‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 79 sur 99 · LETTRE AU P. ANNAT · texte numérisé non relu

LETTRE AU P. ANNAT

temps l'antiquité est-elle devenue criminelle? Quand la foi de nos pères a-t-elle cliangé?

Vous fïdtes tout ce que vous pouvez pour montrer que MM. de Port-Royal ont le caractère et Tesprit des hérétiques; oiais, avant que d'en venir là^ il faudrait avoir montré qu'ils le sont, et c'est ce que vous ne pouvez faire; et je veux faire voir clairement qu'ils n'en ont ni la forme ni la marque.

Quand l'Église a combattu les Ariens^ elles les a accuçés de nier la consubstantialité du Fils avec le Père étemel. Les Ariens ont-ils renoncé à cette proposition? Ont-ils déclaré qu'ils admettaient l'égalité et la consubstantialité entre le Père et le Fils? Jamais ils ne l'ont fait^ et c'est pourquoi ils étaient hérétiques. Vous accusez vos adversaires de ^ire que les préceptes sont impossibles. Hs nient qu'ils l'aient dit. Ils avouent que c'est hérésie de le dire. Ils soutiennent que^ ni avant ni après la constitution du pape^ ils ne l'ont point dit. Ils déclarent avec vous hérétiques ceux qui le disent. Ils ne sont donc point hérétiques.

Quand les saints Pères ont déclaré Nestorius hérétique parce qu'il niait l'union hypostatique du Verbe avec l'humanité sainte, et qu'il mettait deux personnes en Jésus-Christ, les Nestoriens de ce temps-là et ceux qui ont continué depuis dans l'Orient, ont-ils renoncé à ce dont on les accusait? N'ontils pas dit : n estvnd que nous admettons deux personnes en Jésus-Christ, mais nous soutenons que ce n'est point hé* résie? Voilà leur langage, et c'est pourquoi ils étaient hérétiques et le sont encore. Mais, quand vous dites que MM. de PortrRoyal soutiennent que l'on ne résiste point à la grâce intérieure , ils le nient ; et , confessant avec vous que c'est une hérésie , ils en détestent la proposition : tout au contraire des autres , qui admettent la proportion, et nient que ce soit hérésie. Ds ne sont donc pas hérétiques.

Quand les Pères ont condanmé Ëutychès parce qu'il ne croyait qu'une nature en Jésus^Ihrist , a-t-il dit que non, et qu'il en croyait deux? S'il l'avait dit, il n'aurait pas été condamné; mais il disait qu'il n'y avait qu'une nature, et prétendait que de le dire ce n'était point hérésie ; et c'est pourquoi

SUR LA BONNE FOI DES lANSÉNISTES. 389

tl était hérétique. Quand vous dites que MM. de Port-Royal tiennent que Jésus-Christ n*e$i pas mort pour tout le- monde ou pour tons les hommes, et qu'il n*a répandu son sang que pour le salut des prédestinés, que répondent-ils? Disent-ils qu'il est vrai quils sont de ce sentiment? Tout au contraire^ ne déclarent-ils pas qu'ils tiennent ce sentiment pour hérétique^ qu'ils ne l'ont jamais dit et ne le diront jamais ? Et ils déclarent qu'ils croient au contraire qu'il est faux que Jésus-Christ n'ait répandu son sang que pour le salut des prédestinés; qu'tt l'a aussi répandu pour les réprouvés qui résistent à sa grâce. Et enfin ils croient qu'il est mort pour tous les hommes, comme saint Augustin l'a cru, comme saint Thomas l'a enseigné^ et comme le concile de Trente l'a défini. Cela, mon révérend père, ne vaut-il pas pour le moins autant que de dire qu'on le croit comme les Jésuites le croient et comme Molina l'explique ? Ils ne sont donc pas hérétiques.

Quand l'on a soutenu contre les Monothélites deux volontés et deux opérations en Jésus-Christ, Cyrus d'Alexandrie et Sergius de Constantinople, et les autres, ont-ils dit qu'on leur imposait? Ont-ils déclaré qu'ils admettaient deux volontés et deux opérations en Notre-Seigneue Jésus-Christ? Non, ils ne l'ont pas fait; et c'est pourquoi ils étaient hérétiques. Quand vous opposez à MM. de Port-Royal qu'en cet état de la nature corrompue ils n'excluent et ne rejettent aucune nécessité de V action méritoire ou déméritoire, sinon la nécessité de contrainte, ils le nient, et enseignent, au contraire, que nous avons toujours en cette vie ,' dans toutes les actions par lesquelles nous méritons et déméritons , l'indifférence d'agir ou de ne pas agir, même avec la grâce efficace qui ne nous nécessite pa$, quoiqu'elle nous fasse infailliblement faire le bien, comme l'enseignent tous les Thomistes. Ils ne sont donc pas hérétiques.

Enfin 4 mon révérend père, quand l'Église a repris Luther

'et Calvin de ce qu'ils niaient nos sacrements, et de ce qu'ils ne

' croyaient pas la transsubstantiation et n'obéissaient pas au

pape, ces hérésiarques, auxquels vous comparez si souvent vos

adversaires, se sont-ils plaints de ce qu'on leur imposait ce

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