S90 LETTRE AU P. ANNAT
qu'ils ne disaient pas? N'ont-ils pas soutenu et ne soutiennentils pas encore ces propositions? Et c'est pourquoi ils sont hérétiques. Quand vous dites à MM. de Port-Royal qu'ils ne reeofmaissent pas le pape^ qu'ils ne reçoivent pas le concile de Trenie, etc., ils se servait comme ils doivent du Meniiris impudeniissime , c'est-à-dire que tous en avez menti, mon févérend père; car, dans les matières <fe cette importance^ ti est permis, et même nécessave, de donner un démenti, ils ne sont donc pas hérétiques; ou, s'ils le sont, ils n'&k ont ni le génie ni le caractère. Nous n'en avons point encore vu de cette sorte dans l'Église; et il est plus aisé de montrer dans leurs adversaires la marque et l'écrit de calonmiateurs et d'impôt fews, qu'en eux le caractère d'hérétiques.
Je trouve Uen, mon révérend père ^ que les hérétiques ont souvent imposé aux catholiques des hérésies. Les Pélagiens ont dit que saint Augustin niait le franc arbitre ; les Eutycliienfs ont dit que les calh<4iques niaient l'union substantielle de Dieu et de l'homme en Jésus-Cueist; les Monothélites accusaient les catholiques de mettre une division et une contrariété entre la volonté divine et l'humaine de Jesus^Ghrist; les Iconoclastes ont dit que nous adorions les images du culte qui n'est dû qu'à Dieu seul ; les Luthériens et les Calvinistes nous appellent pqpoUktres, et disent que le pape est l'Antéchrist. Nous disons que toutes ces propositions sont hérétiques, et nous les détestons en même temps; et c'est pourquoi nons. ne sommes pas hérétiques» Aiusi^ je crains, mon. révéi:end père,, que l'on ne dise que vous avez {riutôt le caractère des hérétiques que ceux que vous accusez d'hérésie; car les propositions moliniennes qu'ils vous objectent, vous les avouez, mais vous dites que ce sont pas des hérésies. Celles que vous leur objectez, ils les rejettent, disant que ce sont des hérésies, et par là ils font comme ont toujours fait les catholiques ; et vous, mon révérend père, vous faites comme ont toujours fait les hérétiques.
Mais, quand vous vous servez de leur piété et de leur zèle pour la morale chrétienne comme d'une marque de leur hérésie, c'est le dernier de vos excès. Si vous aviez démontré