‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 82 sur 99 · DTJN AVOCAT AU PARLEMENT A UN DE SES AMIS · texte numérisé non relu

DTJN AVOCAT AU PARLEMENT A UN DE SES AMIS

Touchant l^inquiaitioo qu'on vent établir en France à Poocasion de la noareUe balle du pape Alexandre vn.

I*' juio 1687.

MoRSIEUa,

Vous croyez que toutes vos affaires vont bien, parce que votre procès ne va pas mal; mais vous allez bien apprendre que vous ne savez guère ce qui se passe. Vous êtes bien heureux de voir les affaires de loin. Nous nous sommes trouvés à la veille d'une inquisition qu'on voulait établir en France.^ et dont nous ne sommes pas tout à fait dehors. Les agents de la cour de Rome^ et quelques évéques qui dominaient dans rassemblée^ ont travaillé de concerta cet établissement^ dont ils ont pris pour fondement la bulle du pape Alexandre YII sur les cinq propositions. Us l'ont fait recevoir au clergé , et avec des suites propres à leur dessein ; car il a été arrêté dans l'assemblée qu'elle serait souscrite par tous les ecclésiastiques du royaume sans exception^ et qu'il serait procédé contre ceux qui refuseraient de la signer^ par toutes les peines ordonnées contre les hérétiques^ c'est-à-dire parla perte de leurs bénéfices y et par bien d'autres violences^ comme tout le monde lésait.

Vous voyez bien ce que cela veut dire, et que l'inquisition est établie , si le parlement ne s'y oppose. Cependant on parle d'y envoyer cette bulle ; de sorte que , si elle y est reçue , voilà la France assujettie et bridée comme les autres peuples.

' On croit <iae eette lettre est de M. le Maîstre, Trère de M. de Sacy. Après avoir renoncé à sa profession d'avocat, M. le Maisire se retira à Port- Royal des champs , et s'y livra à Tétude de la religion. Il mourut le 4 novembre 1658.

DE l'inquisition QU'OV VEUT ÉTABÙR EN FRANGE. 393

Je pense souvent à tout ceci , et je n'y trouve rien de boa. Le monde ne sait pas où cela va^ ni quelles en sont les conséquences. Ce n'est point ici une affaire de religion, mais de politique ; et je suis trompé si le Jansénisme , qui semble en être le sujet, en est autre chose, en effet, que l'occasion et le prétexte. Car, pendant qu'on nous amuse de l'espérance de le voir abolir, on nous asservit insensiblement à l'inquisition , qui nous opprimera avant que nous nous en soyons aperçus.

Je veux que ce soit un louable dessein de faire croire que ces cinq propositions soient de Jansénius; mais le moyen ne m'en plaît nullement. Je trouve que cette manière de priver les gens de bénéfices est une nouveauté de mauvais exemple, et qui touche tel qui n'y pense pas. Car, croyez-vous, monsieur, que nous n'y ayons point d'intérêt, parce que nous ne sommes pas ecclésiastiques? Ne nous abusons pa«; cela nous regarde tous tant que nous sommes, sinon pour nous-mêmes, au moins pour nos amis , pour nos enfants. Monsieur votre fils, qui étudie maintenant en Sorbonne, ne peut-il pas avoir les bénéfices de son oncle ? et mon fils le prieur n'y est-il pas intéressé pour lui-même? Vous me direz qu'ils n'ont qu'à signer pour se mettre en assurance. J'en demeure d'accord. Mais qu'avons-nous affaire que leur assurance dépende de là? Quoi ! si mon fils se va mettre dans la tête que ces propositions ne sont point dans Jansénius , comme j'ai peur qu'il le fasse, car il voit souvent son cousin le docteur, qui dit qu'il ne les y a jamais pu trouver, et qu'ainsi , ne croyant pas qu'elles y soient , il ne peut signer qu'il croit qu'elles y sont , parce qu'il dit que ce serait mentir, et qu'il aime mieux tout perdre que d'offenser Dieu ; si donc mon fils se met tout cela dans la fantaisie , adieu mes bénéfices que j'ai taht eu de peine à avoir.

Vous voyez donc bien que tel qui n'y a point d'intérêt aujourd'hui peut y en avoir demain , et que tout cela ne vaut guère. Que ne cherchent-ils d'autres voies pour montrer que ces propositions sont dans ce livre, sans inquiéter tout un royaume? Voilà bien de quoi faire tant de vacarme ! Quand ils ne faisaient que disputer par livres, je les laissais dire sans

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