SENS DE JANSÉNIIJS SUR LA GRACE
peuvent produire pour témoigner leurs sentiments^ qu'ils condamnent cette hérésie de tout leur cœur^ et de la même manière que font les Thomistes^ que vous reconnaissez sans difficulté pour catholiques, et qui n'ont jamais été suspects de ne le pas être.
Que direz-vous donc maintenant contre eux, mon -père? Qu'encore qu'ils ne suivent pas le sens de Calvin, ils sont néanmoins hérétiques, parce qu'ils ne veulent pas reconnaître que le sens de Jansénius est le même que celui de Calvin? Oserie^vous dire que ce soit là une matière d'hérésie? Et n'est-ce pas une pure question de fait, qui n'en peut former? C'en serait bien une de dire qu'on n'a pas le pouvoir de résister à la grâce efficace ; mais en est-ce une de doutée si Jansénius le soutient? Est-ce une vérité révélée? Esirce un article de foi, qu'il faille croire sur peine de damnation? Et n'est-ce pas, malgré vous, un point de fait, pour lequel il serait ridicule de prétendre qu'il y eût des hérétiques dans l'Église?
Ne leur donnez donc plus ce nom, mon père, mais quelque autre qui soit proportionné à la nature de votre différend. Dites que ce sont des ignorants et des stupides , et qu'ils entendent mal Jansénius : ce seront des reproches assortis à votre dispute ; mais de les appeler hérétiques, cela n'y a nul rapport. Et comme c'est la seule injure dont je les veux défendre, je ne me mettrai pas beaucoup en peine de montrer qu'ils entendent bien Jansénius. Tout ce que je vous en dirai est qu'il me semble, mon père, qu'en le jugeant par vos propres règles, il est difficile qu'il ne passe pour catholique, car voici ce que vous établissez pour l'examiner.
«Pour savoir, dites-vous, si Jansénius est à cou- « vert, il faut savoir s'il défend la grâce efficace à la
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« manière de Calvin^ qui nie qu'on ait le pouvoir d'y (i résister^ car alors il serait hérétique; ou à la ma- « nière des Thomistes^ qui Tadmettent ^ car alors il se^ a rait catholique. » Voyez donc^ mon père^ s'il tient qu'on a le pouvoir de résister^ quand il dit, dans des traités entiers, et entre autres au tom. III, liv. 8, c. 20 : « Qu'on a toujours le pouvoir de résister à kt « grâce, selon le concile; que le libre arbiteb peut « TOUJOURS AGIR ET N^AGiR PAS, vouloir et ue vouloir a pas, consentir et ne consentir pas, faire le bien et le <K mal; et que Thomme en cette vie a toujours ces «( deux libertés, que vous appelez de contradiction. » Voyez de même s'il n'est pas contraire à Terreur de Calvin, telle que vous-même la représentez, lui qui montre, dans tout le chap. 21 , ce que TÉglise a condamné cet c< hérétique, qui soutient que la grâce efficace n'agit pas « sur le libre arbitre en la manière qu'on l'a cru si long- « temps dans TÉglise, en ^sorte qu'il soit ensuite au pou- « voir du libre arbitre de consentir ou de ne consentir c( pas : au lieu que, selon saint Augustin et le concile, « on a toujours le pouvoir de ne consentir pas, si on le «veut; et que, selon saint Prosper, Dieu donne à ses « élus même la volonté de persévérer, en sorte qu'il ne « leur 6te pas la puissance de vouloir le contraire, b Et ^ifin jugez s'il n'est pas d'accord avec les Thomistes, lorsqu'il déclare, c. 4, « que tout ce que les Thomistes « ont écrit pour accorder l'efficacité de la grâce avec « le pouvoir d'y résister est si conforme à son sens , €< qu'on n'a qu'à voir leurs livres pour y apprendre ses ff sentiments. Quod ipsi dixerunt , dicÊum puta. »
Voilà comme il parle sur tous ces chefs, et c'est sur quoi je m'imagine qu'il croit le pouvoir de résister à la grâce; qu'il est contraire à Calvin, et conforme aux Thomistes , parce qu'il le dit, et qu'ainsi il est catho»
Sens de janséniits sur la 6Race. S&i
lique selon vous. Que si vous avez quelque voie pour connaître le sens d'un auteur autrement que par ses expressions^ et que^ sans rapporter aucun de ses passages, vous vouliez soutenir, contre toutes ses paroles, qu'il nie le pouvoir de résister, et qu'il est pour Calvin contre les Thomistes, n'ayez pas peur, mon père, que je vous accuse d^hérésie pour cela : je dirai seuler ment qu'il semble que vous entendez mal Jansénius; mais nous n'en serons pas moins enfants de la même Église.
D'où vient donc, mon père, que vous isigissez dans ce différend d'une manière si passionnée, et que voim^ traitez comme vos plus cruels ennemis, et comme les plus dangereux hérétiques, ceux que vous ne pouvez accuser d'aucune erreur, ni d'autre chose, sinon qu'ils n entendent pas Janséuius comme vous? Car de quoi disputea^^vous, sinon du sens de cet auteur? Vous you* lez qu'ils le condamnent; mais ils vous demandent ce que vous entendez par là. Vous dites que vous ^iten* dez l'erreur de Calvin; ils répondent qu'ils la conr damnent : et ainsi, si vous n'en voulez pas aux syllabes, mais à la chose qu'elles signifient, vous devez être satis&it. S'ils refusent de dire qu'ils condamnent le sens de Jansénius, c'est parce qu'ils croient que c'est celui de saint Thomas. Et ainsi ce mot est bien équi^ voque entre vous. Dans votre bouche il signifie le sens de Calvin ; dans la leur, c'est le sens de saint Thomas : de sorte que ces différentes idées que vous ave;K d'un même terme causant toutes vos divisions, si j'étais maître de vos disputes, je vous interdirais le mot de Jansénius de part et d'autre. Et ainsi, en n'exprimant que ce que vous entendez par là, on verrait que vous ne demandez autre chose que la condamnation du sens de Calvin, à quoi ils consentent; et qu'ils ne demandent autre chose
que la défense du sens de saint Augustin et de saint Thomas^ en (juoi vous êtes tous d^accord.
Je vous déclare donc^ mon père, que, pour moi, je les tiendrai toujours pour catholiques, soit qu'ils condamnent Jansénius s'ils y trouvent des erreurs, soit qu'ils ne le condamnent point quand ï\s n'y trouvent que ce que vous-même déclarez être catholique, et que je leur parlerai comme saint Jérôme à Jean, évèque de Jérusalem, accusé de tenir huit propositions d'Origène. «( Ou condamnez Origène, disait ce saint, si vous rec< connaissez qu'il a tenu ces erreur!^; ou bien niez « qu'il les ait tenues : Aut nega hoc dixisse eum qui « arguiiur ; auty si locuius est talia, damna quia dixerit. » (Ep. 38, alias 6.)
Voilà, mon père, comment agissent ceux qui n'en veulent qu'aux erreurs, et non pas aux personnes; au lieu que vous, qui en voulez aux personnes plus qu'aux erreurs, vous trouvez que ce n'est rien de condamner les erreurs, si on ne condamne les personnes à qui vous les voulez imputer.
Que votre procédé est violent, mon père , mais qu'il est peu capable de réussir ! Je vous l'ai dit ailleurs , et je vous le redis encore, la violence et la vérité ne peuvent rien l'une sur l'autre. Jamais vos accusations ne furent plus outrageuses, et jamais l'innocence de vos adversaires ne fut plus connue; jamais la grâce efficace ne fut plus artificîeusement attaquée, et jamais nous ne l'avons vue si affermie. Vous employez les derniers efforts pour faire croire que vos disputes sont sur des points de foi, et jamais on ne connut mieux que toute votre dispute n'est que sur un point de fait* Enfin vous remuez toutes choses pour faire croire que ce point de fait est véritable, et jamais on ne fut plus disposé à en douter. Et la raison en est facile. C'est, mon père, que
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VOUS ne prenez pas les voies naturelles pour faire croire un point de fait^ qui sont de convaincre les sens ^ et de montrer dans un livre les mots que Ton dit y être. Hais vous allez chercher des moyens si éloignés de cette simplicité^ que cela frappe nécessairement les plus stupides. Que ne prenies-vous la même voie que j'ai tenue dans mes Lettres pour découvrir tant de mauvaises maximes de vos auteurs^ qui est de citer fidèlement les lieux d'où elles sont tirées? C'est ainsi qu'ont fait les curés de Paris^ et cela ne manque jamais de persuader le monde. Mais qu'auriez-vous dit, et qu'auraiion pensé, lorsqu'ils vous reprochèrent, par exemple, cette proposition du père L'Amy : « Qu'un religieux peutiuer celui qui mea nace de publier des calomnies contre lui ou contre sa « communauté, quand il ne s'en peut défendre autre- « ment, » s'ils n'avaient point cité le lieu où elle est en propres termes; que, quelque demande qu'on leur en eût faite, ils se fussent toujours obstinés à le refuser; et qu'au lieu de cela ils eussent été à Rome obtenir une bulle qui ordonn&t à tout le monde de le reconnaître? N'aurait-on pas jugé sans doute qu'ils auraient surpris le pape, et qu'ils n'auraient eu recours à ce moyen extraordinaire que manque des moyens naturels que les vérités de fait mettent en main à tous ceux qui les soutiennent? Aussi ils n'ont fait que marquer que le père L'Amy enseigne cette doctrine au tom. 6, disp. 36, n. 118, p. 54&, de l'édition de Douai; et ainsi tous ceux qui l'ont voulu voir l'ont trouvée, et personne n'en a pu douter. Voilà une manière bien facile et bien prompte de vider les questions de fait où l'on a i^son.
D'où vient donc, mon père, que vous n'en usez pas de la sorte? Vous avez dit, dans vos Cavilli, « que les a cinq propositions sont dans Jansénius mot à mot, « toutes en propres termes, iisdem verbis. » On vous a
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dît que non. Qu'y avait-il à (aire lirdessus> sinon on de citer la page si vous les aviez vues en effet , ou de confesaer que vous vous éties trompé? Mais vous ne faites ni l'un ni l'autre; et^ au lieu de cela, voyant bien que tous les endroitg de JianséniuSy que vous alléguez quelquefois pour éblouir le monde, ne sont point « les proie positions oondamnées, individuelles et singulières, » que vous vous étiez engagé de Jnira voir d«AS son livre, vous noua présentez des constitutions qui déclarent qu'elles en sont extraites, sans marqua le lieu.
Je sais, monpte^, le respect que les chrétiens doivent au SaintrSiége» et vos adversaires témoignent assez d'être très-résolus à ne s'en départir Jamais. Mais ne vous imaginez pas que oe fût ea manqij^r que de rejurésenter au pape, avec toute la^sonmission que des enfants doivent à leur père, et les membi^es & leur chef, qu'on peut l'avoir surpris en ce point de fait; qu'il ne l'a pcûnt fait examiner depuisson pontificat, et queson prédécesseur Innocent X avait £Bdt seulement examiner si les propositions étaient hérôtiques> mais non pas si elles étaient de Jansénius. Ce qui a fait dire au commisaaire du saintoffice, l'un desi prin<Âpaux examinateurs, « qu'elles ne « pouvaient être censurées au sens d'aucun coiteur : nm a itml çmiific^ibilm to ««twtt prûf$fmli$.i parce qu'elles « leur avaient été présentées pour être examinées en <c ^es-mèmes, et sans considérer de quel auteur elles « pouvaient être : îno&slraçfo, etuÂprmscmduntabomni nprofer^nHi » comme il se voit dans leurs suffrages nouvellement imprimés; que plus de soixairte docteurs, et un grand nombre d'autres personnes habiles et pieuses, ont lu celivre exactement sans les y avoir jamais vues, et qu'ils y en (mt trouvé de contraires; que ceux qui ont donné cette impression au pape pourraient bien avoir abusé de la créance*qu'il a en eux, étant intéres-
PAlPES I^AlLLltlLBlS tIANS LES I^AITS. 355
sès> comme ils le sont^ à décrier cet auteur^ qui a convaincu Molina de jàus de cinquante erreurs ; que ce qui rend la chose plus croyable est qu'ils ont cette maxime^ Tune des plus autorisées de leur théologie> « qu'ils « peuvent cdiomnier sana crime ceux dont ils se croient « injustement attaqués; » et qu'ainsi leur témoignage étant si suspect , et le témoignage des antres étant si considérable ^ cm a qtielque ^et de supplier Sa Sainteté^ avec tonte l'humilité possible^ de faire examiner ce fait en présence des docteur» de l'un et de l'autre partie afin d'en pouvoir former une décision solenndle et régulière^ « Qu'on assemble des juges habiles, disait saint « Basile sur un semblable sujet, Ep. 75 (alias âOi) ; que « chacun y soit libre; qu'on examine mes écrits; qu'on « voie s'il y a des erreurs contre la foi; qu'on lise les «( objections et les réponses, afin que ce soit un jugent ment rendu avec connaissance de cause et dans les a formes, et non pas, une diffamation sans examen. » Ne prétendez pas, mon père, de faire passer pour peu soumis au Saint-Si^ ceux qui en useraient de la sorte. Les papes sont bien éloignés de traiter les chrétiens avec cet empire que l'on voudrait e(xercer jboos leur nom. « L'Église, dit le pape saint Grégoire, m Job, lib. 8, «( cap. â, qui a été formée dans l'éeole d'humilité, ne «( commande pas avec autorité, inais p^isuade par raia son ce qu'elle enseigne à ses mifiinls qu'elle croit en* « gagés dans quelque erreur : rûcUÂy fum srronCîftus flt aài, nom giMKt esc untoftlate j>rcMÎpîl, êid em ra^iome a p$r$uadet, y> Et, bien loin de tenir à déshonneur de réformer un jugement où Ton les aurait surpris « ils en font gloire, au contraire, comme le témoigne saint Bernard, Ep. 180. a I^ siège apostolique, dit-il, a cela de ce recommandable, qn'il ne se pique pas d'honneur, a et se porte volontiers à révoquer ce qu'on en a tiré par
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a surprise : aussi est-lLbien juste que personne ne pro- « fite de Tinjustice, et principalement devant le Saint- « Siège. »
Voilà > mon père, les vrais sentiments qu'il faut inspirer aux papes^ puisque tous les théologiens demeurent d'accord qu'ils peuvent être surpris^ et que cette qualité suprèmeest si élmgnée deles en garantir, qu^eUeles y expose au contraire davantage, à cause du grand nombre des soins qui les partaient. C'est ce que dit le même saint Grégoire à des personnes qpi s'étonnaient de ce qu'un autre pape s'était laissé trompa. « Pourquoi « admirez-vous, dit-il, 1. 1 , c. 4, Dial., que nous soyons a trompés, nous qui sommes des hommes? N'avez-vous <( pas vu que David, ce roi qui avait l'esprit de proa phétie, ayant donné ^créance aux impostures de Siba, « rendit un jugement injuste contre le fils de Jonathas? a Qui trouvera donc étrange que des imposteurs nous t< surprennent quelquefois, nous qui ne sommes point a prophètes ? La foule des affaires nous accable ; et notre c< esprit, qui, étant partagé en tant de choses, s'applique moins à chacune en particulier, en est plus aisément « trompé en une. » En vérité, mon père, je crois que les papes savent mieux que vous s'ils peuvent être surpris ou non. Ils nous déclarent eux-mêmes que les papes et que les plus grands rois sont plus exposés à être trom<pés que les personnes qui ont moins d'occupations importantes. Il les en faut croire. Et il est bien aisé de s'imaginer par quelle voie on arrive aies surprendre. Saint Bernard en fait la description dans la lettre qu'il écrivit à Innocent II, en cette sorte (Ep. 327, al. 339) : « Ce n'est pas une chose étonnante, ni nouvelle, que « l'esprit de Fhoinme puisse tromper et être trompé. « Des religieux sont venus à vous dans un esprit de ^ « mensonge et d'illusion ; ils vous ont parlé contre un
PAPES PAILLiBLES DANS LES FAITS. 3^5?
« évéquequils haïssent^ et dont la vie a été exemplaire, a Ces personnes mordent comme des chien&^ et veul^ « faire passer le bien pour le mal'. Cependant, très-saint '< père , vous vous mettez en colère contre votre fik. « Pourquoi ave^vous donné un sujet de joie à ses adt « versaires? Ne croyez pa&à tout esprit^ mais éprouvez « si les esprit» sont de Dieu. J'espère que quand vous « aurez connu la vérité, tout^ce qui a été fondé sur un « faux rapport sera dissipé. Je prie FEsprit de vérité de. « vousdonnerlagrftce.de séparer lalumi^edes ténèbres^ « et de réprouver le mal pour favoriser le bien. » Vous voyez donc, mou père, que le degré éminent oh sonir les papes ne les exempte- pas d&surprise, et qu'il ne fait autre chose que de rendis leurs surprises plus dangereuses et plus importantes. Cest ce que saint Bernard représente au pape Eugène, de Comid., lib. % c. u/l. : i( Il y a un autre défaut si général, que je n'ai vu perce sonne des grands du monde qui l'évite . C'est, saint « père, la trop grande crédulité, d'où naissent tant de « désordres; car c'est de là que viennent les persécu^ « tions violentes contre les innocents, les. préjugés in- « justes contre les absents, et les colères terribles pour « des choses de néant , pra nihilo. Voilà, saint père , un « mal universel; duquel si vous êtes exempt, je dirai «( que vous êtes le seul qui ayez cet avantage entre tous « vos confrères. »
Je m'imagine, mon père, que cela commence à vous persuader que les papes sont exposés à être surpris. Mais, pour vous le montrer parfaitement , je vous ferai seulement ressouvenir des exemples que vous-même rapportez dans votre livre, de papes et d'empereurs que des hérétiques ont surpris effectivement. Car vous dites qu'Apollinaire surprit le pape Damase , de même que Céjestius surprit Zozime. Vous dites encore qu'un
SS8 BiIX-UUITlKMI LEfTEC.
Bommé Aioanase trompa Temperrar HéracUus^ et le fatin à persécuter les cathoUques ; et qu'eufia Sergius obtint d'Hcmoriua ce décret qui fut brûlé au sixième coucile^ en faùoMU, dites-vous, k froniKi/el mprà de ce
Il est doue constant par voufimuéme que oeux» mou père> qui ea usent ainsi auprès des rois et des papes les &xgageni quelquefois artificieusement à persécuter ceux qui défendent la vérité delà foi, en pensant persécutordes hérésies. Et de là vient que les papes, qui n'ont ri^i tant en horreur que ces surprises^ ont fait d'ane lettre d'Alexandre III une loi ecclésiastique, insérée dans le droit canonique (c. v., ea4r. deiteimpl.).» pour permettre de suspendre réxécution de leurs bulles et de leurs dé« crets,. ^and on croit qu'ils ont été trompés. « Si queik « quefois^dit ce pape à rarch/evèque de Ra venue, nous a envoyons à Votre Frateraité des décrets qui choquent « vos sentimoits, ne vous en inquiètes pas. Car ou vous « les exécut^recavec révérence, ou vous nous manderez (c la raison que vous croyee avoir de ne le pas fiiire; « parce que nous trouverons bon que vous n^exéoutiea « pas un décret qu'on aurait tiré de nous par surprise et par artifice. » CTest ainsi qu'agissent les papes qui ne cherchent qu'à édaircir les différends des dirétiens, et non pas à suivre la passion de ceux qui veulent y jeter le trouble. Ils n'usent pas de domination , conmie disent saint Pierre et saint Paul après Jésus43u*ist; mais l'esprit qui parait en toute leur conduite est celui de paix et de vérité. Ce qui fût qu'ils mettent ordinairement dans leurs lettres cette (danse , qui est sous-entendue en toutes : Si tia ut, sîftrscei veritatê nitantur : « Si lachose « est comme on nous la fait entendre, si les faits sont <c véritables, i» D'où il se voit que , puisque les papes ne donneht de force à leurs buUes qu'à mesure qu'elles
PAPES FAILLIBLES DANS LES FAITS. 35ft
sont appuyées sur des faits véritables , cç^ ne sont pas les bulles seules qui prouyent ^a vèA\& d^ faits ; mais qu'au contraire, selon les canonistes mêmes, c'est la vérité des faits qui rend les buU^ reoevables.
Di'où apprendronsrnous donc la vérité des faits? Ge sem des yeux^ mon père , qui ^n sont les légitima juges ; comme ^ raison l'est des choses naturelles et intelligibles, et la foi. des chos^ surnatur^Ues çt révélées. Car, puisque vous m'y obligez^ mon père, je vous dirai que , selon les sentiments de deux des plus grands doo-. teurs de l'Église, saint Augustin et saint Thomas, ces trois principes de nos connaissances, les sens , la raison, et la foi, ont chacun leurs objets séparés , et leur certitude dans cette étendue. Et comme Dieu a voulu se servir, de l'entremise des sens pour donner entrée à la foi, fide$ ex auditu,iàxii s'en faut que la foi détruise la certi^ tude des sens, que ce serait, au. contraire, détruire la foi, que de vouloir révoquer en doute le rapport fidèle des sens. C'est pourquoi saint Thomas remarque expressém^t que Sieu a voulu que les accidents sensibles subsistassent dans rEucharistie, afin que les sens, qui ne jugçnt que de ces accidents, ne fiussent pas trompés : Vt sef^ui a deceptime reddanlur imtnunes.
Ck)ncluons donc de là que, quelque proposition qu'on nous présente à examiner , il en faut d^abord reconnaître la nature, pour voir auquel de ces trois pi^ncipes nous devons nous en rapporter. S'il s'agit d'une chose surnaturelle, nous n'en jugerons ni par les sens ni par 1^ raison, mais par rÉcritore et par les décisions de Vtr glise. S'il s'agit d'une proposition non révélée, et proportionnée à la raison naturelle, elle en sera le propre juge. Et s'il s'agit, enfin, d'un point défait, nous en croirons les sens, auxquels il appartient naturellement d*en connaître.
36(> J>IX-HU1TIÈMB LETTAB,
Cette règle est si générale^ que y selon saint Augustin ei saint Thomas^ quand rÉcriture même nous présente quelque passage dont le premier sens littéral se trouve contraire à ce que les sens ou la raison reconnaissent avec certitude^ il ne &ut pas entreprendre de les désavouer en cette rencontre ^ pour les soumettre à l'autorité de ce sens apparent de TÉcriture; mats il faut interpréter rÉcriture^ et y chercha un autre s^is qui s'accorde avec cette vérité sensible; parce que^ la parole de Dieu étant infaillible dans les faits mêmes, et le rapport des sens et de la raison agissant dans leui* étendue étant |
certain aussi, il faut que ces deux vérités s'accordent : I
et comme TÉcriture se peut interpréter en différentes I
manières, au lieu que le rapport des sens est unique, on doit en ces niatières prendre pour la.véritable interprétation de l'Écriture celle qui convient au rapport fidèle des sens. <c II faut, dit saint Thomas, 1 p., « q. 68, a. 1, în corf., observer deux choses, selon c( saint Augustin : l'une, que l'Écriture a toujours un «( sens véritable; l'autre, que comme elle peut recevoir « plusieurs sens, quand on en trouve un que la raison « convainc certainement de fausseté, il ne faut pas s'obs- «tiner à dire que c'en soit le sens naturel, mais en tt chercher un autre qui s'y accorde. »
C'est ce qu'il explique par l'exemple du passage de la Genèse où il est écrit que a Dieu créa deux grands « luminaires, le soleil et la lune, et aussi les étoiles; » par où l'Écriture semble dire que la lune est plus grande que toutes les étoiles : mais parce qu'il est constant, par des démonstrations indubitables, que cela est faux, on ne doit pas, dit ce saint, s'opini&trer à défendre ce sens littéral; mais il faut en chercher un autre, conforme à cette vérité de fait, comme en disant « que le mot de « grand luminaire ne marque que la grandeur de la