L£S SENS SEULS JUGES DES FAITS
a lumière de la lune à notre égards et non pas la gran* «( deur de son coq)s en lui-même. »
' Que si rôn voulait en user autrement , ce ne serait pas rendre l'Écriture vénérable^ mais ce serait au contraire Texposer au mépris des infidèles; « parce ^ comme « dit saint Augustin (de Gen. ad liit., 1. 1^ c. xix)^, « que quand ils auraient connu que nous croyons dans a rÉcriture d^s choses qu'ils savent certainement être « Élusses^ ils se riraient de notre crédulité dans les au- « très choses qui sont plus cachées, comme la résurc( rection des morts et la vie éternelle. » Et ainsi, ajoute saint Thomas, a ce serait leur rendre notre religion « méprisable, et même leur en fermer Tentrée. »
Et ce serait aussi, mon père, le moyen d*en fermer l'entrée aux hérétiques, et de leur rendre l'autorité du pape méprisable, que de refuser de tenir pour catholiques ceux qui ne croiraient pas que des paroles sont dans un livre où elles ne se trouvent point, parce qu'un pape l'aurait déclaré par surprise; car ce n'est que l'examen d'un livre qui peut faire savoir que des .paroles y sont. Les choses de fait ne se prouvent que par les sens. Si ce que vous soutenez est véritable, montrez-le; sinon, ne sollicitez personne pour le faire croire, ce serait inutilement. Toutes les piiissances du monde ne peuvent par autorité persuader un point défait, non plus que le changer; car il n'y a rien qui puisse faire que ce qui est ne soit pas.
C'est en vain, par exemple, que des religieux de Ratisbonne obtinrent du pape saint Léon IX un décret solennel par lequel il déclara que le corps de saint Denis, premier évèque de Paris , qu'on tient communément être Faréopagite, avait été enlevé de France et porté dans l'église de leur monastère. Cela n'empêche pas que le corps de ce saint n'ait toujours été et ne soit en-
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oore dans la célèbre abbaye qui porte son nom^ dansi laquelle vous auriez peine à faire recevoir celle bulle> quoique ce pape y témoigne avoir examiné la chose « avec toute la diligence possible^ diligenHsiimeif et avec « le conseil de plusieurs évèques et prélats : » de sorte qu'il « oblige étroitement toua les Français^ dkirieU « prœcipimt^, de reconnaître et de confesser qu'ils n'ont c< plus ces saintes reliques, » Et néanmoins les Français^ qui savaient la fausseté de ce fidt par leurs propres yeux^ et qui^ ayant ouvert la chàsse/y trouvèrent toutes ces reliques entières , comme le témoignent les historiens de ce temp94à; crurent alors ^ comme on l'a tou* jours cru depuis > le contraire de ce que ce saint pape leur avait enjoint de croire, sachant bien que même les saints et les prophètes sont sujets à être surpris \
Ce fut aussi en vain que vous obtîntes contre Galilée ce décret de Rome qui condamnait son opinion tou* chant le mouvement de la terre. Ce ne sera pas cela qui prouvera qu'elle demeure en repos; et si Ton avait des observations constantes qui prouvassent que c'est elle qui tourne ; tous les hommes ensemble ne l'empêche* raient pas de tourner^ et ne s'empêcheraient pas de tour> ner aussi avec elle*. Ne vous imaginas pas de même
' LabulleaaxreligieMxdeR&tisboDne, attaibu^ à, saint Léon IX, est une bulle apocryphe. Baronius ( ad ann. 105!t, n. 13) dit expressé* ment à ce sujet : Ai ista es$e commmiHtiA exclamaiA Frawi : et son annotateur Pagius donne raison aux Français. Pascal aurait dû s'instruire ^lans las pages du savant annaliste, ou auprès des religieux de Saint- Denis , qui gardaient dans leurs archives la véritable bulle, contraire à celle des religieux de Ratisbonne. ( M. Vabl^ Jtfaiynard.)
* Où Pascal a-t-il pris encore que les Jésuites tirent condamner Galilée ? Voici la vérité sur ce point. Bn 1612, Bellarmin était intervenu , par ordre du pape , dans les démêlés de Galilée avec Tinquisition. Au dire de Guichardin , alors ministre de Toscane à Rome , Galilée demandait que le pape et le saint-office déclarassent le système de Copanic fondé sur la Bible. Le pape nomma alors une conunission de cardinaux et de savants,