‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 76 sur 99 · DE LA SIMONIE · texte numérisé non relu

DE LA SIMONIE

doctrine? Ce n'est pas à celle de Jbsu&-Ghrist , quia toujours ordonné à ses disciples de donner gratuitement ce qu'ils avaient reçu gratuitement^ et qui exclut par ce mot^ comme remarque Pierre le Chantre, Verb. abbrev., c. 36, a toute ata tente de présents ou services', soit avec pacte, soit sans a pacte, parce que Dieu voit dans le coeur. » Ce n'est pas à l'école de rÉglise , qui traite non-^ulement de criminels, mais d'hérétiques, tous ceux qui emploient de l'argent pour obtenir les ministères ecclésiastiques, et qui appelle ce trafic, de quelque artifice qu'on le pallie, non un violement d'une de ses lois positives, mais une hérésie, simoniacam hœresim.

Cette école donc, en laquelle on apprend toutes ces maximes : ou que ce n'estqu'une simonie de droit positif, <hi que ce n'en est qu'une présumée, ou qu'il n'y a même aucun péché à doimer de l'argent pour un bénéfice comme motif, et non conune prix, ne peut être que celle de Giezi et de Simon le Magicien. C'est dans cette école où ces deux premiers trafiqueurs des choses saintes, qui sont exécrables partout ailleurs, doivent être tenus pour innocents; et où, laissant à la cupidité ce qu'elle désire et ce qui la fait agir, ou lui enseigne à éluder la loi de Dieu par le changement d'un terme qui ne change point les choses. Mais que les disciples de cette école écoutent de quelle sorte le grand pape Innocent III, dans sa Lettre à l'arclievêque de Cantorbie* , de l'an 1 1 99 , a foudroyé toutes les damnables subtilités de ceux « qui, étant aveuglés Qt par le désir du gain, prétendent pallier la sûnonie sous un « nom honnête, simoniam sub honesto nomine palliant : comme (( si ce changement de nom pouvait faire changer et la nature a du crime et la peine qui lui est due-. Mais on ne se moque a point de Dieu ( ajoute ce pape ) ; et quand ces sectateurs de « Simon pourraient éviter en cette vie la punition qu'ils méa ritent, ils n'éviteront point en l'autre le supplice étemel que a Dieu leur réserve. Car Thonnêteté du nom n'est pas capable 6 de pallier la malice de ce péché, ni le déguisement d'une

• Éd. m-4® et in-lî : ou de services.

' Cantorbéry , dans les éditions modernes.

3Sh DÉFENSE DE LA XI1« LETTRE.

a parole empêcher qu'on n'en soit coupable : Cum nec ho-- V nestas nominis criminis tnalitiam palliabit y nec voxpoterit c abolere reatum. »

Le dernier points monâeur^ est sur le sujet des banqueroutes. Sur quoi j'admire votre hardiesse. Les Jésuites , que vous défendez ^avaient rejeté la question d^Escobar sur Les^ sius très-mal à propos; car Fauteur des Lettres n'avait cité Lessius que sur la foi d'Escobar^ et n'avait attribué qu'à Escobar seul ce dernier point dont ils se plaignent : savoir^ que les banqueroutiers peuvent retenir de leurs biens pour vivre honnêtement, qtêoiqtte ces biens eussent été gagnés par des injustices et des crimes connus de tout le monde. C'est aussi sur le sujet du seul Escobar qu'il les a pressés, ou de désavouer publiquement cette maxime, ou de déclarer qu'ils la soutiennent; et en ce cas il les renvoie au parlement. C'était à cela qu'il fallait répondre, et non pas dire simplement que Lesâus, dont il ne s'agit pas, n'est pas de l'avis d'Escobar, duquel seul il s'agit. Pensez-vous donc qu^l n'y a qu'à détourner les questions pour les résoudre? Ne le prétendez pas, monsieur. Vous répondrez sur Escobar avant qu'on parle de Lessius. Ce n'est pas .que je refuse de le faire. Et je vous promets de vous expliquer bien nettement la doctrine de Lessius sur la banqueroute , dont je m'assure que le parlement ne sera pas moins choqué que la Sorbonne. Je vous tiendrai parole avec l'aide de Dieu, mais ce sera après que vous aurez répondu au point contesté touchant Escobar. Vous satisferez à cela pré Gisement, avant que d'entreprendre de nouvelles questions. Escobar est le premier en date; il passera devant, malgré vos fuites. Assurez-vous qu'après cela Lessius le suivra de près.

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