‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 62 sur 99 · DISPUTE 8UR LE SENS DE JFANSÉNIUS · texte numérisé non relu

DISPUTE 8UR LE SENS DE JFANSÉNIUS

docteur noi\ plus (juje vQiis^ mon père ^jq vois, bien*, néanmoins qu'il n'y va point de^ la foiypuisquTiln'e^t, questipn que de sayoir quel est le sena de Jansénius. S^ilsi croyaient que< sa doctrine fût conforme au sens propre et littéral; de o^ propositionft> H» la oçndam-. neraient ; et ils ne ri^fusent de le faire que parce^ qu'ils-: sont persuadés qu'elle en est biep différente : ainsi , quand ils Fente^draiei^t malr^ ils ne seraient pas hérétiques^ puisqu'ils i^ ^entendent qu'en un sens,catho*. Uque.

Et^ pour expliquer cela par; un exemple^ je pren-«. drai la diversité de sentiments qui fut enire saint Basile et saint Athanase touchant les. écrits de saint I>enis^ d'Alexandrie^ dans k^squels saint Basile croyant trouver le sens d'Arius contre l'égaUté du Pière et du Fils^ il les condamna coQupe hérétiques; mais saint Athanase, au contraire , y, cipyant trouver le véritable istens. de l'Église, il les soutipt con^e catholiques. Pensez-, vous donc, mon père, que* saint Basile, qui tenait ces écrits pour ariens, eût droit de traiter saint Athanase. d'héi^tique, parce qu'il les défendait? Et quel sujet en eût-il eu, puisque ce n'était pas l'Arianisme qu'Atha-nase défendait, mais la vérité de la foi qu'il pensait y être? Si ces deux; saints fussent convenus du yéri-. table sens, de ces écrits, et qu'ils y eusseni tojas deux reconnu cette hérésie, sans doute saint Athanase n'eût pu les approuver sans hérésie ; mais comme ils étaient en différend touchant ce sens, saint Athanase était cathohque^dtt les soutenant, quand même il les eût mal entendus; puisque ce n'eût été qu'une erreur de fait, et qu'il ne défendait dans cette doctrine que la foi catholique qu'il y supposait.

Je vous en dis de même, mon père. Si vous conveniez du sens de Jansénius , et que vos adversaires fus-

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sent d'accotxi avec vous qu'il tient, par exemple, qu'on Hepmî fésiêM' à la fft(ke, ceux qui refuseraient de le condamuer deraietit hérétiques. Mftis lorsque vous dltrputes de doti seus^ et qu'ils croient que, ^lon sa doctrine, on peu! riêistét à là g fade, voué n'aveiB aucun ^jet de léft tinter d'hérétiquëis, quelque hérésie que vous lui att^ibulë^ vôtis-mêtne , puisqu'il» tH^Aidamnent le sens que vous y ëttpposefc , et que VoûSi ô^oserie* <î!Ott* damner le sens qu'ils y supposent. R vous voulez donc les convaincre^ montrez que le sens qu'ils attribuent à Jansénius est hérétique) car alors ils le seront euxmémeé. Mais commeUt le pourriei^vous teàt^ , puisqu'il est constant, selon votre propre aveu^ que celui qu'ils lui donnent n'ést pdnt coudauibé?

Pont vous lé niouirer clairèUient, je préndttii pour priucipe Ce que vou» recounaisseï; vous^nême> que « la <f doctrine de là gi^fttié efficace n'a point été oofldauinée^ « et que le pape tt'y a point touché par sa com^itûtibn. » Et en effet, quand il voulut juger des dnq propositions, le point de la gr&ce efficace fut mis à couvert de toute censure. C'est ce qui patalt parfaitement par les avis des consulteui*s auxquels le pape les donna ^ examiner. J'ai ces avis ctttre mes mains, aussi bien que plusieurs personnes dans Paris, et entre autres M. l'évêque de Montpellier, qttlles apporta de ftofUe. On y voit que leurs opinionà furent partagées, et que les priticipAUX d'entre euit, ^ôcWUme lé maître du sacré pâlïlis, le tJommissaire du saint-office, le général deà Augttstins, et d'autred, (*oyaUt que ces propositions pouvàiéttl être priées au sett« de la grâce efôcace, furent d'avis qu'elles ne devaient point être censurées : au lieu que les autres, demeurant d'accord qu'elles U'^USsent pas dA être condamnées si ellen. eussent eu ce setis, estimèrent qu'elles le devaient être, parce que, selon ce qu'ils dé-

PISPUTE SUR LE SENS DE J^NSÉNIUS. 327

darent^ leiur sens propre et naturel en était très-éloignë. Et c'est pourcjaoi le page le$ condamna j, et tout le monde s'est rendu à son jugoment.

Il est donc sùr^ mon .père^ que la giAw efficace n'a ' point été condamnée. Aussi esi-elle si puissaïament sou* tenue par saint Augnstbi^ par saint Thomas et toute son école^ par tant de papes et de oonoifes^ et par toute la tradition^ que ces^^t une impiété de la tajier d^hé-^ résie. Qr tous oeux que vous traitest d'hérétiques décla-> rent qu'ils ne trouvent autre chose dans Jansénius qiiie cette doctrine de la gr&ee effîoace. Et c'est la seule chose qu'ils ont soutenue dans Rome. Yous^hème l'avez re^ connu ^ Cavilli, pag. 35 ^ où vous avea déclaré <k qu'en « parlant devant le pape ils ne dirent aucun mot des c( propositions^ ne ^ef^m quidem, et qu'ils employa c< rent tout le temps à parler de la gràoe effidbce. » Et ainsi ^ soit qu'ils se trompent ou non dans cette suppo^ sition^ il est au moins sans doute que le se&s qu'ils sup-. posent n'est point hérétique^ et que par conséquent ils ne le sont point. Gar^ pour dire la chose ea deux mots^ ou Jansénius n'a enseigné que la grâce efficace^ et en ce cas il n'a point d'erreurs; ouil aenseigné autre chofse^ et en ce cas U n'a point de défenseurs. Toute la question est donc de savoir si Jansénius a enseigné w effet autre chose que la grâce effîoaoe; et si l'on irouve^pie oui^ vous aurez la gloire de l'avoir mieux entendu; mais ils n'auront point le malheur d'avoir erré dans la foi.

Il faut donc louer Dâeu^ mon père > de ce qu'il n'y a point en effet d'hérésie dans l'Église^ puisqu'il ne s'agit en cela que d'im point de^fait qui n'en jieut former. Car l'Église décide les points de foi avoo une autorité divine^ et elle retranche de son corps tous ceux qui refusent de les recevoir. Mais elle n'en use^^ de même pour les choses de fait. Et la raison en est que notre salut est

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attaché à la foi qui nous a été révélée y et qui se (xmserVe dans rÉglise par la tradition; mais qu'il ne dépend point des autres faits particuliers qui n'ont point été révélés de Dieu. Ainsi on est obligé de croire que les commandements de Dieu ne sont pas impossibles; mais on • n'est pas obligé de savoir ce que Jansénius a enseigné sur ce sujet. C'est pourquoi Dieu conduit l'Église dans la détermination des points de la foi, par l'assistance de son esprit^ qui ne peut errer; au lieu que dans les choses de fait il la laisse agir par les sens et par la rai- Son, qui en sont naturellement les juges. Car il n'y a que Dieu qui ait pu instruire TÉglise de la foi; mois il n'y a qu'à lire Jansénius pour savoir si des propositions sont dans son livre. Et de là vient que c'est une hérésie de résister aux décisions de t(À, parce que c'est opposer son esprit propre à l'esprit de Dieu. Mais ce n'est pas une hérésie, quoique ce puisse être une témérité, que de ne pas croire certains fisdts particuliers, parce que ce n'est qu'opposer la raison^ qui peut être claire, à une autorité qui est grande, mais qui eu cela n'est pas infaillible.

C'est ce que tous le» théologiensrecoûnaissent, comme il parait par cette maxime du cardinal Bellarmin^ de votre Société : « Les conciles généraux et légitimes ne « peuvent errer en définissant les dogmes de foi; mais « ils peuvent errer en des questions de fait ( de Rom. « Pont. , lib, IV, c. XI ). » Et ailleurs : «t Le pape, comme « pape, et même à la fête d'un concile universel, peut c< errer dans les controverses particulières de iâit> qui « dépendent principalement «de l'information et du té- «( moignage des hommes (c. ii). » Et le cardinal Baronius de même : « Il faut se soumettre entièrement « aux décisions des CŒ|ciles dans les points de foi; mais « pour ce qui concerne les personnes et leurs écrits, les

l'église faillible dans les faits. 329

«.censures qui en ont été faites ne se trouvent pas avoir « été gardées avec, tant de rigueur, parce qu'il n'y a « personne à qui il ne puisse arriver d'y être trompé. » (Ad ann. 681, n. 30) C'est aussi pour cette raison que M. Tarchevéque de Toidouse a tiré cette règle des lettres de deux grands papes, saint Léon et Pelage II : a Que le propre objet des conciles est la foi, et que tout a ce qui s'y résout hors de la foi peut être revu et exa- « miné de nouveau; au lieu qu'on ne doit plus examine ner ce qui a été décidé en matière de foi„ parce que, <i comme dit TertuUien, la règle de la foi est seide im- « mobile et irrétractable. y>

Delà vient qu'au lieu qu'on n'a jamais vu les conciles généraux et légitimes contraires les uns aux autres dans les points de foi, « parce que, comme dit M. de c( Toulouse, il n'est pas seulement permis d'examiner « de nouveau ce qui à été déjà décidé en matière de c< foi; » on a vu quelquefois ces mêmes conciles opposés sur des points de fait, où il s'agissait de l'intelligence du sens d'un auteur, « parce que, comme dit encore « H4 de Toulouse, après les papes qu'il cite, tout ce qui « se résout dans les conciles hors la foi peut être revu et « examiné de nouveau. » C'est ainsi que le quatrième et le cinquième concile paraissent contraires l'un à l'autre, en l'interprétation des mêmes auteurs; et la même chose arriva entre deux papes, sur une proposition de certains moines de Scythie. Car,. après que le pape Hormisdas l'eut condamnée en l'entendant en un mauvais sens, le pape Jean II, son successeur, l'examinant de nouveau, et l'entendant en un bon sens, l'approuva, et la déclara catholiquCé Diriez-vous pour cela qu'un de ces papes fut hérétique? Et ne faui-il donc pas avouer que, pourvu que l'on condamne le^sens hérétique qu'un pape aurait supposé dans un écrit, on n'est pas héré-

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tique pour ne pas condamner cet écrit, en le preaai^t en un sens qu'il est certain que le pape n'a pas condamné, puisque autrement Tun de ces deux papes serait tombé dans l'erreur?

J'ai voulu, moii père, vous accoutumer à ces contrariétés qui arrivent entre les catholiques -sur des questions de fait touchant rintelligenoe du sens d'un auteur, en vous montrant sur cela un Père de l'Église contre un autre, un pape contre un pape, et un concile contre un concile, pour vous menerdelâà d'autres exemples d'une pareille opposition, mais plus disproportionnée. Caf vous y verrez des conciles et des papes d'nn côté , et des Jésuites de l'autre, qui s'opposeront â leurs dé<âsions touchant le sens d'un auteur, San» que vouil accusiez vos confrères, je ne dis pas d'hérésie, maii^ non pas même de témérité.

Vous savez bien, mon père, que les écrits d'Origène furent condamnés par plusieurs conciles et par plusieurs papes, et même parle cinquième concile général, comme contenant des hérésies^ et entre autres celle « de la ré* ^ conciliation des démons aujour du jugement, i» Croyezvous sur cela qu'il soit d'une nécessité absolue, pour être catholique, de confesser qu'Origène a tenu en effet ces erreurs , et qu'il ne suffise pas de les condamner sans les lui attribuer? Si cela était, que deviendrait votre père Halloix, qui a soutenu la pureté de la foi d'Origène, aussi bien que plusieurs autres catholiques qui ont entrepris la même chose , comme Pic de la Mirande, et Genebrard, docteur de Sorbonne? Et n'est-il pas certain encore que ce même cinquième concile général condamna les écrits de Théodoret contre sAint Cyrille, (( comme impies , contraires à la vraie foi , et contenant « rhérésie nestorienne? » Et cependant le père Sirmond, Jésuite, n'a pas laissé de le défendre, et de dire, dans

lÉSUITES G0MTRAIRE5 AUX CONCILES. 3Bi

la vie de ce Père^ « que ces mêmes écrits sont exempts^ c< de cette héi*é8ie nestorieime. »

Vous roye^ donc^ mon père^ que quand FÉglise condamne des écrits^ elle y suppose uûe erreur qu'elle y condamne , et alors il est de foi que cette erreur est condamnée; .mftis qu'il n'est pas de loi que ces écrits contiennent en ef&t Terreur que rÉglise y suppose. Je crois que cela est assez prouvé; et ainsi je finirai ces exemples par celui du pape Honorius^ dont Thistoire est si connue. On sait qu'au commencement du septième siècle y rÉglise étant troublée par Tbérésie des Monothélites^ os pape, pour terminer ce diCEéreud^ fit un décret qui semblait favoriser ces hérétiques^ de sorte que plusieurs en furent scandalisés. Cda se passa néan^ moins avec peu de bruit sous son pontificat; mais cinquante ans après ^ TÉgliSe étant assemblée dans le $ixième concile général > où le pape Agathon présidait par ses légats^ ce décret y fut déféré; et^ après avoir été lu et examiné^ îl fut condamné comme contenant rhérésie des Hcmothélites ^ et brûlé en cette qualité en pleine assemblée ^ avec les autres écrits de ces hérétiques. Et cette décision fut reçue avec tant de respect et d'uniformité dans toute TÉglise, qu'elle fut confirmée ensuite par deux autres conciles généraux , et même par les papes Léon II et Adrien II qui vivait deux cents ans après ^ sans que personne ait troublé ce consentement si universel et si paisilde durant sept ou huit siècles. Cependant quelques auteurs de ces derniers temps^ et entre autres le cardinal Bellarmin^ n'ont pas cru se rendre hérétiques pour avoir soutenu, contre tant de papes et de conciles, que les écrits d'Honorius sont exempts de Terreur qu'ils avaient déclaré y être, « parce, dit-il, que les conciles généraux « pouvant errer dans les questions de fait, on peut dire

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a en toute assurance que le sixième con<»le s'est trcHupé* « en ce fait-là; et que^ n'ayant pas bien entendu le sens. n, des lettres d'Honorins^ il a mis à tort ce pape au «nombre des hérétiques. » {De Ram. Pont., lib. 1^^^

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