‹ Les provinciales, ou, Les lettres écritesChapitre 9 sur 99 · POUR SERVIR DE RÉPONSE A LA PRÉCÉDENTE · texte numérisé non relu

POUR SERVIR DE RÉPONSE A LA PRÉCÉDENTE

Injostice, absurdité et nullité de la ceasure de M. Arnauld ■.

De Paris, ce 9 lévrier 16S6.

HONSIEUB^

Je viens de recevoir votre lettre , et en même temps Ton m'a apporté une copie manuscrite de la censure. Je me suis trouvé aussi bien traité dans Tune^ que M. Arnauld Test mal dans l'autre. Je crains qu'il n'y ait de l'excès des deux côtés ^ et que nous ne soyons pas assez connus de nos juges. Je m'assure que^ si nous l'étions davantage^ M. Arnauld mériterait l'approbation de la Sorbonne, et moi la censure de l'Académie. Ainsi nos intérêts sont tout contraires. Il doit se faire connaître, pour défendre son innocence; au lieu que je dois demeurer, dans l'obscurité, pour ne pas perdre ma réputation. De sorte que, ne pouvant paraître, je vous remets le soin de m'acquitter envers mes célèbres approbateurs, et je prends celui de vous informer des nouvelles de la censure.

Je vous avoue. Monsieur, qu'elle m'a extrêmement surpris. J'y pensais voir condamner les plus horribles hérésies du monde; mais vous admirerez , comme moi, que tant d'éclatantes préparations se soient anéanties sur le point de produire un si grand effet.

' Pour la dernière fois, nous prévenons que les seconds titres, en forme de sommaires , ne se trouvent pas dans les éditions revues et publiées par Pascal. ( Lef.... )

Pour Tentendre avec plaisir^ ressouvenez-vous, je vous prie, des étranges impressions qu'on nous donne depuis si longtemps des Jansénistes. Rappelez dans votre mémoire les cabales^ les fax^tions, les erreurs, les ^phismes, les attentats, cpi'on leur reproche depuis si longtemps; de (juelle sorte on les a décriés et noircis dans les chaires et dans les livres , et combien ce torrent, qui a eu tant de vic^ence et de durée, était grossi dans ces dernières années , où on les accusait ouvertement et publiquement d'être non-seulement hérétiques et schismatiques, mais apostats et infidèles; « de nier le mys- « tère de la transsubstantiation, et de renoncer à Jssus- « Christ et à TÉvangile. »

En suite de tant d'aecusations si surprenantes S on a pris le dessein d'examiner leurs livres pour en faire le jugement. Qn a choisi la Seconde Leiite de M. Arnauld, qu'on disait être remplie des plus grandes ' erreurs. On lui donne pour examinateurs ses plus déclarés ennemis, ils emploient tcmte leur étude à rechercher ce qu'ils y pounraient reprendre; jet ils en rapportent une proposition touchant la doctrine, qu'ils exposent à la censure.

Que pouvait-on penser de tout ce procédé, sinon que cette proposition , choisie avec des circonstances si remarquables, contenait Tessence des plus noires hérésies qui se puissent imaginer? Cependant elle est telle, qu'on n'y voit rien qui ne soit si clairement et si formellement exprimé dans les passages des Pères que M. Arnauld a rapportés en cet endroit, que je n'ai vu personne qui en pût comprendre la différence. On s'imaginait néanmoins qu'il y en avait beaucoup', puisque, les passages des

' Éd. in- 4* : atroce».

' Ibid. : détestables.

^ Ibid. : une terrible.

.52 tBOISlÈME LEtTRE.

Pères étant sans doute catholiques^ il fallait que la pro* position de H. Arnauld y fût extrêmement* contraire pour être hérétique.

C'était de la Sorbonne qu'on attendait cet éclaircissement. Toute la chrétienté avait les yeux ouverts pour voir dans la censure de ces docteurs ce point imperceptible au commun des hommes. Cependant H. Arnauld fait ses apologies^ où il donne en plusieurs colonnes sa proposition, et les passages des Pères d'où il Ta prise, pour en faire paraître la confonnité aux moins clairvoyants.

Il fait voir que saint Augustin dit, en un endroit qu U cite, « que Jésus-Christ nous montre un juste en a la personne de saint Pierre, qui nous instruit par sa a chute de fuir la présomption. » Il en rapporte un autre du même Père, qui dit a que Dieu, ppur montrer <( que sans la grâce on ne peut rien, a laissé saint <( Pierre sans grâce. » Il en donne un autre de saint Chrysostome , qui dit a que la chute de saint Pierre n' arec riva pas pour avoir été froid envers Jésus-Christ, <( mais parce que la gr&ce lui manqua; ef qu'elle n'ar- « riva pas tant par sa négligence que par Tabandon de a Dieu , pour apprendre à toute FÉglise que sans Dieu « l'on ne peut rien. » Ensuite de quoi il rapporte sa proposition accusée, qui est celle-ci : « Les Pères nous <( montrent un juste en la personne de saint Pierre, à <( qui la grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué. )>

C'est sur cela qu'on essaye en vain de remarquer comment il se peut faire que l'expression de H. Arnauld soit autant différente de celle des Pères que la vérité l'est de Terreur, et la foi de l'hérésie. Car où en pourrait-on trouver la différence? Serailnje en ce qu'il dit que les

' Ed. in-4'* : hornblement.

c( Pères nous montrent un juste en la personne de saint « Pierre? » Saint Augustin Ta dit en mots propres. Est-ce en ce qu'il dit <c que la grâce lui a manqué? » Mais le même saint Augustin^ qui dit « que saint Pierre était c( juste , » dit « qu'il n'avait pas eu la grâce en cette rena contre. » Est-ce en ce qu'il dit « que sans la grâce on (( ne peut rien? » Hais n'est-ce pas ce que saint Augustin dit au même endroit^ et ce que saint Chrysostome même avait dit avant lui, avec cette seule différence qu'il l'exprime d'une manière bien plus forte; conxme en ce qu'il dit c< que sa chute n'arriva pas par sa froic( deur ni par sa négligence^ mais par le défaut de la « grâce, et par l'abandon de Dieu? »

Toutes ces considérations tenaient tout le monde en haleine pour apprendre en quoi consistait donc cette diversité, lorsque cette censure si célèbre et si attendue a enfin paru après tant d'assemblées. Mais^ hélas! elle a bien frustré notre attente. Soit que les docteurs Molinistes^ n'aient pas daigné s'abaisser jusqu'à nous en instruire, soit pour quelque autre raison secrète, ils n'ont fait autre chose que prononcer ces paroles : « Cette a proposition est téméraire, impie, blasphématoire, frap- « pée d'anathème, et hérétique. »

Croiriez-vous, Monsieur, que la plupart des gens, se voyant trompés dans leur espérance, sont entrés en mauvaise humeur, et s'en prenneat aux censeurs mêmes? Ils tirent de leur conduite des conséquences admirables pour l'innocence de M. Amauld. Eh quoi! disent-ils, est-ce là tout ce^qu'ont pu fedre durant si longtemps tant de docteurs si acharnés sur un seul , que de ne trouver dans tous ses ouvrages que trois lignes à reprendre, et qui sont tirées des propres paroles des plus grands docteurs de l'Église grecque et latine? Y a-t-il un auteur

* Éd. ia-4° ices 6on« Molinistes.

54 TROISIÈME LBTTHE.

qit^an veuille perdre^ dont les écrits n'en donnent un plus spécieux prétexte? Et quelle plus haute marque peut-on produire^ de la foi de cet illustre accusé?

D'où vient ^ disent-ils , qu'on pousse tant d'imprécations qui se trouvent dans cette censure^ où l'on assemble tous ces termes « de poison^ de peste^ d'horreur^ de tête mérité^ d'impiété^ de blasphème^ d'abomination^ «M^exécration^ d^anathème^ d'hérésie , » qui sont les plus horribles expressions qu'on pourrait former contre Arius^ et contre TAntechrist méme^ pour combattre une hérésie imperceptible ^ et encore sans la découvrir? Si c'est contre les paroles des Pères qu'on agit de la sorte , où est la foi et la tradition? Si c'est contre la proposition de M. Arnauld^ qu'on nous montre en quoi elle en est différente^ puisqu'il ne nous en parait autre chose qu'une parfaite conformité. Quand nous en reconnaîtrons le mal^ nous l'aurons en détestation : mais tant que nous ne le verrons points et que nous n'y trouverons que les sentiments des saints Pères, conçus et exprimés en leurs propres termes, comment pourrions-nous l'avoir sinon en une sainte vénération?

Voilà de quelle sorte ils s'emportent; mais ce sont de» gens trop pénétrants. Pour nous, qui n'approfondissons pas tant les choses, tenons-nous en repos sur le tout. Voulons-nous être plus savants que nos maîtres? N'entreprenons pas plus qu'eux. Nous nous égarerions dans cette recherche . Il ne faudrait rien pour rendre cette censure hérétique'. Un'y a qu'un point imperceptible entre cette proposition et la foi. La distance en est si insensible,

» Édit. in-4» et in-12 : produire de k vérité de ta fei, ek.

» Ici les éditions antérieures à celle de 1669 ajoutent : La venté est si délicate , que, pour peu qu*on s'en retire, on tombe dans V erreur; mais^ cette erreur est si déliée , que , pour peu qu'on s'en éloigne y on se trouve dans la vérité. Il n'y a , et-c.

que j'ai eu peur, en ne la voyant pas, de me rendre contraire aux docteurs de TÉglise, pour me rendre trop conformeauxdocteursdeSorbonne; et, danscettecraînte, j'ai jugé nécessaire de consulter un de ceux qui, par politique, furent neutres dans la première question, pour apprendre de lui la chose véritablement. J'en ai donc vu un fort habile, que je priai de me vouloir marquer les circonstances de cette différence, parce que je lui confessai franchement que je n^y en voyais aucune.

A quoi il me répondit en riant, comme s'il eût pris plaisir à ma naïveté : Que vous êtes simple, de croire qu'il y en ait! Et où pourraiIreUe être? Vous imaginezvous que, si Ton en eût trouvé quelqu'une, on ne Feût pas marquée hautement, et qu'on n'eût pas été ravi de l'exposer à la vue de tous les peuples dans Tesprit desqueb on veut décrier M. Amauld? Je reconnus bien , à ce peu de mots , que tous ceux qui avaient été neutres dans la première question ne l'eussent pas été dans la seconde. Je ne laissai pas néanmoins de vouloir ouïr ses raisons S et de lui dire : Pourquoi donc ontrils attaqué cette proposition? A quoi il me repartit : Ignoreatvous ces deux choses, que les moins instruits de ces affaires connaissent : Tune , que M. Amauld a toujours évité de rien dire qui ne fût puissamment fondé sur la tradition de l'Église ; Vautre, que ses ennemis ont néanmoins résolu de l'en retrancher à quelque prix que ce soit; et qu'ainsi tes écrits de Fun ne donnant aucune prise aux desseins des autres, ils ont été contraints^ pour satisfaire leur passion, de prendre une proposition telle quelle , et de la condamner sans dire en quoi ni pourquoi ? Car ne savez-vous pas comment les Jansénistes les

' L'édition originale in- 12 omet tout ce qui précède depuis : Je reconnus bien y etc., et poursuit ainsi : Mats, /tiidis-jc, pourquoi donc, etc.

56 THOISIEMS LETTRE.

tiennent en échee et les pressent si furieusement^ que^ la mmndre parole qui leur échappe contre les principes des Pères, on les voit incontinent accablés par des volumes entiers, où' ils sont forcés de succomber : de sorte qu'après tant d'épreuves de leur fûblesse, ils ont jugé plus à propos et plus facile de censurer que de repartir, parce qu'il leur est bien plus aisé de trouver des moines que des raisons?

Mais quoi! lui dis-je, la chose étant ainsi, leur censure est inutile ; car quelle créance y aura-t-on en la voyant sans fondement, et ruinée par les réponses qu'on y fera? Si vous connaissiez l'esprit du peuple, me dit mon docteur, vous parleriez d'une autre sorte. Leur censure , toute censurable qu'elle est , aura fHi^sque tout son effet pour xm temps; et quoîqu'à force d'en montrer l'invalidité il soit certain qu'on la fera entendre , il est aussi véritable que d'abord la plupart des esprits en seront aussi fortement frappés que de la plus juste du monde. Pourvu qu'on crie dans les rues : « Voici la « censure de H. Amauld, voici la condamnation des (( Jansénistes 1 » les Jésuites auront leur compte. Ck>mbieii y en aurart-il peu qui la lisent ! combien peu de ceux qui la liront qui l'entendent! combien peu qui aperçoivent qu'elle ne satisfait point aux objections! Qui croyez-vous qui prenne les choses à cœur, et qui entreprenne de les examiner à fond? Voyez donc combien Û y a d'utilité en cela pour les ennemis des Jansénistes. Ils sont sûrs par là de triompher, quoique d'un vain triomphe, à leur ordinaire , au moins durant quelques mois; c'est beaucoup pour eux; ils chercheront ensuite quelque nouveau moyen de subsister. Us vivent au jour la journée. C'est de cette sorte qu'ils se sont

» Il faudrait : sous lesquels. {M. Vabbé Maynard. )

maintenus jusqu'à présent^ tantôt par un catéchisme oà. un enfant condamne leurs adversaires^ tantôt par une procession où la gr&ce suffisante mène l'efficace en triomphe^ tantôt par une comédie où les diables emportent Jansénius ; une autre fois par un almanach, maintenant par cette censure.

En vérité^ lui dis^je , je trouTais tantôt à redire au procédé des Molinistes; mais, après ce que vous m'avez dit^ j'admire leur prudence et leur politique. Je vois hien qu'ils ne pouvaient rien faire de plus judicieux ni de plus sûr. Vous l'entendez^ me dit-il : leur plus sûr parti a toujours été de se taire. Et c'est ce qui a fait dire à un savant théologien <c que les plus habiles d'entre eux a sont ceux qui intriguent beaucoup^ qui parlent peu , (( et qui n'écrivent point. »

C'est dans cet esprit que^ dès le commencement des assemblées^ ils avaient prudenunent ordonné que^ si H« Amauld venait en Sorbonne^ ce ne fût que pour exposer simplement ce qu'il croyait , et non pas pour y entrer en lice contre personne. Les examinateurs s'étant voulu un peu écarter de cette méthode^ ils ne s'en sont pas bien trouvés. Ils se sont vus trop fortement^ réhités par son second Apologétique.

C'est dans ce même esprit qu'ils ont trouvé cette rare et toute nouvelle invention de la demi-heure et du sable. Us se sont délivrés par là de l'importunité de ces docteurs qui entreprenaient de réfuter toutes leurs raisons; de produire les livres pour les convaincre de fausseté , de les sonmier de répondre^ et de les réduire* à ne pouvoir répliquer.

' Éd. in-4* : vertement .

' Éd. m-4® : « Ils se sont délivrés par là de Timportunité de ces fdfheux doch&ax8 qvà prenaient plaisir à réfuter...., à produire..., à les sommer* . . , et à les réduire. ...»

58 TJIOISIÈME LETTR-G.

Ce n'est pas qu'ils n'avaient bien vu que ce manquement de liberté^ qui avait porté un si grand nombre de docteurs à se retirer des assemblées, ne ferait pas de bien à leur censure; et que Facte de protestation de nullité qu'en avait fait M. Amauld, dès avant qu'elle fût conclue, serait un mauvais préambule * pour la faire recevoir favorablement. Ils croient assez que ceux qui ne sont pas préoccupés * considèrent pour le moins autant le jugement de soixante-dix docteurs qui n'avaient rien à gagner en défendant M. Amauld, que celui d'une centaine d'autres qui n'avaient rien à perdre en le condamnant.

Hais, après tout, ils ont pensé que c'était toujours beaucoup d'avoir une censure, quoiqu'elle ne soit que d'une partie de la Sorbonne, et non pas de tout le corps; quoiqu'elle soit faite avec peu ou point de liberté , et obtenue par beaucoup de menus moyens qui ne sont pas des plus réguliers; quoiqu'elle n'explique rien de ce qui pouvait être en dispute; quoiqu'elle ne marque point en quoi consiste cette hérésie , et qu'on y parle peu , de crainte de se méprendre. Ce silence même est un mystère pour les simples : et la censure en tirera cet avantage singulier, que les plus critiques et les plus subtils théologiens n'y pourront trouver aucune mau-^ valse raison.

llette»-vous donc l'esprit en repos, et ne craignez point d'être hérétique en vous servant de la proposition condamnée. EUe n'est mauvaise que dans la Seconde Lettre de H. Amauld. Ne vous en voulez-vous pas fier à ma parole? croyez-en M. Le Hoine , le plus ardent des examinateurs, qui, en parlant encore ce matin à un doc-

' Éd. in-4" : Et que Vacle de M. ArnmUd serait un marnais préambule.., * Ibid. : dupes.

teur de mes amis qui lui demandait* en quoi consiste cette différence dont il s'agit^ et s'il ne serait plu» permis de dire ce qu'ont dit les Ptoes : « Cette proposition, a lui a-t-il excellemment répondu^ serait catholique « dans une autre bouche; ce n'est que dans M. Ar- (( nauld que la Sorbonne l'a condamnée. » Et ainsi admirez les machines du Holinisme^ qui font dans TÉglise de si prodigieux renversements, que ce qui est catholique dans les Pères devient hérétique dans H. Arnauld; que ce qui était hérétique dans les Semi-Pélagiens devient orthodoxe dans les écrits des Jésuites; que la doctrine si ancienne de saint Augustin est une nouveauté insupportable, et que les inventions nouvelles qu'on fabrique tous les jours à notre vue passent pour Tancienne foi de TÉglise. Sur cela, il me quitta.

Cette instruction m'a servi*. J'y ai compris que c'est ici une hérésie d'une nouvelle espèce. Cène sont pas les sentiments de M. Arnauld qui sont hérétiques; ce n'est que sa personne. C'est une hérésie personnelle. Il n'est pas hérétique pour ce qu'il a dit ou écrit, mais seulement pour ce qu'il est M. Arnauld. C'est tout ce qu'on trouve à redire en lui. Quoi qu'il fasse, s'il ne cesse d'être , il ne sera jamais bon catholique. La grâce de saint Augustin ne sera jamais la véritable tant qu'il la défendra. Elle le deviendrait, s'il venait à la combattre. Ce serait un coup sûr, et presque le seul moyen de l'établir, et de détruire le Holinisme; tant il porte de malheur aux opinions qu'il embrasse.

Laissons donc là leurs différends. Ce sont des disputes de théologiens, et non pas de théologie. Nous, qui

• Éd. in-4" : « qui a dit encore ce matiii à un docteur de mes amis, sur ce qu'il lui demandait... »

* Ibid. : m'a ouvert les yeux.

60 THOISIÈME LETTRE.

ne sommes point docteurs, n'avons que faire à leurs démêlés. Apprenez des nouvelles de la censure à tous nos amis^ et aime:&-moi autant que je suis S etc.

' Éd. in-4° et in-12 : autant que je suis , Monsieur, votre trés-kumbU et très-obéissant serviteur, E. A, A, B. P. A. F. D. £. P *.

* Et ancien ami. Biaise Pa$cal, Auvergnat» JU* de ÉUenne Pateai. ( if. t'abbé Ma^nard. ) Voyez d-deaius, page is.

, De la grâce actuelle , toujours présente; et des péchés dMgnoranco.

« De Paris, le 25 février 1656.

Monsieur^

Il n'est rien tel que les Jésuites. J'ai bien yu des Jacobins^ des docteurs ; et de toutes sortes de gens; mais une pareille visite manquait à mon instruction. Les autres ne font que les copier. Les choses valent toujours mieux dans leur source. J'en ai donc vu un des plus habiles , et j'y * étais accompagné de mon fidèle Janséniste qui vint avec moi aux Jacobins. Et comme je souhaitais particulièrement d'être éclaire! sur le sujet d'un différend qu'ils ont avec les Jansénistes^ touchant ce qu'ils appellent la grâce actuelle, je dis à ce bon père que je lui serais fort obligé s'il voulait m'en instruire; et que je ne savais pas seulement ce que ce terme signifiait : je le priai donc de me l'expliquer, Trè&-volontiers, me dit-il; car j'aime les gens curieux. En voici la définition. Nous appelons « grâce actuelle, une inspiration c< de Dieu par laquelle il nous fait connaître sa volonté, <( et par laquelle il nous excite à la vouloir accomplir. » Et en quoi, lui dis-je, étes-vous en dispute avec les Jansénistes sur ce sujet? C'est, me répondit-il, en ce que nous voulons que Dieu donne des grâces actuelles à tous les hommes, à cliaque tentation; parce que nous soutenons que, si l'on n'avait pas à chaque tentation la

' Le mot y est un adverbe de lieu, et ne peut se construire avec un nom de personne. D faudrait, par exemple : J^allais chez les Jésuites , et fy étais accompagné, etc. ( Af . Vabbé Maynard. )

grâce actuelle pour n'y point pécher^ quelque péché que Ton commit > il ne pourrait jamsûs être imputé. Et les Jansénistes disent^ au contraire , que les péchés commis sans gr&ce actuelle ne laissent pas d'être imputés : mais ce sont des rêveurs. J'entrevoyais ce qu'il voulait dire; mais^ pour le lui faire encore expliquer^ plus clairement^ je lui dis : Mon père^ ce mot de grâce actuelle me brouille; j€ n'y suis pas accoutumé : si vous aviez la bonté de me dire la même chcxse sans vous servir de ce terme ; vous m'obli^riez infiniment. Oui^ dit le père; c'est-à-dire que vous voulez que je substitue la définition à la place du défini : cela ne change jamais le sens du discours ^ je le veux bien. Nous soutenons donc^ comme un principe indubitable , a qu^une action <( ne peut être imputée à péché, si Dieu ne nous donne, « avant que de la commettre, la connaissance du mal « qui y est, et une inspiration qui nous excite à Té- « viter. » M'entendez-vous maintenant?

Étonné d'un tel discours, selon lequel tous les péchés de surprise, et ceux qu'on fait dans un entier oubli de Dieu, ne pourraient être imputés , puisque avant que de les commettre on n'a ni la connaissance du mal qui y est, ni la-pensée de l'éviter*, je me tournai vers mon Janséniste , et je connus bien , à sa façon , qu'il n'en croyait rien. Mais, comme il ne répondait point, je dis à ce père : Je voudrais, mon père, que ce que vous dites fût bien véritable, et que vous en eussiez de bonnes preuves. En voulez-vous? me dit-il aussitôt; je m'en vais vous en fournir, et des meilleures : laissez-moi faire. Sur cela, il alla chercher ses livres. Et je dis cependant à mon ami : Y en a-t-il quelque autre qui parle comme

' Ce développement : puisçfue ^mnl* etc., manque dans les éd. in-4^ et m-12.

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