‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 51 sur 99 · CALOMNIES DES JÉSUITES · texte numérisé non relu

CALOMNIES DES JÉSUITES

<( On ne doit ni dénier ni différer l'absolution à ceux qui « sont dans les habitudes des crimes contre la loi de « Dieu, de nature * et de l'Église, encore qu'on n'y voie <c aucune espérance d'amendemeot : etsi emendationis « futurœ spes nulla appareaL » le vous prie sur cela, mes pères, de me dire lequel y a le mieux répondu, selon votre goût, ou de votre père Pinthereau, ou de votre père Brisacier , qui défendent le père Bauny en vos deitx manières : l'un en condamnant cette proposition, mais en désavouant aussi qu'elle soit du père Bauny ; Fautre, en avouant qu'elle est du père Bauny, mais en la justi^ fiant en même temps. Écoutez-ks donc discourir. Voici le père Pinthereau, T'part. , p. 19, 21 ; a Qu'appelle-fcon a franchir les bornes de toute pudeur, et passer au delà « de toute impudence, sinon d'imposer au père Bauny, « comme une chose publique et avérée dans ses livres, a une damnable doctrine?... Jugez, lecteur, de l'indi^ (( gnité de cette calomnie. . . Voyez à qui les Jésuites ont « affaire... , et après cela ne doutez plus que l'auteur « d'une si noire supposition ne doive désormais passer a pour le truchement du père des mensonges. » Et voici maintenant votre père Brisacier, 4* part., pag. 27 : « En effet, le père Bauny dit ce que vous rapportez, n- C'est démentir le père Pinfliereau bien nettement, a Mais, « ajoute-t-il pour justifier le père Bauny, vous qui repre- « nez cela, attendez quand un pénitent sera à vos pieds, « que son ange gardien hypothèque tous les droits qu'il tf a au ciel pour être sa caution; attendez que Dieu le <t Père jure par son chef que David a menti quand il a a dit, parle Saint-Esprit, que tout homme est menteur, « trompeur et fragile; et que ce pénitent ne soit plus « menteur, fragile, changeant ni pécheur comme les

* Éd . in'4* et in-l2 : de la nature.

« autres; et vous n'appliquerez le sang- de Jësus-^hrist 4( sur personne. »

Que vous semble^lril^ mes pères, de ces expressions extravagantes et impies, que, s'il fallait attendre ^'1/ j^ eût quelque espérance d'amendement dans les pécheurs pour les absoudre , il faudrait attendre que Dieu le Père jurât par son chef qu'ik ne tomberaient jamais plus? Quoi ! mes pères , n'y a-tnil point de différence entre Y espérance et la certittuie? Quelle injure estn^ faire à la grâce de Jésus-Christ/ de dire qu'il est si peu possible que les chrétiens sortent jamais des crimes contre la loi de Dieu, de nature et de l'Église, qu'on ne pourrait l'espérer sans que le Saint-Esprit eût menti : de sorte que, selon vous, si on ne donnait l'absolution à ceux dont on n espère aucun amendement, le sang de Jesds- Chri«t demeurerait inutile, et on neYappliquerait jamais sur personne! A quel étoi, mes pères, vous réduit le désir immodéré de conserver la gloire de vos auteurs, puisque vous ne trouvez que deux voies pour les justifier, l'imposture ou l'impiété; et qu'ainsi la plus innocente manièrexle vous défendre est de désavouer hardiment les choses les plus évidentes !

De là vient que vous en usez si souvent. Hais ce n'est pas encore là tout ce que vous savez faire. Vous forgez des écrits pour rendre vos ennemis odieux, comme la Lettre d'un Ministre à M. Âmauld, que vous débitâtes dans tout Paris, pour faire croire que le fivre de la Fréquente Ck)mmunion, approuvé par tant d'évéques et tant de docteurs, mais qui, à la vérité, vous était un peu contraire, avait été fait par une intelligence secrète avec les ministres de Charenton. Vous attribuez d^'autres fois à vos adversaires des écrits pleins d'impiété, comme la Lettre drculcUre des Jansénistes , dont le style impertinent rend cette fourbe trop grossière, et découvre trop

REPONSE DU t». VÂLÉRIEN AUX CALOMNIES. 281

clairement la malice ridicule de votre père Meynier, qui ose s'en servir, pag. 28, pour appuyer ses plus noires impostures. Vous citez quelquefois des livres qui ne furent jamais au monde, comme les Constitutions du Saint- Sacrement, d'où vous rapportez des passages que vous fabriquez à plaisir, et qui font dresser les cheveux à la tète des simples, qui ne savent pas quelle est votre hardiesse à inventer et publier des mensonges : car il n'y a sorte de calomnie que vous n'ayez mise en usage. Jamais la maxime qui l'excuse ne pouvait être en meilleures mains.

Maiscelle»-là sont trop aisées à détruire; et c'est pourquoi vous en avez de plus subtiles, où vous ne particularisez rien, afin d'ôter toute prise et tout moyen d'y répondre ; comme quand le père Brisacier dit « que ses (( ennemis commettent des crimes abominables, mais « qu'il ne les veut pas rapporter. » Ne semble-t-il pas qu'on ne peut convaincre d'imposture un reproche si indéterminé? Un habile homme néanmoins en a trouvé le secret, et c'est encore un Capucin, mes pères. Vous êtes aujourd'hui malheureux en Capucins, et je prévois qu'une autre fois vous le pourriez bien être en Bénédictins. Ce Capucin s'appelle le père Valérien, delà maison des comtes de Magnis. Vous apprendrez, par cette petite histoire, comment il répondit à vos calomnies. Il avait heureusement réussi à la conversion du prince Ernest, landgrave de Hesse Rheinsfelt *. Mais vos pères, comme s'ils eussent eu quelque peine de voir convertir un prince souverain sans les y appeler, firent incontinent un livre contre lui (car vous persécutez les gens

' Var. On lit dans les éditions originales : à la conversion du Itundgrave de Darmstat , ce qui est une faute; car le prince Ernest, landgrave de Hesse, dont il s^agit ici , n'était pas de la maison de Hesse-Darmstat , mais fils du prince Maurice, landgrave de Hesse.

de bien partout)^ oû^ falsifiant un de ses passages^ ils lui imputent une doctrine hérétique^. Ils firent aussi courir uneleth^ contre lui^ où ils lui disaient : «Oh! que nous a avons de choses à découvrir (sans dire quoi), dont « vous serez bien affligé! Car, si vous n'y donnez ordre, « nous serons obligés d'en avertir le pape et les cardi- « naux. » Gela n'est pas maladroit; et je ne doute point, mes pères, que vous ne leur parliez ainsi de moi. Mais prenez garde de quelle sorte il y répond dans son livre imprimé à Prague l'année dernière, pag. 112 et suiv. : « Que ferai-je, dit-il, contre ces injures vagues et indexe terminées? Comment convaincrai-je des reproches « qu'on n'explique point? En voici néanmoins le moyen . c< C'est que je déclare hautement et publiquement à « ceux qui me menacent, que ce sont des imposteurs ina signes et de trè&-habiles et très-impudents menteurs, « s'ils ne découvrent ces crimes à toute la terre. Paraisse sez donc, mes accusateurs, et publiez ces .choses sur « les toits^ au lieu que vous les avez dites à l'oreille, et « que vous avez menti en assurance en les disant à « Toreille. Il y en a qui s'imaginent que ces disputes a sont scandaleuses. Il est vrai que c'est exciter un (( scandale hoirible que de m'imputer un crime tel que <x l'hérésie, et de me rendre suspect de plusieurs autres. a Mais îe ne fais que remédier à ce scandale en soutece nant mon innocence. »

En vérité, mes pères, vous voilà malmenés, et jamais homme n'a été mieux justifié. Car il a fallu que les moindres apparences de crime vous aient manqué contre lui, puisque vous n'avez point répondu à un tel défi. Vousavez quelquefois de fâcheuses rencontres à essuyer,

' Les éd. in-4® et in-12 ajoutent ici - et certes tmis avici grand tort, car il n'orail pas attaqué votre Compagnie.

néPONSE DU p. VALÉRIEN AUX CALOMNIES. 283

mais cela ne vous rend pas plus sages. Car, quelque temps après^ vous l'attaquâtes encore de la même sorte sur un autre siqet^ et il se défendit aussi de même, pag. 151, en ces termes : « Ce genre d'hommes^ qui se i< rend insupportable à toute la chrétienté^ aspire^ sous c< le prétexte des bonnes œuvres^ aux grandeurs et à la « domination , en détournant à leurs fins presque toutes « les lois divines^ humaines^ positives et naturelles. Us « attirent^ ou par leur doctrine, ou par crainte, ou par es- « pérance , tous les grands de la terre, de l'autorité des- « quels ils abusent pour faire réussir leurs détestables « intrigues. Mais leurs attentats, quoique si criminels, « ne sont ni punis ni arrêtés : ils sont récompensés, au « contraire, et ils les commettent avec la même hardiesse « que s'ils rendaient un service à Dieu. Tout le monde a le reconnaît, tout le monde en parle avec exécration ; a mais il y en a peu qui soient capables de s'opposer à c< une si puissante tyrannie. C'est ce que j'ai fait néanc( moins. J'ai arrêté leur impudence, et je l'arrêterai « encore par le même moyen. Je déclare donc qu'ils ont a menti très-impudemment, MENrmis impudentissime. « Si les choses qu'ils m'ont reprochées sont véritables , a qu'ils les prouvent, ou qu'ils passent pour convaincus c< d'un mensonge plein d'impudence. Leur procédé sur a cela découvrira qui a raison. Je prie tout le monde a de l'observer, et de remarquer cependant que ce genr-e « d'hommes, qui ne souffrent pas la moindre des injures « qu'ils peuvent repousser, font semblant de souffrir « trè»-patienunent celles dont ils ne se peuvent défendre, t< et couvrent d'une fausse vertu leur véritable impuis- « sance. C'est pourquoi j'ai voiQu irriter plus vivement t( leur pudeur, afin que les plus grossiers reconnaissent « que s'ils se taisent, leur patience ne sera pas un effet « de leur douceur, mais du trouble de leur conscience . »

Voilà ce qu'il dit, mes pères; et il finit* ainsi : « Ces « gens-là, dont on sait les histoires par tout le monde, a sont si évidemment injustes et si insolents dans leur « impunité, qu'il faudrait que j'eusse renoncé à Jésusa Christ et à son Église, si je ne détestais leur conduite, a et même publiquement, autant pour me justifier que « pour empêcher les simples d'en être séduits. »

Mes révérends pères, il n'y a plus moyen de reculer. 11 faut passer pour des calomniateurs convaincus, et recourir à votre maxime, que cette sorte de calomnie n'est pas un crime. Ce père a trouvé le secret de vous fermer la bouche : c'est ainsi qu'il faut faire toutes les fois que vous accusez les gens sans preuves. On n'a qu'à répondre à chacun de vous, comme le père Capucin : Menliris impvdenlissime. Car que répondrait-on autre chose, quand votre père Brisacier dit, par exemple, que ceux contre qui il écrit a sont des portes d'enfer, « des pontifes du diable, des gens déchus de la foi , de « Tespérance et de la charité, qui b&tissent le trésor de «l'Antéchrist? Ce que je ne dis pas, ajoute-t-il, par « forme d'injure, mais par la force de la vérité. » S'amuseraii-on à prouver qu'on n'est pas porte d'enfer, et qu'on ne bâtit pas le trésor de l'Antéchrist?

Que doilron répondre de même à tous les discours vagues de cette sorte, qui sont dans vos livres et dans vos Avertissements sur mes Lettres? par exemple : « Qu'on s'applique les restitutions, en réduisant les « créanciers dans la pauvreté ; qu'on a offert des sacs « d'argent à de savants religieux, qui les ont refusés; « qu'on donne des bénéfices pour faire semer des hé- « résies contre la foi ; qu'on a des pensionnaires parmi

' Ces mots , il finit , manquent k tort dans Féd. in-8® ; ce ne peut étra (lif une omission de Timprimeur.

Page 1