DES CITRÉS DE PARIS A L'ASSEMBLÉE GÉSIÉRALK DU CLERGÉ
En lui présentant la suite de l'Extrait de plusieurs mauTaises propositions des noareaax easnistes.
MsSSSIOlfEUBS,
L'accueil favorable que nous avons reçu dans votre auguste assemblée ne nous a pas été un témoignage moins illustre de votre bonté envers nous que de votre zèle pour la pureté de la morale chrétieime. Nous y avons reconnu, avec une sensible consolation , que tous les artifices dont on s'est servi pour nous décrier q'avaient pas été capables de vous surprendre et de vous faire entrer dans le moindre doute de notre inviolable soumission à Tautorité épiscopale. Et , à la vérité y il était bien étrange que ceux qui ne travaillent qu'à l'anéantir autant qu'ils peuvent, et qui vous ont tant de fois obligé de réprimer leurs efforts contre la hiérarchie, aient cm vous pouvoir rendre suspects ceux qui font gloire de n'avoir point de privilèges qui les tirent de la dépendance de leurs prélats.
Mais en quelle rencontre , messeigneurs , leur médisance pouvait-elle avoir moins de prétexte qu'en celle-ci , puisque depuis le commencement de cette affaire jusqu'à présent, nous n'avons rien fait qui ne soit une preuve de notre respect pour votre dignité sacrée? Messieurs les curés de Rouen, qui ont commencé cette poursuite et ces plaintes , les ont portées à monseigneur leur archevêque : nous ne nous sommes joints avec eux que pour nous adresser conjointement à votre assemblée, et quand nous avons sollicité les curés des autres diocèses de se joindre aussi avec nous, nous avons été très-éloignés de prétendre que ce fût en se détachant de l'ordre de leurs évéques. Nous savons , messeigneurs, et les obligations et les bornes de notre devoir. Nous n'avons pas cru pouvoir demeurer dans le silence , en voyant la corruption d'une morale pire
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que païenne , que l'on répand dans l'Église : mms nous n^ignornns pas aussi que nous en serons quittes devant Dieu^ en témoignant ItioiTCur que nous en avons ^ en tâchant de Piniprinierdans tontes les âmes qui sont sous notre conduite ^ et en nos adressant an princes de son Église pour leur en représenter les peniîcîeuses conséquences.
C'est à voBs^ messâgneurs, à m anèler le cours par une légttime et aifth»itiqne condamnation, puisque c'est à votre autorité que Dieu a particulièrement commis le discernement de la bonne et de la mauvaise doctrine et le sein de conduire le peuple de Dieu par des règles toutes divines^ selon la parole du grand pi^ Innocent I"' à UD saint archevêque de France: Disciplina deifieapopulum erudire debemus. Et ce que ce pape ajonteauméme lieu qn'ilestàcraindrequ'oone prenne le silence des évéquespour un consentement au relÂcherneot des hommes: Nesilentionostro exisiimemur his prœbere cùwet^fujnf dicente Domino : Videhasfurenif et currebascum eo, est plus considérable que januûs. Car l'excès de ces écrivams est monté jus qu'à un td points qu'abusant de la tolérance de l'Ëglise, ils osent publier qu'elle autorise leurs dérèglements parce qu'elle les souffre. Cest ce que vous avez déjà vu^ messeigneurs^ dans le père Baunyjésmte, et ce que vous pourrez voir encore dans un autre de la même compagnie , nommé Mascàrenlias , qui , voulant aussi bîoi que le père Bauny établir cette proposition extravagante : Qu'U suffit pour sat^faire au précepte d'ouir la messe {fencfUendre deux moitiés en même temps de diversprétres, prétend l'avoir suffisamment appuyée par ce principe faux et dangereux, que l'Église fouffrantj sans s'y opposer f qu'on publie cette opinion, c'est un signe qvfelle V approuve.
Cette maxime, qui entraine avec soi, sans exception, toutes les erreurs que ces casuist^ ont publiées, vous obligera sans doute, messeigueurs, d'apporter un prompt; remède à des maux qui croissent toujours, et que ceux qui les entretiennent établissent par des principes qui vont à les rendre irrémédiables : car leur témérité s'est encore portée Jusqu'à prétendre que l'autorité des évéques ne les peut plus arrêter. Ils n'ont pas craint de soutenir, comme vous pourrez voir par les ex-
HGMOKTRANCR. k^
traits que noiis vous adressons de nouveau^ ^ue les éiféguen ne peuvent défendre les livres des casuistes, tels que sont ceux de Dkma, ruu des plus déréglés qui fut jarnuîs» g^e comme deê marchandises» <m att plm comme nuirtbkis par accident, ef non pas les condamner comme mauvais en soi; et que^ lorsque quatre ou cinq de €e$ au(eur$ sont convenus d'un seniimeni, il ^t tellement probiAle et sur en conscience, qu'à moins que l'Église fasse du contraire un arOete de fois il ne peut non plus cesser de l'être que quatre cesser d'être quatre-
C'est «umi^ me05Qigueut9> qu^ oes écrivains donnent tout cnseinble^ h de simples particuliers » un poiiivoir pernicieux Ue renverser à leur gvé toute la niorale chrétienne « et veulent ravir aui^ suçces^urs des ap6tre$ le drdt qiie Jiisu&^niusT leur a donnée d'einpôeher que les rêveries de Tesprit huniaiu ne corrompent la vérité de son Évangile. M^is c'est, mes* seigneurs, ce qqî vouiç portera encore davantage h leur faire sentir les effets de cette autorité dont ils vous veulent dépouil*- 1er, et à renouveler, poqr le bien de toute l'Église, les exeni* pLes de vos prédécesseurs et le vâtre propre.
Vous save?, nifsseîgneurs, qu'au commencement du neiihviènrie siècle l'Église de Franœ arrêta, par la sévérité de ses canons, un désordre beaucoup nioindre que celui qui règne présentement. K s'était élevé plusieurs petits écrivains qui avaient fait des livres appelés pénitentiaui^, pour régler à leur fantaisie (a pénitence qu'on devait faire, selon les divers pé^ cbés. Mais parce qu'ils avaient beaucoup altàré, par une fausse indulgence^ le» règlements des canons, les évêques de France, assemUés dana le deuxième concile de C}iâlons^Dr-8a6ne et dans le sixième de Pwris, défeiuiirent à tous les prêtres d'avoir aucun égard à ces livres pénitentiaux, et ordonnèrent qu'ils seraient entièremei^ abolis et même brûlés, afin quils ne servissent plus à tromper les prêtres par leur lecture et le pel^ I^e par les prêtres, a Parce que beaucoup de prêtres, dit le d concile de Paris, can. 33, ou par négligence ou par igiio- « ràiice, imposent des pénitences à ceux qui confessent leurs a péchés, autrement qu'il n'est prescrit par les constitutions a canoniques, se servant de certains écrits qu'ils appellent pé*
v nîtentiaux^ contraires aux saints canons, et ainsi ne guéris- <t sent pas les plaies des péchés, mais les fomentent et les «r entretiennent par une conduite molle , attirant sur eux cette « malédiction du Prophète : a Malheur à ceux qui mettent des « coussinets sous les coudes de tous les hommes et des oreila 1ers sous leur tète pour les séduire ; » nous avons ordonné, « d'un commun accord, que chaque évèque^ dans son diocèse, « fera rechercher avec soin ces écrits remplis d'erreur, et les a ayant trouvés^ les mettra au feu, afin que les prêtres igno- « rants ne s'en servent plus pour tromper les âmes, i»
Cependant, messeigneurs^ quelle comparaison y avaîUil entre les désordres contre lesquels ces saints évéques, vos prédécesseurs, ont agi avec tant de zèle^ et ceux que nous vous supplions maintenant de réprimer? On ne reproche point à ces faiseurs de livres pénitentiaux d'avoir excusé ou autorisé des crimes , mais seulement d'avoir enseigné aux prêtres à imposer des pénitences moins sévères que celles qui étaient prescrites par les canons. Et en cela même, combien étaientils plus retenus que ceux de ce siècle! Car le plus grand de leurs excès ^ que ce même concile reprend dans son canon 34, est d'avoir imposé, pour un crime détestable^ une pénitence de moindre durée que celle de vingi-cinq ans, qui avait été prescrite parle concile d'Ancyre, au lieu que ceux-ci ne se contentent pas d'anéantir toutes les peines que les derniers papes ont imposées à ce même crime ^ mais passent jusqu'à soutenir que les confesseurs qui veulent procurer le bien des ftmes doivent envoyer les laïques à la sainte communion et les prêtres à l'autel, le jour même qu'ils auraient commis des abominati(His dignes de tous les feux du ciel^ de la terre et de l'enfer.
Voilà, messeigneurs^ la conduite de ces grands hommes qui vous ont précédés dans le gouvernement de l'Église gallicane. Ils n'ont pas souffert, comme ils le disent eux-mêmes, que les fidèles fussent abusés par les vaines espérances et les promesses trompeuses que leur donnaient ces mauvais livres. Et c'est en suivant un exemple si salutaire que vous avez déjà commencé à vous opposer à ce toiTcnt de relâchement et d'er-
reurs> en condamnant les livres du père Bauny^ qui les publiait en France , comme contenant des propositions qui portent les âmes au libertinage et à la corruption des bonnes moeurs, et violent l'équité naturelle et le droit des gens, excusent les blasphèmes, usures, simxmies, et plusieurs autres péchés des plus énormes, comme légers.
Hais le mépris injurieux qu'on a fait de votre censure , en soutenant toujours cet auteur^ tlqHiîs même que vous Tavez condanmé^ comme n'étant coupable d'aucun dérèglement dans la morale , et faisant réimprimer ses livres sans aucun retranchement ni correction^ vous fait assez voir que ce mal durant toujours^ et se fortifiant même par le temps ^ il a besoin que Ton continue les mêmes remèdes^ et que l'on y en apporte même de plus forts.
Toute l'Église^ messeigneurs^ vous en conjure; son honneur y est trop intéressé ; elle ne peut plus souffrir ni les rq)roches des hérétiques ses ennemis^ qui tâchent de la décrier, en lui attribuant ces maximes pernicieuses^ ni la témérité de quelquesr unside ses enfants, qui conspirent avec eux pour lui faire la même injure. Car n'esfrce pas le plus grand scandale qui soit jamais arrivé dans l'Église de Jésus-Christ > que les liérétiques ayant eu la hardiesse d'imputer à tout le corps ties catholiques les relàdiements de queUpies particuliers ^ il se trouve en ce temps des compagnies tout entières qui les en avouent, qui justifient leur accusation ; qui voudraient c[u'on recomiût pour traditions romaines les plus étranges désordres; et qui vont jusqu'à cet excès , que de prétendre qu'on ne peut blâmer ces dérèglements sans être du nombre des calvinistes ou sans les favoriser?
L'Église^ messeigneurs, ne desavouera-t-«lie point ces téméraires? Ne témoignera-t-elle point publiquement l'horreur qu'elle en a dans le coeur? Sera-t41 dit que , pour être catholique , il faille approuver les vols domestiques et les usures > avec le père Bauny; la simonie, avec Valentia; l'homieide pour éviter un soufflet, avec Lessius; les assassinats pour les calomnies^ avec le père La i y ; les impostures et les fausses accusations , avec Garamouel ; qu'il faille recevoir toutes les
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pernicieuses ou extravagantes décisions d'Ëscobar pour des mystères révélés par JÉsns^GHaisT, et qu'on ne pourra s'en plaindre son&étre traité en même temps d'hérétique t Cest l'outrage qu'on a déjà voulu faire à messieurs les curés de Rouen par une feuille volante qui porte la forme d'une requête présentée à votre assemblée, et est néanmoms sans nom^ ce qui est tout à fait inouï^ parce que les auteurs de cette pièce scandaleuse ont bien voulu pouvoir déchirer ceux qui accu* sent leur morale^ mais n'ont pas osé paraître^ afin d'éviter la punition que méritait leur insolence.
On y peut voir, messeigneurs^ une marque de la hardiesse avec laquelle ils défendent leurs plus dangereuses maximes. Ils ne se ccxitentent pas de les soutenir comme tolérables^ ils en font des articles de foi qu'on ne peut nier sans être luthérien. C'est ainsi qu'ils parlent, dans cette feuille, de ce qu'enseigne le père Bauny : Qu'afin qu'une action soit péché , il faut qu^élle procédé d*un homme qtii voie, qui sache, qui pénètre ce qu'il y a de bien ou de mat en elle, et qu'avant cette ime et réflexion d'esprit elle n'est ni bonne ni maumi&e. Cette proposition, qui excuse visiblement une infinité de péchés, et que la Sorbonne a condamnée conune telle par sa censure du 1^' juillet 1641 , en ces paroles : Falsa xHamque aperit ad excusandas excusationes inpeoeatis, est delvenue tout d'un coup, selon les partisans de ce casuiste/ua.p(ûnt de la doctrine de l'Église^ que saint Thomas enseigne avec tous les catholiques, et que les luthériens combattent avec tous les ealmnistes. Ce sont leurs termes pleins de fausseté; car oii estrce que saint Thomas a jamais enseigné cette doctrine^ lui qui soutient partout que l'ignorance des choses qu'on est obligé de savoir n'exeuse point le péché ^ conune on peut voir, iy ^, q. 77. a. t et 3^ et qu. 78^ a. \, et que les homtnes en commettent une infinité sans avoir d'autre vue que de satisfaire leur passion, et sans faire réflexim si ce qu'ils font est bien ou mal selon Dieu^ l, 2, q. 77, a. 2. Comment osent-ils dire aussi que tous les catholiques en sont d'accord, vu que leurs casuistes^ qui Eont les plus relâchés des catholiques, et les plus portés à embrasser les opinions qui flattent les hommes, n'en
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sont pas même tous d'accord? Car Escobar en fait un point de sa théologie problématique, lib. I, probL il, et cite des théologifflis de sa compagidè même qui sont contraires à ce sentiment du père Bauny , condamné par la Sorbonne, lequel ils osent maintenant attribuer à toute l'Église.
Yoilà^ mesdeigneurs^ un exemple célèbre de la ndssance et du progrès de leurs probabilités; elles se produisent d'abord avec quelque doute; elles prennent ensuite le degré de probables et sûres en conscience, et la hardiesse croissant tonjours^ on les fait à la fin passer pour certaines , et on accuse d'hérésie ceux qui les combattent, a(Hrès même qu'elles ont été censurées par des facultés entières.
Ils ne dissimulent pas eux-mêmes la nouveauté de leurs opinions , ni quelle en a été Torighe. Hs avouent sincèrement qu'elles naiss^t ordinairement de la témérité de quelque particulier^ qui, sous prétexte d'une raison vraisemÛaUe qui lui tombe dans l'esprit , s'oppose au sentiment de tous les autres théologiens, et forme du sien une opinion probable que le temps mtLrit et fortifie. C'est la reconnaissaace d'Ëscobar en ces paroles^ tom. I^ InPrœL , cap* nr : « Si {dusieurs ont traité « une matière avec sœn^ et qu'ils se rencontrent tous dans le « même sentiment après avoir bien pesé les raisons, je crois A néaiunoins qu'un homme docte peut encore probablement « être d'un avis contraire, s'il voit que quelque raison combatte « vaillamment pour son sentiment, et que les autres n'y aient « pas sufiSsamment satisfait : car c'est en cette manière que les « opinions probables se sont introduites dans les écoles. Hoû a enim modoprobabiles opinioneâ fuerê in êeholis introducttB, «.Et en effet ( ajoute-t-il plus bas ), toutes ces opinions, lors- « qu'elles commencent de paraître, tirent leur origine d'tén êeul « auteur. Un autre docteur s'y joint ensuite^ parce que cette « oi»nion nouvellement inventée^ lui paraît probable. Certe « guœlibet opinio dum suscitatur, ab uno artum habet tmtùre. (( Poêîêa ulha illiconsefUiens,4deo<is^nsufnprast(iit, quia « reoens adinventa opinio sibi visa est probabiliê. »
Gela même n'e^ pas toujours nécessaire, n y a des opinions probables qui doivent leur naissance au hasard. Un docteur
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sans y penser aura avancé quelque nouvelle imagination , laquelle lui-même n'aura pas jugée probable. Cela suffit pour donner lieu à un autre de faire une nouvelle découverte dans le pays de la probabilité. C'est encore ce que le même Ëscobar avoue en ces termes : a Je ne juge pas seulement qu'une opi- « nion a de la probabilité^ lorsque celui qui Ta inventée la juge a probable , etrappuie d'une raison probable . Mais quoiqu'une a doctrine avancée par un docteur ne soit approuvée ni de lui a ni d'aucun autre comme véritable^ et si doeirina addnetaa a doctore, nec a se née ah cdio vera esse affirmetur ; mais qu'elle a soit seulement proposée comme un argument auquel il faut a répondre , ou incidemment poiur en expliquer un autre , ou d pour servir d'exemple^ je la mets qudquefois au rang des opi- « nions probables^ lorsque je la vois appuyée sur une raison « raisonnable : si rationabili rationeinniti video. »
Cependant y messeigneurs y ces nouvelles fantaisies qu'ils re^ connaissent eux-mêmes pour nouvelles et nouvellement introduites dans les écoles , qu'ils avouent n'avoir appris que de leur propre esprit , qui est le plus méchant de tous les maîtres, selon cette parole célèbre de saint Jérôme : Non quod a me ipso didici, hoc est, a prœsumptione , pessimo prœceptore : ces imaginations inconnues à toute l'antiquité par leur propre aveu, ne laissent pas d'être des routes certùaes et assurées pour aller au ciel. Car dans le dessein qu'ils avaient de flatter les hommes et de les attirer à eux^ ils ont bien vu que ce ne serait rien d'inventer des relâchements probables^ si ceux qui les suivent n'en tiraient point d'autre avantage, sinon de croire qu'ils seront probablement sauvés et probablement danmés. Ils ont donc jugé devoir aller phis avant ; et par un mystère inconnu à la théologie et à la raison^ ils ont fait une alliance d'un péché probaUe^ avec la certitude de ne point pécher.
Voilà y messeigneurs^ le raisoimement étrange de tous ces nouveaux écrivains. Si je tue pour un soufflet, il est probable que je ne pécherai point, selon Lessius, Fillîucius, Baldellus : il est aussi probable que je pécherai selon tous les anciens .. donc il est certain que je ne pécherai point , par le principe de la prd)abilité. Et ainsi au même temps qu'ils avouent qu'il est
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douteux si uiie action n^est point péché et contraire à ht loi de Dieu , ils soutiennent qu'il n'est point douteux^ mais assuré , qu'en la faisant on ne commet aucun péché devant Dieu.
C'est sur cet art nouveau de conclure le certain de l'incertain qu'ils ont établi le fondement de toute la morale chrétienne> supposant toujours pour principe , que toutes les opinions contraires des casuistes sont également sûres : Omnes opiniones probabiles sunt œque tutœ. Ce n'est pas qu'ils n'aient bien vu que de deux opinions contraires sur un même point de morale^, il est nécessaire que l'une soit vraie et l'autre fausse^ que Tune soij conforme à la loi de Dieu , et que l'autre y soit opposée ; mais ils ne laissent pas de prétendre qu'étant toutes deux probables^ parce qu'il y a des casuistes de part et d'autre^ la vraie et la fausse mettent la conscience dans une égale sûreté; que les jugements des hommes , lors même qu'ils se trompent et qu'ils corrompent la loi divine , nous mettent à couvert de celui de Dieu ; et qu'enfin une fausseté probable nous est aussi avantageuse pour aller au ciel, que la vérité la plus certaine : Ut quamcumque , comme dit Escobar , viarum primo diversarum inierent hominesj, recta tendant ad superos.
Que deviendra donc, messeigneurs/ cette parole si formidable que le Sage a répétée en deux endroits pour nous l'imprimer davantage dans l'esprit : Il y a une voie qui parait droite à V homme ^ et qui ne laisse pa^ de le conduire en enfer, s'il suffit qu'une voie paraisse droite à quelque casuiste, pour nous mener droit au ciel , lors mémequ'elle n'est pas droite selon Dieu? Et que deviendront aussi ces paroles de Jésus- Christ : Si un aveugle conduit un autre aveugle , ils tombent tous deux dans le précipice y si deux casuistes , dont l'un est aveugle et l'autre éclairé, parce que l'un soutient la vérité et l'autre la fausseté, sont des guides aussi assurés l'un que l'autre ?
Nous aurions pu, messeigneurs, opposer beaucoup de Pères à cette imaginationsi dangereuse de ces casuistes, mais nous nous sommes contentés de les renvoyer à saint Thomas, qui établit une maxime toute contraire, dont il se sert comme d'un principe certain pour résoudre d'autres questions. Car sur ce qu'il y avait de son temps des opinions toutes différentes touchant ce point ,
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s'il était permis d'avoir plusieurs prébendes comme il le reconnaît, quold. 9, art. 15, Inveniuntur theoLogi theologis, etjuristœ juristis contraria sentire^ il demande dans son quodl.8, art. 1 3| si cela seul ne suffisait pas pour faire qu'un homme n^en pût jamais avoir plusieurs > parce qu'il ne le pouvait pas faire sans se mettre en danger de péclier. Selon ce nouveau mystère de la proJ>abilité , il n'y avait pas seulement lieu de faire cette questkxi , étant clair qu'on pouvait suivre en conscience laquelle on eût voulu de ces deux opinions si autorisées, et qu'il n'y avait aucun danger de pécher ni dans l'une ni dans l'autre. Mais la théolog^ de ce saint est bien différente de celle-là , et on ignorait encore de son temps cettç invention si conmiôde pour contenter tout le monde, a Un homme, dit-il, se rend a coupable de péché en deux manières : l'une en agissant con- « trela loi de Dieu, l'autre en agissant contre sa conscience. « Or, ce qui se fait contre la loi de Dieu est tot^ours mauvais . « et n'est point excusé^ encore qu'il soit selon la conscience... f Lois donc qu'il y a deux opinions contraires touchant la «même chose, il faut nécessairement que l'une soit vraie et a l'autre fausse ; et ainsi où l'opinion des docteurs qui tiennent « qu'il est défendu d'avoir plusieurs prébei%des> est véritable; a et si cela est^ cdui qui agit contre cette opinion véritable , a et par conséquent contre la loi de IHeu,, n*est point excusé <x dépêché encore qu'il n'agisse point contre sa conscience. Que a si cette C{»nion était fausse j, et qu'il fût pernûs selcn Dieu a d'avoir plusieurs prébendes, celui qui en serait persuadé ne « pécherait point, etc. »
Cependant^ messeîgneurs^ cette fausse confiance dans les opinions des honmies contraires à la vérité, qui est si formellement condamnée par saint Thomas après les Pères et l'Écriture, est aujourd'hui le fondement sur lequel on prétend que doivent rouler tous les ca& de conscience. Ces nouveaux écrivains traitent d'igucurants tous ceux qui n'en demeurent pas d'accord, ignorantim inividenti condo/^o^, ditCaramouel sur ce sujet ; et bien loin d'appréheikler les mauvais effets de cette licence effrénée de réduire toutes choses en probabilités , ils croient que c'est rendre un grand service à l'Église que de les
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multiplier autant qu'ils peuvent* Ils travaillent à Tenvi à qui en inventera davantage ; et le plus grand éloge qulls s'entredonnent les uns aux autres, est d'avoir introduit dans le monde un grand nombre de nouvelles probabilités. « Je révère, dit Gai( ramouel , l'esprit du savant Diana : il faut être envieux pour a ne reconnaître pas que par son industrie plusieurs opinions ce sont devenues probables qui ne Fêtaient pas avant lui; et « ainsi ceux qui les suivent ne pèchent plus^ quoiqu'ils eussent CI péché auparavant. » C'est par le moyen de cette multitude infînie de difîérentes opinions probables^ dont les unes sont vraies et les autres fausses, qu'ils se vantent eux-mêmes d'avoir trouvé plusieurs chemins pour aller au ciel , qui nous rendent le salut beaucoup plus facile; parce que s'il n^y avait que celui de la vérité, qui est unique dans chaque point, on auratttropdepeineàymarcher,€tonfypùUêiteraitrttnrauire. Nous avons honte, messeîgneurs , de vous représenter ces extravagances ; mais elles.ne sont telles que dans leur principe, puisqu'elles en sont d'ailleurs fort Men tirées. Car, s'il est vrai que l'autorité des casuistes rende les ùçmom probables, et que toutes les chinions probables soient sûres, quoiqu'elles permettent ce qui est mauvais en sm, et contraire h la vérité étemelle, ils ont raison de conclure que toute l'Église leur a grande obligation , d'avoir rendu le salut si facile à ses enfants par la multitude des opinions probables qu'ils font gloire d'à- >oir trouvées de nouveau; mais ne nous donnent-ils pas aussi sujet de dire avec le savant et pieux Guigues , général des chartreux : O apostolorum tempora infelieiâsfifnaîovirosillùn ignoraniioB fenebris involutos , et omni miserattone diffnissi^ mos! qui nt ad vitam pertingerent , propier veriM labiorum Dei tam duras vias eustodiebant , et hœe nostra eompendia nesciebant. que les temps des apôtres étaient malbeureux î ô que ceux qui vivaient alors étaient couverts de ténèbres l Qu'ils étaient (fignes de compassion , de ne connàfire pciai d'autre chemin pour aller au ciel que ces voies dures et âpres qui leur étaient marquées parla parole de Dieu, et dignorer tous ces détours facile» et abrégés des opinions probables, qui n'ont été trouvées que de notre siècle !
Vous pénétrez assez ^ messeîgneurs, combien cette doctrine est étrange en elle-même y et à quels effroyables excès elle peut conduire. Toutes les erreurs dans la morale sont trèsdangereuses, parce qu'elles corrompent le jugement du bien et du mal, qui est la source des actions; mais ce principe de la probabilité l'est encore bien davantage , et on le peut appe-^ 1er un poison général de ces sources empcMsonnées qui leur communique une infection particulière plus grande que celle qu'elles ont d'elles-mêmes. Car, c'est par exemple un excès bien dampable, que d'enseigner, comme ont fait le père Lamy et Garamouel, que des religieux, et à plus forte raison des séculiers, peuvent tuer pour se garantir d*une calomnie; noais Tappréheosion de se damner en suivant ces casuistes serait capable d'arrêter ceux mêmes qui s'y sentiraient portés, sil'oa n'ajoutait en même temps par la doctrine générale de la probabilité, que de deux opinions probables il est aussi sûr de suivre Tune que l'autre, et que par conséquent il y a aussi peu de danger d'offenser Dieu en tuant qu'en ne tuant pas.
C'est pourquoi, messeigneurs , ce serait peu pour l'Église que de condamner les désordres particuliers de ces nouveaux casuistes, si vous laissiez subsister celui qui les comprend tous. Tout ce qu'ils donneront à votre censure, sera de dire que votre sentiment est probable , mais qu'il n'empêche pas que le leur ne le soit aussi. Vous en faites, messeigneurs, tous les joui*s l'expérience dans leurs attentats contre la hiérarchie ; car quand il leur prend envie de soutenir par exemple, que les réguliers peuvent en conscience se servir des privilèges qui ont été expressément révoqués par le concile de Trente ; que s'étant pré^ sentes à vous, quoique vous eussiez refusé de les approuver, ils ont droit néanmoins de confesser malgré vous; et qu'ayant, été une fois approuvés , ils ne peuvent plus être révoqués , sur quoi fondentr-ils toutes ces pi'éiention3 si illé^times? Sur l'autorité d'un Lopez , d'un Henriquez , d'un Sanchez, d'un RodrigUiBz, d'un Villalobos, d'un Portel, d'un Diana et autres de cette espèce, qui sont beaucoup plu3 qu'il ne faut pour faire une opinion probable. Que si vous opposez vos décrets à la, témérité de ces casuistes , vous ferez aussi votre opinion pro-.
bable : on vous alléguera , messeigneurs , pour la négative ; et Ëscobar dira sur le tout : Regulares possunt, et non possunt , in foro canseientiœ suis uti privilegiis, quœ mnt expresse per Tridentinum revocata^ lib. Yl^probl. 16,p. 192. Sufficit, et non sufficit y petere approbationem, ut regularis^ si injuste ei denegetuTj censeatur jure approbatus, lib. Yll^ probl. 80^ p. 269. G'est-<à-dire^ en un mot^ les uns disent que oui et les autres disent que non , vous en croirez et vous en ferez ce qu'il vous plaira.
Il est aussi aisé ^ messeigneurs^ de juger quelle confusion et quels désordres ce principe de la probabilité peut apporter dans l'État et dans la société civile ^ lorsqu'il sera joint avec leurs autres maximes. Si les juges sont tentés de favoriser leurs amis^ ou de se venger de leurs ennemis ^ quelle ouverture ne trouveront-ils point pour renverser toute la justice en sûreté de conscience dans cette maxime d'Ëscobar^ et de quatre autres casuistes y qu'ils ne sont pas obligés de suivre l'opinion la plus probable , mais qu'ils peuvent juger pour celui dont le droit leur paraît moins bon , et appuyé sur des raisons moins probables? Si les peuples sont portés à la désobéissance, quel prétexte n'en pourront-ils point trouver dans cette autre maxime du même auteur, qu'ils peuvent, sans aucune cause, n'accepter pas les ordonnances de leurs princes, quoique légitimement publiées? S'ils ne veulent point payer les tributs, manquerontils jamais d'une excuse légitime pour s'en dispenser, puisqu'il ne faut pour cela, selon cescasuistes, qu'une petite probabilité , lors même qu'on ne peut nier que le prince n'ait eu autant ou plus de raison ,de les imposer? Nous ne passons pas, messeigneurs, plus avant sur ce sujet. Ce que nous en pourrions dire nous fait trop d'horreur. Nous en avons touché seulement un mot à la tête de notre extrait de la probabilité, qui suffit pour faire juger, à tous ceux qui aiment leur prince comme Dieu les y oblige, de quelle conséquence est cette doctrine, et combien elle est capable de réveiller en des rencontres qu'on ne peut prévoir, mais qu'pn doit toujours appréhender, les détestables maximes d'un grand nombre de ces casuistes contre la sûreté de leur personne , et l'autorité sou-
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veraîne quils ne tiennent que de Dieu seul ? Elles peuvent paraître assoupies, mais elles ne seront jamais éteintes y tant qu'on donnera aux hommes une assurance de ne point pécher en suivant ces nouveaux auteurs, lors môme que ce qu'ils enseignent est en effet contraire à la loi de Dieu.
Après cela, niesseigneurs, qui n'admirera ia hardiesse de quelques personnes, qui ont voulu faire passer les plaintes que nous vous avons adressées contre ces maximes séditieuses, pour une entreprise préjudiciable au bien de PÉtat? Mais ceux qui travaillent avec tant de zèle à sa conservation et à sa grandeur, sont trop assurés de notre parfaite et inviolable fidélité, pour avoir été susceptibles des mauvaises impressions qu'on leur a voulu donner contre nous. On sait que doûa les assemblées où nous avons accoutumé de nous trouva, et qui sont autorisées, no]>-sculement par la coutume et Tapprobation de nos archevêques, mais aussi par les lettres qu'il a plu à Sa Majesté d'y envoyer, on ne parle jamais de ce qui touche les affaires publiques, ce n'est pas là notre emploi, mais seulement de ce qui regarde les besoins de nos paroisses , et le bien ^irituel des ftmes qui nous sont soumises, parce que c'est là le devoir de nos diarges.
Cest ausd, messeigneurs , ce seul intérât des âmes si précieuses à JÉsu9-CHRi9r, qui nous oblige de noUs adresser h voiiSt pour vous prier d'empêcher, par votre autorité , que ces nouvelles c<vruptions ne s'établissent davantage, au déshonneur des catholiques, et au scandale des hérétiques. La censure que vous en ferez ne peut qu'être très-avantageuse à toute l'Église, et à ceux mêmes qm les soutienn/Hit et qui les publient ; car s'ils se rendent à vos décrets, ils rentreront dans la vme de la vérité, de laquelle ils se sont si étrangement éloignés, et s'ils y résistent à leur ordinaire , ils perdront au moins la fausse créance qui leur donne pouvoir de troonper les Âmes, et qui est pour euxHEuêmes, aussi bien que pour les autres , le plus déplorable de tous les mattteurs» En tous cas, messeigneurs, vous délivrerez vos âmes selon le langage de t'Éeri-* ture , et la condamnation pubUque que vous ferez de ces sentimeiïts pernicieux vous servira de défense devant le tribunal
BEMONTRANGE. 443
de Jésus-Christ ^ qui demandera un compte exact aux pasteurs de son Église, de tous les abus et de tous les désordres qu'ils ne se seront pas efforcés de réprimer.
Mais pour nous^ messeigneurs, qui ne sommes appelés qu'à une petite partie de la puissance^ dont vous possédez la plénitude y tout ce que nous pouvons faire, est de vous témoigner nos vœux et nos souludts pour le rétablissement de la pureté de la moralechrétienne,et en décriant ces malheureuses maximes parmi les peuples qui nous^sont soumis, conserver toujours Tunion et la paix avec ceux mêmes qui les défendent, suivant ces belles paroles de saint Augustin : Quhquis vel quod potest, arguendo earrigit , vel quod corrigere non potest ^ taluo pacis vineulo exeludii; vel quod salua paeis vinculo exeludere non potest, mquUate improbat,firmitate supportât; hic est paciflous, etab istomaledieto, quod Seriptura dieit , Vœ hisqui dicunt, quod nequrnu, bonum est, et quod honum, est nequam , omnino /t6er, prorsus securus, penitus alienus.
Ainsi conclu et arrêté en TassemUée de messieurs les curés de Paris , et présatité à nosseigneurs de l'assemblée générale du clei^é , le 94 novembre 1656 , et i^gné :
Rousse, curé de Saint-Roch, syndic.
Dupuis , curé des Saints-Innocents syndic.
PHrNC[PES ET SUITES DE LA PROBABILITÉ
Expliqués par Cabahoukl, Tiin des plus célèbres casuistes nouveaux, dans un livre imprimé en 1652, intitulé Theologiâ FUNDAURin-ALis.
Cet extrait comprend le principe général de la nouvelle morale, qui est la doctrine de la probabilité. On Ta tirée d'un seul auteur, afin que Ton voie mieux que ce ne sont point des maximes détachées , qui ne soient soutenues que séparément , et qui ne se doivent pas allier ensemble. On a choisi pour cela l'un des plus célèbres et des plus savants de ces casuistes , nommé Caramouel, qui çst encore vivant, et que les autres regardent comme le flambeau des beaux esprits de ce temps , tngeniorum facem ; et qui est en telle estime parmi eux, qu'ila ne croient pas que ce que le grand Caramouel, comme ils l'appellent, aurait approuvé^ puisse être condamné de pei^ sonne. On ne peut pas douter aussi qu'il ne soit bien instruit dans la doctrine de ces nouveaux auteurs, puisqu^il faitpro-^ fession de ne lire presque que leurs livres , et qu'il croirait son temps perdu en lisant les anciens Pères. C'est ce qu'il déclare par ces paroles p. 22, qui peuvent fadre juger du caractère de son esprit : Non multum ego temporis impendo, au^ perdo in veterum {Patrum ) libris legendis; non quod contemnam illosy sed quod omnia quœ pulchre cogitarunt, jam sint ajunioribus summosttidio et ingenio elimata*
Pour bien entendre la doctrine de la probabilité, sur laquelle roule toute la science de ces casuistes^ il faut remarquer que la question n'est pas sll y a des opinions probables dans la morale. Personne ne doute qu'il n'y en ait, quoique le nombre en soit infiniment plus petit que ne s'imaginent ceux qui réduisent en questions problématiques les plus certaines règles de nos mœurs , et qui n'ont point rougi de faire des volumes entiers remplis de ces décisions inouïes jusqu'à cette heure parmi les théologiens : Est , et non est; licet, et non licet; pecccU, etnonpeccal; tenetur,etnontenetur; sufficit,etno7k