‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 58 sur 99 · MIRACLE DE LA SAINTE-EPINE · texte numérisé non relu

MIRACLE DE LA SAINTE-EPINE

conviction .d« cette calomnie diabolique. Les plus aveugles de vos aniis seront contraints d'avouer que « ce ne <( sera point un effet de votre vertu ^ mais de votre ima puissance ; » et d'admirer que vous ayez été si méchants que de Tétendce jusqu'aux religieuses de Port- Royal, et de dire, comme vous faites pag. 14, que le Chapelet secret du Saint-Sacrement , composé, par Tune d'elles, a été le premier fruit de cette conspiration contre Jéscs-Curist ; et, dans la page 95, « qu'on leur a a inspiré toutes les détestables maximes de cet écrit, » qui est, selon voua, une instruction de déisme. On a déjà ruiné invinciblement vos impostures sur cet écrit, dans la Défense de la censure de feu H. l'arche vèque de Paris contre votre père Brisaci^^. Vous n'ave» rien à y repartir, et vous ne laissez pas d'en abuser encore d'une manière plus honteuse que jsuoiais, pour attri*buer à des filles d'une piété connue de tout le monde lé comble de l'impiété. Cruels et lâches persécuteurs, faut-il donc que les cloîtres les plus retirés ne soient pas des asiles contre vos calomnies \ Pendant que ces saintes vierges adorent nuit et jour Jésus-Christ au Saint Sacrement, selon leur institution, vous ne cessez nuit et jour de publier qu'elles ne croient pas qu'il soit ni dans l'Eucharistie, ni même à la droite de son Père; et vous les retranchez publiquement de l'Église^ pendant qu'elles prient dans le secret pour vous et pour toute l'Église. Vous calomniez celles qui n'ont point d'oreilles pour vous ouïr, ni de bouche pour vous répondre. Mais JÉsus-CpRiST, en qui elles sont cachées pour ne paraître qu'un jour avec lui, vous écoute, et répond pour elles. On l'entend aujourd'hui cette voix sainte et tei^ rible, qui étonne la nature et qui console l'Église. Et je crains, mes pères, que ceux qui endurcissent leurs eœurs, et qui refusent avec opiniâtreté de Touïr quand

il parle en Dieu^ ne soient forcés de l'ot^r avec effroi quand il leur parlera en juge.

Car enfin , mes pères > quel compte lui pourrez-vous rendre de tant de calomnies, lorsqu'il les examinera^ non sur les faintaisies de vos pèjres DicastiUus , Gans et Pennalossa, qui les excusent, mais sur les règles de sa vérité étemelle et sur les saintes ordonnances de son Édifie, qui, bien loin d'excuser ce crime, Tabhorre telleinent, qu'elle Ta puni de même qu'un homicide volontaire? Car elle a différé aux calomniateurs, aussi bien qu'aux meurtriers, la conoununion jusqu'à la mort, par le premier et second concile d'Arles. Le concile de Latran a jugé indignes de l'état ecclésiastique ceux qui en ont été convaincus, quoiqu'ils s'en fussent corrigés. Les papes ont même menacé ceux qui auraient calomnié des évéques, des prêtres, ou des diacres, de ne leur point donner la communion à la mort. Et les auteurs d'un écrit diffamatoire, qui ne peuvent prouver ce qu'ils ont avancé , sont condamnés par le pape Adrien à être fwmiU%y mes révérends pères, flagelleniur : tant l'Église a toujours été éloignée des erreurs de votre Société, si corrompue qu'elle excuse d'aussi grands crimes que la calomnie, pour les commettre elle-même avec plus de liberté.

Certainement, mes pères, vous seriez capables de produire par là beaucoup de maux, si Dieu n'avait permis que vous ayez fourni vous-m^mes les moyens de les empêcher, et de rendre toutes vos impostures sans effet. Car il ne faut que publier cette étrange maxime qui les exempte de crime, pour vous ôter toute créance. La calomnie est inutile, si elle n'est jointe aune grande réputation de sincérité. Un médisant ne peut réussir, s'il n'est en estime d'abhorrer la médisance, comme un crime dont il est incapable. Et ainsi, mes pères, votre

CRIME ET PEINES DE I.A CALOMNIE. 3fl

propre principe vous trahit. Vous l'avez établi pour assurer votre conscience. Car vous vouliez médire sans être damnés ^ et être de ee$ nainu et pieu» ealomniaimrs dont parle saint Athanase. Yous avez donc embrassé^ pour vous sauver de Tenfer, cette maxime qui vous en sauve sur la foi de vos docteurs; mais cette maxime mème^ qui vous garantit^ selon evcx, des maux que vous craignez en l'autre vie^ vous 6te en celle-ci Tutilité que vous en espériez : de sorte qu'en pensant éviter le vice de la médisance» vous en avez^ perdu le fruit;, tant le mal est contraire à soi-même y et tant il si'em*barrasse et se détruit par sa propre malice*.

Vous calomniiez donc plus utilement pour voos^ en faisant profession de dire avec saint. Paul que le» simples médisa*nts^ tnakdiei, sont indignes de voir Dieu, puisqu'au moins vos médisances en seraient plutôt crues ; quoiqu'à la vérité vous vous condamnenez vousmêmes. Hais en disant^ comme vous faites ^ que la calomnie contre vos ennemis n'est pas un crime ^ vos médisances ne seront point crues ^ et vous ne laisserez paç de vous dflonner. Car il est certain^ mes pères ^ et que vos auteurs graves n'anéantiront psis la justice de Dieu^ et que vous ne pouviez donner une preuve pLus certaine que vous n'êtes pas dans la vérité, qu'en recourant au mensonge. Si la v^té était pour vous, ^e combattrait pour vous, elle vaincrait pour vous; et, quelques ennemis que vous eussiez, la vérité vous m délivrerait, selon sa promesse. Vous n'avez recours au mensonge que pour soutenir les erreurs dont vous flattez les pécheurs du monde, et pour appuyer les ca^ lomnies dont vous opprimez les personnes de piété qui s'y opposent. La vérité étant contraire à vos fins, il a fallu mettre votre confiance au mensonge , comme dit un prophète (/saïe, XXVIII, 15). « Voug avez dit : Lep

€ malheurs qui affligent les hommes ne viendront pas € jusqnes à nous; car nous avons espéré au mensonge^ « et le mensonge nous protégera. » Hais que leur répond le prophète) (XXX, 12-1%) : «D'autant, dit^il^ que « vous avez mis votre espérance en la calomnia et au « tumulte y spêrastis m cahannia et in tumullu , cette « iniquité vous sera imputée, et votre ruine sera sem- (c blable à celle d'une haute muraille qui tombe d'une « chute imprévue, et à celle d'un vaisseau de terre qu'on c( brise et qu'on écrase en toutes ses parties, par un ef- « fort si puissant et si universel, qu'il n'en restera pas « un tèt avec lequel on puisse puiser un peu d'eau « ou porter un peu de feu; » « parce que (comme dit « un autre prophète) (Èzéch., XIU, 22, 23) vous avez tf affligé le cœur du juste, que je n'ai point affligé moi- « même ; et vous avez flatté et fortifié la malice des im- «.pies. Je retirerai donc mon peuple de vos mains, et je tf ferai connaître que je suis leur Seigneur et le vôtre. » Oui, mes pères, il &ut espérer que, si vous ne changez d'esprit. Dieu retirera de vos mains ceux que vous trompez depuis si longtemps, soit en les laissant dans leurs désordres par votre mauvaise conduite, soit en les empoisonnant par vos médisances. Il fera concevoir aux uns que les fausses règles de vos Gasuistes ne les mettront point à couvert de sa colère; et il imprimera dans l'esprit des autres la juste crainte de se perdre en vous écoutant, et en ajoutant foi à vos impostures : comme vous vous perdez vous-mêmes en les inventant et en les semant dans le monde. Car il ne s'y faut pas tromper : on ne se moque point de Dieu, et on ne viole point impunéoient le commandement qu'il nous a fait dans l'Évangile, de ne point condamner notre prochain sans être bien assuré qu'il est coupable. Et ainsi, quelque profession de piété que fassent ceux qui se rendent fa-

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