PREMIÈRE REQUÊTE
PKK8BNTBI PÂB 1ËS8SIIUB8 hËS CUBBS DB BOUtflf A H01I8BI61IBUB LBVB ABGHBTÉQnB.
A MONSEIGNEUR L'ILLUSTRISSIME ET RELIGIOSISSIME ARCHEVÊQUE DE ROUEN , PRIMAT DE NORMANDIE.
Supplient humblement les doyen el curés de Rouen soussignés^ disant que, depuis quelques années , plusieurs grands prélats et autres ecclésiastiques recommandables en piété et .suffisance auraient remarqué et se seraient plaints, tant par écrit que de vive voix, que plusieurs des auteurs modernes qui ont traité de la théologie morale et des cas de conscience ont enseigné 9 dans leurs écrits et dans les livres qu'ils ont composés sur ces matières^ des doctrines pernicieuses qui corrompent les bonnes mœurs et qui sont tout à fait opposées aux maximes de TÉvangUe : que feu monseigneur l'archevêque, votre oncle et votre prédécesseur, est un de ceux qui ont mieux reconnu les conséquences de ce mal, dont il fait de grandes plaintes dans cet excellent ouvrage qu'il a cc»nposé : De rébus Eedesim, où il déplore , avec un zèle et une force dignes d'un grand prélat, la corruption des mœurs et le relâchement de la<iisdpline, qui est arrivé par les mauvais principes de la théologie accommodante et complaisante des nouveaux casuistes , dont il compare les livres à ces libelles pénitentiaux qui servaient autrefois de règles aux confesseurs en Tadministration du sacrement de pénît^ce, dans lesquels il se glissa tant d'erreurs et d'abus que le second ccmcile de Ghâ- Ions, sous Gharlemagne, et le sixième concile de Paris, sous Louis le Débonnaire, furent obligés de les condamner.
Mais outre ces plaintes générales qui ont été faites par plusieurs grands personnages de ce temps contre les casuistes, on a été souvent contraint d'empêcher le progrès de la mauvaise
412 PBEMIÈRE REQOÉTE.
doctrine de quelques-uns par les censures et par d'autres voies juridiques^ comme il est arrivé à l'égard du livre de Pierre Milhard, de l'ordre des bénédictins^ qui porte pour titre : La grande Guide des Curés, et celui de M® Bertin Berthauld^ prêtre du diocèse de Goutances^ intitulé : Le Directeur des Confesseurs, qui ont été notés de censure par la Faculté de Théologie de Paris : et depuis, le livre de la SoOifne des Péchés, composé par le père Bauny, jésuite, a été censuré à Rome par la congrégation de l'Indice, et en France par l'assemblée générale du clergé, le 12 avril 1642, comme contenant des propositions qui portent les âmes au libertinage et à la corruption des bonnes moeurs, et violent l'équité naturdle et le droit des gens, excusent les blasphèmes, usures, simonies et plusieurs autres péchés les plus énormes.
Et il est considérable, monseigneur, que, dans l'acte de censure, nosseigneurs les prélats résolurent de faire dresser un corps de théologie morale par dix ou douze docteurs des plus célèbres de la Faculté de Paris , lequel serait approuvé par les prélats de ce royaume et jreçu en tous leurs diocèses, afin d'obvier aux inconvénients que cause la multiplicité de ces sortes de livres. Et environ deux ans après cette censure, h savoir l'an 1644, le père Hereau, jésuite, lecteur des cas de conscience au coUége de dermont, à Paris, ayant enseigné à ses écoliers quelques propositions préjudiciables à la vie des honmies, l'Université en fit informer, et présenta au Parlement trois requêtes l'une après l'autre, en la première des^ quelles, en date du 6 mars de la même année , l'Université demande qu'il soit fait défense aux jésuites de plus enseigner la thédogie au collège de Oermont ni ailleurs ; en la seconde l'Université représente à la cour et fait voir que la doctrine con« tenue dans les écrits du père Hereau n'est pas le sentiment d'un particulier, mais la doctrine de plusieurs des auteurs de cette Société; et la troisième requête tend à faire suf^rimer par la cour le livre du père Gaussin, qui porte pour titre : Apo^ loçie pour les religieux de la compagnie de Jésus, ou ce jésuite tâche de justifier sa compagnie de l'accusation formée contre elle par l'Université, et entreprend de défendre par co