M-ES RÉVÉRENDS PERES
J'ai Yu les lettres que tous débitez contre celles que j'ai écrites à un de mes amis sur le sujet de votre morale , où Tun des principaux points de votre défense est, que je n'ai pas parlé assez sérieusement de vos maximes : c'est ce que yous répétez dans tous vos écrits y et que vous poussez jusqu'à dire : a Que j'ai tourné les cho« ce ses saintes en raillerie. »
Ce reproche , mes pères , est bien surprenant , et bien injuste. Car en quel Heu trouvez-vous i^ue je tourne les choses saintes en raillerie!
8E RAILLER SES ERRET7R8. 22^
Vous marquez en particulier « le contrat Mo- « hatra y et Thistoire de Jean d'Alba. » Mais
est-ce cela que TOUS appeliez des choses saintes I Vous semble- t-ii que le Mohatra soit une chose si yénërable y que ce soit un blasphème de n^en pas parler avec respect? £t les levons du père Bauny , pour le larcin , qui portèrent Jean d* Alba à le pratiquer contre tous -mômes y sont-elles si sacrées , que tous ayez droit de traiter d'impies ceux qui s*en moquent I
Quoi y mes pères , les imaginations de tos auteurs passeront pour les Térités de la foi; et on ne pourra se moquer des passages d^Escobar , et des décisions si fantasques et si peu chrétiennes de tos autres auteurs , sans qu'on soit accusé de rire de la religion ? Est^il possi* ble que tous ayez osé redire si souTent une chose si peu raisonnable 1 et ne craignez-TOus point , en me blâmant de m'étre moqué de tos ëgaremens, de me donner un nouTeau sujet de me moquer de ce reproche y et de le faire retomber sur TOUS mêmes , en montrant que je n'ai pris sujet de rire, que de ce qu'il y a de ridicule dans tos lÎTres ; et qu'ainsi en me moquant de TOtre morale , j'ai été aussi éloigné de me moquer des choses saintes , que la doctrine de TOS casuistes est éloignée de la doctrine sainte de réyangile 1
Aft8 OKSXEME LETTRE.
En Térité y mes pères 9 il y a bien de la dif* Cérence entre rire de la religion , et rire de ceux qui laprofiinentpar leurs opinions eztraTBga»tes. Ce seroit une impiété de m^niiner de respect pour les Térités que l'esprit de Dien a ré* Télées: mais ce seroit une autre impiété de man* quer de mépris pour les faussas que Tesprit de rhomme leur oppose.
Car I mes pères y puisque tous m'obliges d'entrer en ce discours , Je tous prie de considérer , qne comme les yérités chrétiennes sont dignes d'amonr et de respect ^ les erreurs qui leur sonc contraires , sont dignes de mépris et de liaine: parce quUl y a deux choses dans les Térités de notre religion ; une beauté dirine qui les rend aimables , et une sainte majesté qui les rend vénérables : et qu'il y a aussi deux choses dans les erreurs; l'impiété qui les rend horribles , et l'impertinence qui les rend ridicules. C'est pourquoi comme les Saints ont toujours pour la Tenté ces deux sentimens d'amour et de crainte | •t qne leur sagesse est toute comprise entra la crainte qui en est le principe , et l'amour qui en est la fin ; les Saints ont aussi pour l'erreur ces deux sentimens de haine et de mépris 1 et leur zèle s'emploie également à repousser avec force la malice des impies , et à confondre êjt^ visée leur égarement et leur folie.
SE HAILLBB ses ERRSUBS. 2kA9 Ne prétendez donc pas y mes pères , de faire accroire au monde que ce soit une chose indigne d'un chrétien y de traiter les erreurs avec moquerie ; puisqu'il est aisé de faire connoitre à ceux qui ne le sauroîent pas , que cette pratique est juste , qu'elle est commune aux pères de Téglise ^ et qu'elle est autorisée par l'écriture f par l'exemple des plus grands Saints y et par celui de Dieu même.
Car neyoyons-nouspas que Dieu hait et méprise les pécheurs tout ensemble , jusques - là même qu'à l'heure de leur mort , qui est le temps ck leur état est le plus déplorable et le plus tris-' te I la Sagesse diyine joindra la moquerie et ]% tisée à la yengeance et à la fureur qui les condamnera à des supplices éternels : In interitu ffâstro^ridêbo et subsannabo. Et les Saints agissant par le même esprit , en useront de même ^ puisque j selon David , quand ils verront la punition des méchans , « ils en trembleront et en, riront en même temps : » Videhuntjuati et time' hunt: et super eum ridehuni. Et Job en parle de même : Innocens suhsannahit eos.
Mais c'est une chose bien remarquable sur ce sujet y que dans les premières paroles que Dieu a dites à l'homme depuis sa chute j on trouve un discours de moquerie ^ et une ironie piq^/wi* tej selon les pères. Car, après qu'Adam eu^
a3o ZI*« LETT* SmiEURS SES CAê* désobéi dans Pespérance que le démon lui aroic donnée d'être iait semblable à Dieu , il paroîc par récriture que Dieu en punition le rendit an jet à la mort y etqu^aprèa Taroir réduit à cène misérable condition qui étoit due à son péché , il se moqua de lui en cet état par ces paroles de risée : a Voilà l'homme qui est devenu com- « me Tun de nous » Eece Adam qttasi unus ex nobis : ce qui est une ironie sanglante et sen^ Mible, dont Dieu \e piquait vivement, selon St. Chrysostôme et les interprètes. Adamj dit Rupert , «méritoit d'être raillé par cette ironie y <c et on lui faisoit sentir sa folie bien plus vî- « yement par cette expression ironique , que «c par une expression sérieuse. » Et Hugues de S. Victor y ayant dit la même chose , ajouta <c que cette ironie étoit due à sa sotte crédulité 7 a et que cette espèce de raillerie est une action « de justice y lorsque celui envers qui on en « use , Pa méritée. »
VousToyez donc, mes pères y que la moquerie est quelquefois plus propre à feire revenir les .hommes de leurs égaremens y et qu'elle est alors une action de justice ; parce que y comme dit Jérémie , a les actions de ceux qui errent <f sont dignes de risée , à cause de leur vani ce té : » pana sunt et risu digna. Et c'est si peu une impiété de i'exvrire , que c'est Peffet d'an»
SIGNES d'Atre JOuiES. ù3l éagesse diTine , selon cette parole de saint Au* gustin : u Les sages rient des insensés , par» «t ce qu'ils sont sages, non pas de leur propre « sagesse , mais de cette sagesse divine qui rira «c de la mort des méchans. »
Aussi les prophètes remplis deVesprit de Dieu ont usé de ces moqueries , comme nous voyons par les exemples de Daniel et d^lie. Enfin ii a*en troure des exemptes dans les discours de Jésus-Christ même : et saint Augustin remarque y que quand ilTOulut humilier Nicodame , qui se croyoit habile dans PintelKgence da la loi : «r Gomme il le royoit enflé d'orgueil par « sa qualité de docteur des juifs, il exerce et «c «étonne sa présomption par la hauteur de se» «c demandes , et l'ayant réduit à l'impuissance «c de répondre : Quoi , lui dît'il , tous êtes mal» « tre en Israël et vous ignorez ces choses 1 Ce «I qui est le même que s'il eht dit ! Prince su* « perbe , réconnoissex que tous ne suTea rien. • Et saint Chrysostdma et saint Cyrille disent sur cela , «r qu'il méritoit d'être ]oué de cette sorte. »
Vous TOyez donc , mes pères , que s'il arri- Toit aujourd'hui que ctes personnes qui feroient les maîtres enTers les chrétiens , comme Ni»
codeme et les pharisiens envers les juifs , igno» rassent les principes de la religion , et sou* tfaissent ^ par exemple ^ « qu'on peut être sauré
tiMttesaTîe^»
vattiftè et de kar ig»o-
1^ '^^W vw vjkoUpWS
frire emtmdre , 4|«e coBttmire àceUe des 1» de me dee enean et tks ^eiemeat âne fciiMMfii ■■iifiMiietil foTtriîi ItUmrT rrrrr dee pitt gna^ decftMts de P^lUe qiù TobI* jpntM^kée » CQMWW «eut JéràaM duM tes lettiee et deae «es écnis coatie JoYÛùem , Yîgikace» et les pélegiau : T«tteUîem » deas soa Apologétique eoBtie les folîee de» idolâtres i •eut ▲egestîe omtre les relîgîeex d*Afirtqae fe^U appelle les €%9pêi us : saint Irénëe contre les gnostiqnes : saint Beinard et les autres paies de Pdglise , qui, ayant été les imitatenvs des apètiesy doiTent être imités par les fidèles dsns tonte la suite des temps ; pnisqnHIs sont proposés 9 quoi qu'on en dise » coasme le TéritaUe modèle des chrétiens » même d*aujonrd*hui.
Je n*ai donc pas cm &iUir en les suivant.
Bt comme je pense TaToir asses montré , je ne dirai plus sur ce sujet que ces excellentes pa* rôles de Tertullien , qui rendent raison de tout mon procédé. « Ce que j*ai £ùt n*est qu*un jeu « ayant un réritable combat. J*ai pluti^t mon-
BXON18 D^âTRS JOUEES. a33 ti trë les blessures qu'on tous peut fidre , que «I )e ne vous eu ai lait. Que s'il se trouve des «c endroits où l'on soit excité k rire y c'est par* n ce que les sujets mêmes y portoient. Il y a «I beaucoup de choses qui méritent d'être mo- « quées et jouées de la sorte y de peur de leur «I donner du poids en les combattant sérieuse- « ment. Rien n'est plus dû à la vanité que la n risée ; et c'est proprement à la vérité qu'il « appartient de rire , parce qu'elle est gaie , et <i de se jouer de ses ennemis , parce qu'elle est « assurée de la victoire. Il est vrai qu'il faut « prendre garde que les railleries ne soient pas « basses et indignes de la vérité. Mais , à cela « près y quand on pourra s'en servir avec adres- « se I c'est un devoir que d'en user. » Ne trouves - vous pas , mes pères y que ce passage est bien juste à notre sujet 1 « Les lettres que j'ai «c faites jusqu'ici , ne sont qu'un jeu avant un m véritable combat. » Je n'ai fait encore que me jouer , n et vous montrer plutôt les blés*. m sures qu'on vous peut faire y que je ne voua « en ai &it. » J'ai exposé simplement vos passages sans y faire presque de réflexion. « Que « si on y a été excité à rire y c'est parce que les « sujets y portoient d'eux-mêmes, m Car qu'y •-t*il de plus propre à exciter à rire y que de f oir une chose aussi graye que la morale chrë-
a34 3CI*. I.STT. ERKETJRS SES CAS.
tienne , remplie d'imaginations aussi grotes* qaes que les TÔtres ! On conçoit une si hante attente de ces maximes , qu'on dit « que Jé- • sus- Christ a lui-même rérélées à des pères <i de la Société y » que quand on y trouve m qu'un « prêtre qui a re^ de Targent pour dire une «f messe , peut outre cela en prendre d'autres « personnes , en lenr cédant toute la part qu'il <i a au sacrifice : qu^un religieux n'est pas ex- «I communié pour quitter son habit, lorsque « c'est pour danser , pour filouter , ou pour alm 1er incognito en des lieux de débauche *, et «I qu'on satisfait au précepte d'ouir la messe y n en entendant quatre quarts de messe à la « fois de différens prêtres : » lors y dis- je , qu'on entend ces décisions et autres semblables , il est impossible que cette snqmse ne fasse rire y parce que rien n'y porte davantage , qu'une disproportion surprenante entre ce qu'on attend et ce qu'on voit. Et comment auroit-on pu trai* ter autrement la plupart de ces matières? puisque ce seroit <c les autoriser que de les traiter <t sérieusement y » selon Tertullien.
Quoi , faut- il employer la force de l'écriture et de la tradition , pour mobtrer que c'est tuer son ennemi en trahison , que de lui donner des coups d'épée par-derriere et dans une embûche; et que c'est acheter nu bénéfice y que d«
DZGKC8 d'Être joviss» a35
clonner de l'argent comme un motif pour se le Iftire résigner? Il y a donc des matières qu^ii faut mépriser , et « qui méritent d'être jouées <t et moquées. » Enfin , ce que dit cet ancien auteur , a que rien n'est plus dû à la yanité que a la risée y» et le reste de ces paroles , s'applique ici avec tant de justesse et avec une force si convaincante y qu'on ne sauroit plus douter qu'on peut bien rire des erreurs sans blesser la bienséance.
Et je vous dirai aussi y mes pères f qu'on en peut rire sans blesser la charité , quoique ce soit une des choses que vous me reprochez en» core dans vos écrits, n Car la charité oblige «I quelquefois à rire des erreurs des hommes , <i pour les porter eux-mêmes à en rire et à les «I fuir y selon cette parole de saint Augustin & « Haec tu mùericorditer irride, ui eis ridtnda <t acfugienda commendes, » Et la même charité oblige aussi quelquefois à les repousser avec colère y selon cette autre parole de saint Grégoire de Kazianze : <c L^esprit de charité et de «c douceur a ses entêtions et ses colères. » £n effet , comme dit saint Augustin » n Qui ose- « roit dire que la vérité doit demeurer désar- «I mée contre le mensonge y et qu'il sera per« <i mis aux ennemis de la foi d'eflrayer les fidèles « par .des paroles fortes | et de les réjouir par
936 XI^. X.ETT. EB.H.£Vm5 PES CAS.
« des rencontres d'esprit agréables ; mais tjpuB « les catboU<{iies ne doWent écrire qB*avec urne m froideur de style qui endorme les lecteurs \ »
Ne Toit-on pas que, selon cette condusie, on laisseroit introduire dans Téglise les erreurs les plus extravagantes et les plus pemîcieases, sans qu'il f&t pemus de s'en moquer ayec mépris y de peur d'être accusé de blesser la bienséance ; ni de les confondre arec yéfaémence , de peur d'être accusé de manquer de charité I
Quoi| mes pères , il tous sera permis de dire <i qu'on peut tuer pour ériter un soufflet et « une injure ; » et il ne sera pas permis de réfuter publiquement une erreur publique d'une telle conséquence? Vous aurez la liberté de dire n qu'un Juge peut en conscience retenir ce m qu'il a reçu pour faire une injustice , » sans qu'on ait la liberté de tous contredire 1 Vous imprimerez y avec privilège et approbation de vos docteurs y « qu'on peut être sauvé sans avoir m jamais aimé Dieu ;»» et vous fermerez la bon* che à ceux qui défendront la vérité de la foi y en leur disant qu'ils blesseroient la charité de frères en vous attaquant^ et la modestie de chrétiens en riant de vos maximes? Je doute , mes pères , qu'il y ait des personnes à qui vous ayez pu le iaire accroire : mais néanmoins s'il ^'en troBYoit qui en fussent persnadés | et qui
DIOITES D^iTRE JOVÀES. ft3^
crussent que j^aurois blessé la charité que je TOUS dois, en décriant votre morale; je roudrois bien qu'ils examinassent avec attention d*où naît en eux ce sentiment. Car encore qu'ils s'imaginent qu'il part de leur zèle , qui n'a pu souffirir sans scandale de roir accuser leur prochain , je les prierois de considérer qu'il n'est pas impossible qu'il vienne d'ailleurs ; et qu'il est même asses vraisemblable qu'il vient du déptaisiV secret et souvent caché à nous mômes y que le malheureux fond qui est en nous ne manque jamais d'exciter contre ceux qui s'opposent au relâchement des moeurs. £t pour leur donner une règle qui leur en fasse reconnoître le véritable principe , je leur demanderai , si en même temps qu'ils se plaignent de ce qu'on a traité de la sorte des religieux, ils se plaignent encore davantage de ce que des religieux ont traité la vérité de la aorte. Que s'ils sonc irrités non- seulement contre les Lettres, mais encore plus contre les maximes qui y sont rapportées , j'avouerai qu'il se peut faire que leur ressentiment parte de quelque sèle , mais peu éclairé ; et alors les passages qui sont ici , suffiront pour les éclaircir. Mais s'ils s'emportent seulement contre les répréhensions , et non pas contre les choses qu'on a reprises ( en vérité , mes pères, je ne m'empêcherai jamais de leur
938 XI*. lETT. ERREURS DE8 CA8« dire qu'ils sont grossièrement abusés , et que leur zele est bien ayengle.
Étrange zele qui s'irrite contre ceux qui accusent des fontes publiques , et non pas contre ceux qui les commettent l Quelle nouvelle charité , qui s'offense de Toir confondre des erreurs manifestes y et qui ne s'offense point de voir renyerser la morale par ces erreurs ! Si ces personnes étoient en danger d'être assassinées » s'offenseroient-^ellesde ce qu'on lesavertiroitde l'embûche qu'on leur dresse ; et au lieu de se détourner de leur chemin pour l'éviter ^ s'amuaeroient*eUes à se plaindre du peu do charité qu'on anroit eu de découvrir le dessein criminel de ces assassins? S'irritent- ils lorsqu'on leur dit de ne pas manger d'une viande , parce qu'elle est empoisonnée , ou de ne pas aller dans une ville , psrce qu'il y a la peste ?
D'où vient donc qu'ils trouvent qu'on manque de chsrité , quand on découvre des maximes nuisibles à la religion; et qu'ils croient mu contraire qu'on manqueroit de charité , si 'on ne leur découvroit pas les choses. nuisibles à leur santé et à leur vie ; sinon parce que l'a* mour qu'ils ont pour la vie y leur fait recevoir fevorablement tout ce qui contribue à la conserver; et que l'indiflîérence qu'ils ont pour la 'hésité f (ait que non-seulement ils ne prennent
DIGNES D^iTRl JOUEES. sSç
•uctine part à sa défense , mais qu'ils voient même avec peine qu*on s^efforce de détruire le mensonge?
QuUls considèrent donc devant Dieu , com« Uen la morale que tos casuistea répandent de toutes parts, est honteuse et pernicieuse à l'église ; combien la licence qu'ils introduisent dans les mœurs , est scandaleuse et démesurée : combien la hardiesse avec laquelle tous les soutenez , est opiniâtre et riolente. Et s'ils ne jugent qu'il est temps de s'élever contre de tels désordres , leur aveuglement sera aussi à plaindre que le vôtre , mes pères y puisque et vous et eux aveis un pareil sujet de craindre cette parole de saint Augustin , sur celle de Jésus- Christ dans l'évangile : n Malheur aux ayenglcs c< qui conduisent; malhenr aux aveugles qui c« sont conduits : i^ae caecis ducêutihua l vas <« eaecis sequentihus ! »
Mais afin que vous n'ayez plus lieu de donner ces impressions aux autres, ni de les prendre vous-mêmes , je vous dirai , mes pères ( et )e suis honteux de ce que vous m'engagez à TOUS dire ce que je devrois apprendre de vous y, je vous dirai donc quelles marques les pères de l'église nous ont données, pour juger si les répréhensîons partent d'un esprit de pîété et de charité , ou d'un esprit d*impiété et de haine*
L 3. X? a ynM iàe 4
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DIGNES D^ÀTRS lOUisS. 2^1
m que celles que nous produisons sont publLn ques et manifestes, ce n*est point sortir de « la modestie et de la liberté apostolique de les « reprocher. »
Mais ce n'est pas assez , mes pères , de ne dire que des choses vraies , il faut encore ne pas dire toutes celles qui sont vraies ; parce qu'on, ne doit rapporter que les choses qu'il est utile de découvrir , et non pas celles qui ne pour* roient que blesser sans apporter aucun fruit. Et ainsi comme la première règle est de parler avec vérité , la seconde est de parler avec dis« •crétion. c* Les méchans , dit saint Augustin , Cl persécutent les bons en suivant l'aveugle- «c ment de la passion qui les anime ; au lieu rc que les bons persécutent les méchans avec et une sage discrétion : de môme que les chi* ce rurgiens considèrent ce qu'ils coupent, au « lieu que les meurtriers ne regardent point « où ils frappent. » Vous savez bien , mes pe« res , que je n'ai pas rapporté des maximes de Tos auteurs, celles qui vous auroient été les plus sensibles , quoique j'eusse pu le faire , et même sans pécher contre la discrétion , non plus que de savans hommes et très catholiques, mes pères , qui Tout fait autrefois. Et tous ceux qui ont lu vos auteurs , savent aus^i bien que vous combien en cela je vous ai épargnés : outre que
PaOVXMCXALES \, 11
j«^ n ii larîe 'sn anmne «lEZe r^irCTTr-!» ^f ip^i rp^pzzte » :iargn on pamcaiiorv eE pe lecM» £l- «lae a' iToir rren die ite« âmCE» < *^tmnuf. cCfcr-
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ftzz Je pii:Cii pocfe i se lejf cni^{ay(?r ^ine lïe Le» crr^uzs ^ et son fo» costce le» dbMes ftxlate» ; ml âes. «çoe Tespcfc ée bonâ^iuBcnr » «rinaçîésé et d liécié^Âe , ^c rit «£e ce ^11 j a Jie |rf]i» 9SKxé« Je KC fiû.'f o^i-i JHStî£e force foiat ; et «■ C!ft fcnex ékiî^sé tfTètre exposé a ce vsoey ipcnui «m k'sl <fa'A parier «Ses «pisjoBs ^ae f  TaçeofMtées de to4 sotesTV.
£fiSs y «K» pein^ , pour 2En^?r ces R^jes, je ne timm lîîrai p'«» i|ae ceCe -ci , ^n est le priscipe ef la fia de toase» les aaixes. CTeit qae fe^prit de cfuritépOKle 4 ar^îr dsa^leciemrû»
BOTJFFOXKERIE DU P. Ï.Z MOINE. S/fS désir du salut de ceux contre qui on parle , et à adress.er ses prières ù Dieu , en môme temp s qu^on adresse ses reproches aux hommes. « On « doit toujours j dit saint Augustin , conserver <c la charité dans le cœur , lors même qu'on est et obligé de faire au dehors des choses qui pa- «I roissent rudes aux hommes y et de les frap- « per avec une âpreté dure , mais bienfaisante ; « leur utilité devant être préférée à leur satis- R faction.» Je crois y mes pères, qu'il n'y a rien dans mes lettres qui témoigne que je n'aie pas eu ce désir pour vous ; et ainsi la charité TOUS oblige à croire que je l'ai eu en effet , lorsque vous n'y voyez rien de contraire. Il paroi t donc par-là que tous ne pouvez montrer que j'aiç péché contre cette règle ^ ni contre aucune de celles que la charité oblige de suivre ; et c'est pourquoi tous n'avez aucun droit de dire que je Taie blessée en ce que j'ai fait.
Mais si vous Toulez , mes pères , avoir maintenant le plaisir de Toir en peu de mots une conduite qui pèche contre chacune de ces règles, et qui porte Tcritablement le caractère de l'esprit de bouffonnerie , d'envie et de hai-ne , je tous en donnerai des exemples; et afin qu'ils TOUS soient plus connus et plus familiers ^ je les prendrai de tos écrits mêmes.
Car pour commencer par la manière indigne
244 ONZIEME LETTRB.
dont VOS auteurs parlent des choses saintes, soit dans leurs railleries , soit dans leurs galanteries y soit dans leurs discours sérieux ; trou* TeZ'YOus que tant de contes ridicules de Totre père Binet , dans sa Consolation des malades, soient fort propres au dessein qu'il aroit pris de consoler chréiiennement ceux que Dieu afBî* ge % Direz-vous que la manière si profitne et si coquette dont votre père Le Moine a parlé de la piété dans sa Dévotion aisée, soit plus pro« pre à donner du respect que du mépris pour ridée qu^il forme de la vertu chrétienne 1 Tout son livre des Peintures morales respire-t*il autre chose y et dans sa prose , et dans ses vers , qu'un esprit plein de la vanité et des folies du inonde ? Est-ce une pièce digne d*un prêtre , que cette ode du 7®. livre intitulée : « Éloge de « la pudeur , où il est montré que toutes les « helles choses sont rouges, ou sujettes à rou* «c gir. u C'est ce qu'il fit pour consoler une dame qu'il appelle Delphine , de ce qu'elle rougi ssoit souvent. Il dit donc à chaque stance , que quelques-unes des choses les plus estimées sont rouges , «comme les roses , les grenades» la houclie , la langue ; et c'est parmi ces galanteries honteuses à un religieux , qu'il ose mêler insolenuuent ces esprits hlenheureuX|
lUVlàrA DU 7. OARA6SE. 24^.
^uî assistent deyant Dieu , et dont les chrétiens ne doivent parler qu*ayec vénération.
Les chérabins, ces glorieaz
Composés de tète et de plume ,
Qae Diea de son esprit allume ,
Et qu'il éclaire de ses jeux;
Ces illustres faces rolantes
Sont toujours rouges et brûlantes,
Soit du feu de Dieu, soit du lenr^ r
Et dans leurs flammes mutuelles
Font du mouvement de leurs ailes
Un éventail à leur cbalenr.
Hais la rougeur éclate en toi , '
Delphinb , avec plus d'avantage.
Quand l'honneur e^t sur ton visage
Têtu de pourpre comme un roi , etc«
Qu'en dites-vous, mes pères 1 Cette préférence de la rougeur de Delphine à Tardeur de ces esprits , qui n'en ont point d'autre que la charité; et la comparaison d'un éventail avec ces ailes mystérieuses, vous paroît • elle fort chrétienne dans une bouche qui consacre le corps adorable de Jésus-Christ î Je sais qu'il né l'a dit que pour faire le galant et pour rire ; mais c'est cela qu'on appelle rire des choses saintes. Et n'est- il pas vrai que si on lui faisoit justice , il ne se garantiroit pas d'une censure?
246 OSrxiEME LETTRE*
qooîque pour sVn dé£endre il se serrît de cette laisoB, qoi ii*est pas elle-même moins ceasarable , qu*il rapporte an livre i^'. u Que la « Sorbonne B*a point de junsdiction sur le « Parnasse , et que les erreurs de ce pays-là ne m sontsnjettes ni ans censure» , ni à l'inquim sition, m comme s'il n'étoit défendu d*étre blaq>liiématenr et impie qu'en prose. Mais an moins on n'en gatantiroit pas par'là cet autre endroit de l'aTant-propos au même lirre : o Que m Tean de la ririere au bord de laquelle il a « composé ses rers , est si propre à Étire des « poètes y que quand on en feroit de l'eau 1>é« « nite I elle ne chasseroit pas le démon de la « poésie : m non plus que celui - ci de Totre père Garasse dans sa Somme des rérités capitales de la religion , pag. 649 9 où il joint le blasphème à l'hérésie ^ en parlant du mystère aacré de l'incarnation en cette sorte : «La per« A sonalité humaine a été comme entée on mise <« à cheral sur la personalité àa yerbe. » Et cet autre endroit du même auteur , pag. 5io , sans en rapporter beaucoup d'autres , où il die eux le sujet du nom de Jisvs ^ figuré ordinai'
rement ainsi IHS : n Que quelques-uns en ont « ôté la croix pour prendre les seuls caractères « en cette sorte ^ IHS ^ qui est un Jisus dé« « valîsé. »
CALOMNIES CONTRE POÏIT-BOTAL. 7,fyf . C'est ainsi que vous traitez indignement les ▼éritéa de la religion y contre la règle inTiolable qui oblige à n'en parler qu'avec réyérence. Mais TOUS ne péchez pas moins contre celle qui oblige à ne parler qu'avec vérité et discrétion. Qu'y a-t-il de plus ordinaire dans vos écrits que la calomnie? Ceux du père Brisacier sont -ils sincères? £t parle -t- il avec vérité , quand il dit , 4^. part. pag. a4 et a5 , que le% religieuses de Port - Royal ne prient pas les saints , et qu'elles n'ont point d'images dans leur église? Ne sont-ce pas des faussetés bien hardies , puisque le contraire paroit à la vue de tout Paris? Et parle-t-il avec discrétion ^ quand il déchire l'innocence de ces fîUes y dont la vie est si pure et si austère , quand il les appelle des « filles impénitentes , asacramen- «r taires , incommuniantes y des vierges folles y n fantastiques , calaganes, désespérées , et tout A ce qu'il vous plaira , » et qu'il les noircit par tant d'autres médisances , qui ont mérité la censure de feu M. l'archevêque de Paris? Quand il calomnie des prêtres y dont les mœurs sont irréprochables y jusqu'à dire , 1'^. part. p. 2a : et Qu'ils pratiquent des nouveautés dans les <i confessions , pour attraper les belles et les « innocentes ; et qu'il auroit horreur de rapm porter les crimes abominables qu'ils corn*
« mettent 1 1> N^est - ce pas une témérité îa« supportable d^arancer des impostures si noires, non-seulement sans preuve, mais sans la moindre omWe , et sans la moindre apparence I Je ne m^étendraî pas davantage snr ce sujet , et je remets à vous en parlé): plus au long nne autre fois : car )*ai à vous entretenir snr cette matière y et ce que )^ai dit suffit pour Cadre Toir combien vous péchez contre la vérité et la discrétion tout ensemble.
Mais on dira peut-être , que vous ne pédies pas au moins contre la dernière règle , qn oblige d*avoir le désir du salut de ceux qu'on décrie ; et qu^on ne sauroit vous en accuser sans violer le secret de votre cœur , qui n'est connu que de Dieu seul. Cest une chose étrange , mes pères , qu'on ait néanmoins de quoi vous en convaincre : que votre haine contre vos adversaires ayant été jusqu'à souhaiter leur perte éternelle , votre aveuglement ait été jusqu'à découvrir un souhait si abominable : que bien loin de former en secret de% désirs de leur salut , vous ayez fait en public des vœux pour leur damnation : et qu'après avoir produit ce malheureux souhait dans la ville de Caen avec le scandale de toute l'église f vous ayez osé depuis soutenir encore à Paris dans vos livres imprimés une action ai
CALOMNIES CONTRE PORT-aOTAL. 249 «liabolique. Il ne se peut rien ajouter à ces excès contre la piété : railler et parler indignement des choses les plus sacrées : calomnier les Tierges et les prêtres faïussement et scandaleu* sèment : et enfin former des désirs et des vœux pour leur damnation. Je ne sais , mes pères y si TOUS n^étes point confus, et comment vous avez pu avoir la pensée de m*accuser d*avoir znanqué de charité , moi qui n'ai parlé qu^avec tant de vérité et de retenue , sans faire de réflexion sur les horribles violemens de la charité , que vous £fiites vous>mêmes par de si déplorables emportemens.
Enfin , mes pères , pour conclure par un antre reproche que vous me &ites , de ce qu'entre un si grand nombre de voa maximes que je rapporte , il y en a quelques-unes qu'on vous avoit déjà objectées , sur quoi vous vous plaignez de ce que « je redis contre vous ce qui « avoit été dit. » Je réponds que c'est au contraire parce que vous n'avez pas profité de ce qu'on vous l'a déjà dit , que je vous le redis encore. Car quel fruit a-t-il paru de ce que de savans docteurs et l'université entière vous en ont repris par tant de livres? Qu'ont fait vos pères Annat, Caussin , Pintereau et Le Moine , dans les réponses^qu'ils y ont faites , sinon de couvrir d'injures ceux qui leur avoient donné
ces arîf saJauiretI Arez-TOas tap^nmé lef Crm oè cet BiédttBtM marone» «ont eatet' g*ée«l Es xrex-Toaf réprimé les amteuniEM éte»-TOBs «Sereamt pbu circoii^pecUl Et ii*e«t^ ce pas àtpm% ce temp^-U i|B*Esoobar a tant é<é ifl^risé de fi»2t es Ffasce, et ans Part Baf ; ef ^iK TOC pcfcs Gellot , Bagor , Baonj, LaaiTy Le Jfone et les astres, ne cessent de p«bfi<r txMU les josTS les némes dioses f et ée m»»- Te!Àes escore amssi licescîeases que faattîs? Ke TOUS plaxgses donc plas f mes pères , bî de ce qwe je toss m repfodié des maximes qoe To«s B^aTcz ptnnt qaîtiées 9 si de ce qne JeToas es ai obîecté de BOBrelles, bî de ce qne j'ai ri de tontes. Voas B'aree qu'à les eonnéérer ponr y trourer rotge confnsicm et Bsa défesse. Qai poBrra voir , caBS es rire, la déctsioB ds père ISaBBT , poBT celai qni £iit brûler Bse grange ; celle du père Cellot , ponr la restitntioB : le ré* glemeBt de Sasdiez, en £rTenr 4€b tanien:
la nuniere dont Hnrtado fait éviter le pédié dn duel , en se proBienant dans bb diamp , et j attendant nn bonune : les conuptimeiuda pele Bann 7, pour ériter rnsnre s la nuuiiere ^é« riter la sinoBie par sa détosr «fistestioB, et celle d^ériter le BueBsonge , es parlast tasi^ bant, taBfi5t bas; et le rené de» opisions de Tos docteon les pins graresl £a Crnl^il daras*
CALOMNIES CONTRE PORT-ROYAL. 25l tage, m'es pères , pour me justifier? £t y a-t-il rien de mieux « dû à la vanité et à la foiblesse ce de ces opinions , que la risée , » selon Ter* tullien \ Mais , mes pères , la corruption des mœurs que vos maximes apportent y est digne 4*une autre considération , et nous pouvons bien faire cette demande avec le même Tertullien : « Faut-il rire de leur folie , ou déplorer n leur aveuglement? Rideam panitatenij an «■ exprobrem cctecitatem? u Je crois , mes pères , « qu'on peut en rire et en pleurer à son choix : <c haec toleràbilius vel ridentur, velflentur, » dit saint Augustin. Reconnoissez donc « qu*il y a un temps de rire et un temps de pleurer , » selon récriture. Et je souhaite , mes pères , que je n'éprouve pas en vous fa vérité de ces pa» rôles des proverbes : « Qu il y a des personnes « si peu raisonnables , qu'on n'en peut avoir de «i satis&ctioH de quelque manière qu'on agisse « avec eux , soit qu'on rie , soit qu'on se mette «I en colère.»
En achevant cette lettre, j'ai vu un écrit que vous avez publié , où vous m'accusez d'imposture sur le sujet de six de vos maximes ^ que j'ai rapportées , et d'intelligence avec les hérétiques : j'espère ,que vous y verrez une réponse exacte , et dans peu de temps , mes
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pères ; ensuite de laquelle je crois que tous
n^aurez pas envie de continuer cette sorte
d'accusation.
tlV DJJ TOMB PX.BMIBR.