CALOMNIES DES JÉSUITES CONTRE M. ARNAULD
M. Arnauld a dit si clairement en ces termes : a Qu'il « faut qu'il n'y ait point d'autre différence entre la pute reté de ceux qui reçoivent JÉsushCHRiST dans l'Eucha- « ristie et celle des bienheureux^ qu'autant qu'il y en Xi a entre la foi et la daire vision de Dieu > de laquelle a seule dépend la différente manière dont on le mange t( dans la terre et dans le cieL » Vous devriez , mes pères y avoir révéré dans ces paroles ces saintes vérités^ au lieu de les corrompre pour y trouver une hérésie qui ^'Y '^^ jamais , et qui n'y saurait être : qui est qu'on ne mange Jésus^hrist que par la foi> et non par la bouche^ comme le disent malicieusement vos pères Annat et Meynier^ qui en font le capital de leur accusation.
Vous voilà donc bien mal en preuves > mes pères ^ et c'est pourquoi vous avez eu recours à un nouvel artifice^ qui a été de falsifier le concile de Trente^ afin de faire que M. Arnauld n'y fût pas conforme^ tant vous avez de moyens de rendre le monde hérétique. C'est ce que fait le père Hey nier en cinquante endroits de son livre y et huit ou dix fois en la seule page ô^- ^ où il prétend que^ pour s'exprimer en catholique y ce n'est pas assez de dire : Je crois que Jésus*Christ est ]^résent réellement dans l'Eucharistie; mais qu'il faut dire : « le crois^ tt AV£C LE CONCILE^ qu'il y est présent d'une vraie préa SENGE LOCALE , dh localement. » Et sur cela il cite le concile^ sess. 13 ^ can. 3^ can. k, can. 6. Qui ne croirait ^ en voyant le mot de présence locale cité de trois canons d'un concile universel, qu'il y serait effectivement? Cela vous a pu servir avant ma quinzième Lettre ; mais à présent, mes pères, on ne s'y prend plus. On va voir le concile, et on trouve que vous êtes des imposteurs; car ces termes de présence locale, localement, localité, n'y furent jamais. Et je vous déclare de plus.
mes pères ^ qu'ils ne sont dans aucun autre lieu de ce concilie ^ ni dans aucun autre concile précédent >. ni dans aucun Père de l'Église. Je vous prie donc sur cela^ mes pères y de dire si vous prétendez rendre suspects de Calvinisme tous ceux qui n'ont point usé de ce terme. Si cela est , le concile de Trente en est suspect , et tous les saints Pères * sans exception •. N'avez-vous point d'autre voie pour rendre M. Amauld hérétique^ sans offenser tant de gens qui^e vous ont p«int fait de mal, et entre autres saint Thomas^ qui est un des plus grands défenseurs de rEucharistie, et qui s'est si peu servi de ce terme ^ qu'il Ta rejeté au contraire ^ 3 p., quaest. 76, a. 5^ où il dit : Nullo modo corpus Chrisli est in hoc sacramento localiter ? Qui ètes-vous donc^ mes pères, pour imposer, de votre autorité , de nouveaux termes , dont vous ordonnez de se servir pour bien exprimer, sa foi , comme si la profession de foi dressée par les papes, selon Tordre du concile, où ce terme ne se trouve point, était défectueuse, et laissait une ambiguïté dans la créance des fidèles, que vous seuls eussiez découverte? Quelle témérité de prescrire ces termes aux docteurs mêmes! quelle fausseté de les imposera des conciles généraux ! et quelle ignorance de ne savoir pas les difficultés que les saints les plus éclairés ont faites de les recevoir 1 Rougissez ^ mes -pères, de vos impostures ignorantes » comme dit l'Écriture aux imposteurs ignorants comme vous ? De mendacio ineruditionis tuœ confundere (Eccl.,IV, 30).
N'entreprenez donc plus de faire les maîtres ; vous n'avez ni le caractère ni la suffisance pour cela. Mais si
' Saints manque dans les éd. in-4'' et m-1 2.
' Les éd. in-4® et m-12 ajoutent ici : Vous êtes trop équitables pour (aire un si grand fracas dans t Église pour une querelle particulière.