CALOMNIES DES JÉSUITES CONTEE M. ARNAULD
VOUS voulez faire vos propositions plus modestement > on pourra les écouter. Car encore que ce mot de présence locale ait été rejeté par saint Thomas^ comme vous avez vu^ à cause que le <5orps de Jésus-Ghrist n'est pas en r£ucharistie dans l'étendue ordinaire des corps en leur lieu, néanmoins ce terme a été reçu par quel* ques nouveaux auteurs de controverses, parce qu'ils entendent seulement par là que le corps de Jésus-Christ est vraiment sous les espèces, lesquelles étant en un lieu particulier, le corps de Jésus-Christ y est aussi. Et en ce sens M. Âmauld ne fera point de difficulté de Tadmettre, puisque H. de Saint-Cyran et lui ont déclaré tant de fois que Jésus-Christ dans l'Eucharistie est véritablement en un lieu particulier^ et miraculeusement en plusieurs lieux à la fois. Ainsi tous vos raffinements tombent par terre , et vous n'avez pu donner la moindre apparence à une accusation qu'il n'eût été permis d'avancer qu'avec des preuves invincibles.
Mais à quoi sert, mes pères/ d'opposer leur innocence à vos calomnies? Vous ne leur attribuez pas ces erreurs dans la créance qu'ils les soutiennent /mais dans la créance qu'ils vous nuisent. C'en est assez , selon votre théologie, pour les calomnier sans crime ; et vous pouvez, sans confession ni pénitence, dire la messe en même temps que vous imputez à des prêtres qui la disent tous les jours de croire que c'est une pure idolâtrie : ce qui serait un si horrible sacrilège , que vous-mêmes avez fait pendre en effigie votre propre père Jarrige, sur ce qu'il avait dit la messe au temps m il était d'intelligence avec Genève.
Je m'étonne donc, non pas de ce que vous leur imposez avec si peu de scrupule des crimes si grands et si faux, mais de ce que vous leur imposez avec si peu de prudence des crimes si peu vraisemblables. Car vous
•disposez bien des péchés à votre gré ; mais pensez-vous disposer de même de la créance des hommes? En vérité, mes pèi^s, s'il fallait que le soupçon de Calvinisme tombât «UT eux ou sur vous ^ je vous trouverais en mauvais t«*mes. Leurs discours sont aussi catholiques que les vôtres ; mais leur conduite confirme leur foi , et la vôtre la dément. Car si vous croyez aussi bien qu'eux que ce pain est ré^ement changé au corps de Jésds-Chbist , pourquoi ne demandez-vous pas, comme eux, que le coeur de pierre et de glace de ceux à qui vous conseillez de s'en approcher soit sincèrement changé en un cœur de chair et d'amour ? Si vous croyez que Jésus-Chmst y est dans un état de mort, pour apprendre à ceux qui s'en approchent à mourir au monde, au péché et à euxmêmes, pourquoi portez-vous à en approcher ceux en qui les vices et les passions criminelles sont encore toutes vivantes? Et comment jugez-vous dignes de manger le pain du ciel ceux qui ne le seraient pas de manger celui de la terre?
grands vénérateurs de ce saint mystère, dont le zèle s'emploie à persécuter ceux qui Thonorent par tant de comn^unions saintes, et à flatter ceux qui le déshonorent par tant de communions sacrilèges! qu'il est digne de ces défenseurs d'un si pur et si adorable sacrifice de faire environner la table de Jésus-Christ de pécheurs envieillis tout sortant de leurs infamies, et de placer au milieu d'eux un prêtre que son confesseur même envoie de ses impudicités à l'autel, pour y offrir, en la place de Jésus-Christ, cette victime toute sainte au Dieu de sainteté, et la porter de ses mains souiUées en ces bouches toutes souillées! Ne sied-il pas bien à ceux qui pratiquent cette conduite par toute la terre , selon des maximes approuvées de leur propre général, d'imputer à l'auteur de la Fréquente Communion et aux Filles