MESSIEURS LES CURÉS DE PARIS
A MESSIEURS LES CURÉS DES AUTRES DIOCÈSES DE FRANCE, Sar le sajet des mauTaises maximeii de quelques nouveaux casuistes.
Messieurs
Si tous les vrais chrétiens sont unis ensemble par un même esprit et un même cœur, et sont obligés par les devoirs de la charité divine de prendre part aux intérêts spirituels les uns des autres dans les occasions que Dieu leur en présente , tous les pasteurs de l'Église catholique le sont encore davantage, et leur charité devant être plus grande que celle des particuliers, puisqu'elle en est l'exemple et le modèle, elle les lie aussi plus étroitement enseifnble, et les engage beaucoup plus à s'aider mutuellement pour le bien des âmes que Dieu a commises à leur conduite. C'est ce qui nous a portés à écouter favorablement ce qui nous a été représenté de la part de nos vénérables confrères messieurs les curés de Rouen, dans nos dernières assemblées : savoir que M. le curé de Saint-Maclou, l'un des plus considérables d'entre eux, s'étant cru obligé de parler dans un sermon synodal en présence de monseigneur l'archevêque de Rouen , de plus de huit cents curés et de plusieurs autres personnes de condition, contre les mauvaises maximes de quelques casuistes qui troublent Tordre de la hiérarchie et corrompent la morale chrétienne, et ayant, depuis, déclaré dans un autre sermon fait en sa paroisse, qu'en prêchant contre ces pernicieuses maximes il ï\e les attribuait à aucun ordre ni à aucun corps, mais les combattait seulement en elles-mêmes , les jésuites de la ville de Rouen n'ont pas laissé de se tenir tellement offensés du décri de cette doctrine, qu'ils ont présenté à monseigneur l'archevêque de
Rouen , au nom de frère Jean Brisacier , recteur de leur collée en ladite ville, une requête remplie d'injures et de calonmies contre la pers(»ine dudit sieur curé de SaintrMaclou, afin que, Tayant ruiné d'honneur et de crédit, il ne se trouvât plus personne qui osât entreprendre de défendre publiquement ce qae ces auteurs scandaleux osent soutenir et écri re publiquement; que ce traitement si injurieux qu'on faisait à leur confrère les avait obligés de s'assembler pour examiner les points touchant les mœurs qui avaient donné lieu à ce différend; que, pour cela, ils avaient lu les livres desquels ils ont été tirés, et qu'en ayant fait des extraits fidèles, ils y avaient trouvé des propositions si étranges et si capables de corrompre les âmes , que cela les avait encore plus engagés à se joindre à leur confrère , pour en demander tous ensemble la condanmation; qu'à cette fin, ils avaient présenté une requête à monseigneur l'archevêque de Rouen, qui, leur ayant dit que cette affaire était conunune et regardait toute TÉglise, leur témoigna la vouloir renvoyer par-devant tiosseigneurs de l'assemblée générale du clergé de France, qui se tient maintenant à Paris. Ce qui les avait encore portes davantage à s'adresser à nous, afin qu'étant joints ensemble nous pussions travailler plus utilement à obtenir la censure de ces maximes entièrement opposées aux règles et à l'esprit de l'Évangile . dont ils nous ont envoyé les extraits, et à arrêter la violence de ceux qui voudraient, par leur crédit, fermer la bouche aux pasteurs de l'Église, qui étant établis de Dieu pour servir de sentinelles à la maison d'Israël, selon les paroles de FÉcriture, doivent crier et avertir de tout ce qui peut porter préjudice aux âmes dont Dieu leur demandera un compte si rigoureux. Cet avis plein de prudence et de zèle nous ayant puissamment touchés, nous a fait résoudre, dans notre dernière assemblée, non-seulement de nous joindre à messieurs les curés de Rouen, mais aussi de les imiter en vous faisant part de cette affaire, qui nous est commune <^i tous, puisque nous avons tous le même intérêt : que l'Église , cette pure et chaste épouse de Jésus-Christ, dont la conduite nous est con-* fiée sous l'autorité de nosseigneurs les évêques, ne reçoive
DE MESSIECBS LES CURÉS DE PARIS. k09
aucune souillure âsais ses mœurs par des maximes corrompues et toutes contraires à ses règles saintes^ et qu'elle ne souffre pas davantage les reproches scandaleux que lui font les hérétiques^ ses ennemis 9 qui la veulent rendre responsable de ces sentiments pernicieux de quelques casuistes particuliers^ qu'elle a toujours improuvés par ses canons et par ses décrets. C'est dans ce dessehi, et dans la seule vue de rendre quelque service à l'Église, que pour vous instruire de tout ce qui s'est passé en cette rencontre , nous vous envoyons une copte de la requête que messieurs les curés de Rouen ont présentée à monseigneur leur archevêque^ avec un extrait fidèle de quelques-unes des propositions que nous avons prises panni le grand nombre d'autres semblables , qui contiennent une doctrine dont toute personne qui a quelque soin de son salut aurai sans doute de l'horreur, et. entre lesquelles nous n'avons mis que celles qui regardent la morale et non celles qui concernent la hiérarchie. C'est afin que, dans un même esprit de paix, de concorde et de charité « et dans un même désir de profiter aux âmes qui nous sont commises, vous vous unissiez à nous, comme plusieurs de messieurs les curés des autres diocèses offrent déjà de le faire, et envoyiez pour cela vos procurations aux syndics de notre compagnie, qui soient en bonne forme, devant notaires, et mises au pied de l'extrait que nous vous envoyons des propositions à condanmer, et pour demander et poursuivre conjointement, tant par-devant nosseigneurs de l'assemblée générale du clergé de France qu'ailleurs où il appartiendra, la censure et condamnation de ces mauvaises maximes, qui corrompent la morale chrétienne et troublent même la société civile , telles que sont celles dont îious.vous envoyons les extraits, et autres semblables; à ce que les peuples que Dieu a commis à notre garde, sous nosseigneurs les prélats, soient désormais préservés de ce venin mortel , qui les porte au relâchement et au libertinage , et que nous puissions tous ensemble louer et bénir le père des miséricordes de ce qu'il nous aura donné la force de nous acquitter de notre devoir sans aucune crainte ni considérations humaines, et de ce qu'il nous aura fait la grâce de contribuer