d'en user de la sorte; que les « confesseurs ne les en doivent point détourner^ et qu'ils « doiventjr au contraire^ conseiller à ceux qui viennent de « commettre ces crimes , de communier àrheure même , tf parce que, encore que l'Église l'ait défendu, cette « défense est abolie par la pratique universelle de toute « la terre. » Mascar. , tr. 4 , disp. 5 , n. 284 et 285.

Voilà ce que c'est ^ mes pères ^ d'avoir des Jésuites par toute la terre; voilà la pratique universelle que vous y avez introduite et que vous y voulez maintenir. U n'importe que les tables de Jésus^hrist soient remplies d'abominations^ pourvu que vos églijses soient pleines de monde. Rendez donc ceux qui s'y opposent hérétiques sur le Saint*Sacrement : il le faut^ à quelque prix que ce soit. Mais comment le pourre^vous faire, après tant de témoignages invincibles qu'ils ont donnés de leur foi? N'avez-vous point de peur que je rapporte les quatre grandes preuves que vous donnez de leur hérésie? Vous le devriez, mes pères, et je ne dois point vous en épargner la honte. Examinons donc la première.

« M. de Saint-Cyran, dit le père Meynier, en conso- « lant un de ses amis sur la mort de sa mère, t. 1, .« lett. 11^ (p. 101) , dit que le plus agréable sacrifice et qu'on puisse offrir à Dieu dans ces rencontres est celui « de la patience : donc il est Calviniste. » Cela est bien subtil , mes pères, et je ne sais si personne en voit la raison. Apprenons-la donc de lui : a Parice^ dit ce grand « controversiste , qu'il ne croit donc pas le sacrifice de « la messe; car c'est celui-là qui est le plus agréable à a Dieu, de tous. y> Que l'on dise maintenant que les Jésuites ne savent pas raisonner. Ils le savent de telle sorte, qu'ils rendront hérétique tout ce qu'ils voudront S et même l'Écriture sainte; car ne seraiirce pasune hérésie de dire, comme fait TEcclésiastique : « 11 n'y a rien « de pire que d'aimer l'argent, nihil est iniquius quam « amare pecuniam (X, 10); » comme si les adultères, les homicides et Tidolàtrie n'étaient pas de plus grands crimes? Et à qui n'arrive-t-il point de dire à toute heure

• Éd. in-4° etin-12 : qu'ils rendront hérétiques tels discours qu'ils voudront.

Page 1