PS SON AMI
Do 1 férrier z655»
Mon
SIEUR
Vos deux lettres n'ont pas été pour moi senî. Tout le monde les voit ; tout le monde les entend ; tout le monde les croit. Elles ne sont pas seulement estimées par les théologiens :
elles sont encore agréables aux gens du monde , et intelligibles aux femmes mêmes.
Voici ce que m'en écrit un de MM. de PAcadémie , des plus illustres entre ces hommea tous illustres, qui n'avoit encore vu que la première. « Je voudrois que la Sorbonnc qui doit «c tant à la mémoire de feu M. le cardinal, «c voulût reconuoitre la jurisdictionde son Aca- « demie fran^oise. L'auteur de la lettre seroit « content ; car eu qualité d'académicien , je « condamnerois d'autorité, je bannirois , je ce proscrirois , peu s'en faut que je ne die ,
Aux DEUX PRSM. letthes» 35 <t j'extermiiierois de tout mon pouvoir , ce poua voir prochain , qui fait tant de bruit pour a rien I et sans savoir autrement ce quMl de- « mande. Le mal est que notre pouvoir acadén mique est un pouvoir fort éloigné et borné. ce J*en suis marri : et je le suis encore beau- « coup ) de ce que tout mon petit pouvoir no <t sauroit m^acquitter envers vous , etc. i>
Et voici ce qu^une personne , que je ne vous marquerai en aucune sorte y en écrit à une dame qui lui avoit fait tenir la première de vos lettres.
ce Je vous suis plus obligée que vous ne pou- «t vez vous ^imaginer de la lettre que vous m*a- « vez envoyée : elle est tout-à-fait ingénieuse , ce et tout-à-fait bien écrite. Elle narre , sans «I narrer : elle éclaircit les affaires du monde (c les plus embrouillées *, elle raille finement : fi elle instruit môme ceux qui ne savent pas ce bien les choses : elle redouble le plaisir de c( ceux qui les entendent. Elle est encore une «« excellente apologie , et si 1^ veut , une dé- «c licate et innocente censure. Et il y a enfin (t tant d^art , tant d^esprit, et tant de jugement ce en cette lettre , que je voudrois bien savoir «c qui Ta faite , etc. »
Vous voudriez bien anssi savoir qui est la personne qui en écrit de la sorte , mais con« tentez-YOUS de Thonorer sans la connoitre , et
36 RlÉP. Aux DEITX PR. LETTRES, quand tous la connoitrez vous Thonorerez Lien davantage.
Continuez donc vos lettres sur ma parole , et que la censure vienne quand il lui plaira : nous sommes fort bien disposés à la recevoir. Ces mots àe pouvoir prochain et de grâce suf" fisantCj dont on nous menace , ne nous feront plus de peur. Nous avons trop appris des jésuites , des jacobins , et de M. le Moine , en combien de façons on les tourne , et combien il y a peu de solidité en ces mots nouveaux y pour nous en mettre en peine. Cependant je serai toujours , etc.
Four servir de réponse à la précédente.
Injustice , absurdité et nullité de la
CENSURE DE M. ArNAULD.
De Paris , ce 9 février 16S6,
ONSIEUR,
Je viens de recevoir votre lettre , et en môme temps Ton m^a apporté une copie manuscrite de la censure. Je me suis trouvé aussi bien traité dans l'une , que M. Arnauld Test mal dans l'autre. Je crains qu'il n'y ait de l'excès des deux côtés , et que nous ne soyons pas assez connus de nos juges. Je m'assure que si nous l'étions davantage, M. Arnauld mériteroit l'approbation de la Sorbonne , et moi la censure de l'Académie. Ainsi nos intérêts sont tout contraires. Il doit se faire connoître pour défendre son innocence ; au lieu que je dois demeurer dans l'obscurité pour ne pas perdre ma réputation. De sorte que ne pouvant pa* roître , je vous remets le soin de m'acquitter
38 m*. LETT. SUR LA CENSVRS envers mes célèbres approbateurs , et je prends celui de tous informer des nouyelles de la censure.
Je TOUS aTOue y monsieur y qu'elle m'a extrêmement surpris. J'y pensois Toir condamner les plus horribles hérésies du monde ; mais tou» admirerez comme moi y que tant d'éclatantes préparations se soient anéanties sur le point de produire un si grand effet.
Pour l'entendre aTCc plaisir , ressouTeneztous, je TOUS prie, des étranges impressions qu'on nous donne depuis si long-temps des jansénistes. Rappeliez dans votre mémoire les cabales, les factions, les erreurs, les schismes , les attentats qu'on leur reproche depuis si longtemps ; de quelle sorte on les a décriés et noircis dans les chaires et dans les livres ; et corn-? bien ce torrent qui a eu tant de violence et de durée , étoit grossi dans ces dernières années y où on les accusoît ouvertement et publiquement d'être non- seulement hérétiques et schismatiques , mais apostats et infidèles : « de nier «c le mystère de la transubstantiation , et de « renoncer à Jésus-Chbist et à l'évangile. »
Ensuite de tant d'accusations si surprenan tes X y on a pris le dessein d'examiner leurs li-
z Édir. de 1657, Sx atroces.
DE M. ARNAULD* Sç
vres pour en faire le jugement. On a choisi la seconde lettre de M. ArnatiUl , qu*on disoit être remplie des plus grandes t erreurs. On lui donne pour examinateurs ses plus déclarés ennemis. Ils emploient toute leur étude à rechercher ce qu'ils y pourroient reprendre; et ils en rapportent une proposition touchant la doctrine | qu'ils exposent à la censure*
Que pouvoit-on penser de tout ce procédé f sinon que cette proposition choisie avec des circonstances si remarquables y contenoit Vesaence des plus noires hérésies qui se puissent imaginer 1 Cependant elle est telle ^ qu'on n'avoit rien qui ne soit si clairement et si formellement exprimé dans tes passages des pères que ]VI. ArnauUl a rapportés en cet endroit , que je n'ai vu personne qui en pût comprendre la différence. On s'imaginoit néanmoins qu'il y en flvoit beaucoup ; puisque 1rs passages des perea étant sans doute catholiques , il falloit que la proposition de M. Arnauld y fût extrêmement a contraire pour être hérétique.
G'étoit de la Sorbonne qu'on attendoit cet éclaircissement. Toute la chrétienté avoit lea yeux ouverts pour voir dan^ la censure de ces
I Édlt. àê 16S7. DiTI STABLES* a Id. H0&&ZfiISMX2TT«
4o III*. LETT. SUR rA CEirSU&E docteurs ce point imperceptible an commnn des hommes. Cependant M. Amanid lait ses apo* logies où il donne en plusieurs colonnes sa pro« position y et les passages des pères d'où il Ta prise ,pour en faire paroîtreJa conformité aux moins clair-voyans.
Il ÙLÏt Toir que S. Augustin dit en un endroit qu'il cite : « Que Jesus-Christ nous montre un <« juste en la personne de saint Pierre , qui « nous instruit par sa chute de fuir la présomp- « tion M II en rapporte un autre du même pere^ qui dit: c< Que Dieu , pour montrer que sans « la grâce on ne peut rien , a laissé saint Pierre M sans grâce. » Il en donne un autre de saint Chrysostome ^ qui dit : c< Que la chute de saint « Pierre n'arrira pas pour avoir été froid en* «I Ters Jésus-Christ ^ mais parce que la grâce ce lui manqua ; et qu'elle n'arriva pas tant par «I sa négligence , que par l'abandon de Dieu , «r pour apprendre à toute l'église , que sans ce Dieu l'on ne peut rien. » Ensuite de quoi il rapporte sa proposition accusée , qui est celle^ ci : « Les pères nous montrent un juste en la a personne de saint Pierre , à qui la grâce sans ce laquelle on ne peut rien , a manqué, m
C'est sur cela qu'on essaie en vain de remarquer comment il se peut faire que l'expression de M. Arnauld soit autant différente de celles
pz M. àakauld; 4i
des pères, que la vérité IVst de l'erreur , et la foi de riiérésie. Car où en pourrolt-on trouver ]a difl'crcnce? Scroit-ce en ce qu'il dit : a Que ce les pçres nous montrent un juste en la pcrr< sonne de S. Pierre ? » Mais S. Augustin Ta dit en mots propres. Est-ce en ce qu'il dit : ce Que la grâce lui a manqué I » Mais le même S. Augustin qui dit a que S. Pierre étoit juste » dit « qu^il n'aroit pas eu la grâce en cette ronce contre. » Est-ce en ce qu'il dit : « Que sans 4« la grâce on ne peut ricn^ » Mais n'est-ce pas ce que saint Augustin dit au même endroit, et ce que saint Chrysostome môme avoit dit avant lui , avec cette seule difl'érence , qu'il l'exprime d'une manière bien plus forte , comme en ce qu'il dit : « Que sa chute n'arriva pas par sa ce froideur , ni par sa négligence ) mais par le ce défaut de la grâce, et par Pal>andon de Dieu* » Toutes CCS considérations tcnoient tout lo monde en haleine , pour apprendre en quoi consistoit donc cette diversité , lorsque cette censure si célèbre et si attendue a enfin paru après tant d'assemblées. Mais hélas ! elle a bien frustré notre attente. Soit que les docteurs molinistes n'aient pas daigné s'abaisser jusqu'à nous en instruire , soit pour quelque autre rai- 0on se^rctte , ils n'ont fait autre chose que prononcer CCS paroles : ee Cette proposition est té-
4^ III*. LETT. SrR LA CENSURE
<c loéraire, impie , blasphématoire, frappée
ce d'anathême et hérétique. »
Croiriez-YOus y monsieur , que la plupart des gens se voyant trompés dans leur espérance y sont entrés en mauvaise humeur , et s*en prennent aux censeurs mêmes? Ils tirent de leur conduite des conséquences admirables pour l'innocence de M. Arnauld. Et quoi, disent -ils , est-ce Va tout ce qu'ont pu faire durant si longtemps tant de docteurs si acharnés sur un seul , que de ne trouver dans tous ses ouvrages que trois lignes à reprendre , et qui sont tirées des propres paroles des plus grands docteurs de Téglise grecque et latine ? Ya-t-ilun auteur qu'on veuille perdre, dont les écrits n'en donnent un plus spécieux prétexte? Et quelle plus haute marque peut-on produire de la foi de cet illustre accusé?
D'où vient , disent- ils, qu'on pousse tant d'imprécations qui se trouvent dans cette censure ,011 l'on assemble tous ces termes « de « poison , de peste , d'horreur , de témérité , « d'impiété , de blasphème , d'abomination , «r d'exécration , d'anathème , d'hérésie , » qui sont les plus horribles expressions qu'on pourroit former contre Arius, et contre l'Antéchrist même , pour combattre une hérésie imperceptible, et encore sans la découvrir? Si c'est con«.
DE M. aunauld. 4^
tre les paroles des pères qu*on agit de la sorte , où est la foi et la tradition ? Si c'est contre la proposition de M. ArnaiiUl , qu'on nous montre en quoi elle eu est ditlorcnte , puisqu'il ne nous en parolt autre chose qu'une parfaite conformité^ Quand nous en reconnoîtrons le mal , nous l'aurons en détestation : mais tant que nous ne le verrons point , et que nous n'y trouverons que les sentimcns des saints pères connus et exprimés en leurs propres termes y comment pourrions-nous l'avoir sinon en une sainte vénération 1
Voilà de quelle sorte ils s'emportent ; mai« ce sont des gens trop pënctrans. Pour nous qui n'approfondissons pas tant les choses ^ tenonsnous en repos sur le tout. Voulons-nous être plus savans que nos maîtres '( N'entreprenons pas plus qu'eux. Nous nous égarerions dans cette recherche. Il ne faudroit rien pour rendre cette censure hérétique. La vérité est si délicate , que pour peu qu'on s'en retire, on tombe dans l'erreur ; mais cette erreur est si déliée ^ que pour peu qu'on s'en éloigne , on se trouve dans la vérité. Il n'y a qu'un point imperceptible entre cette proposition et la foi. La distance en est si insensible, que faieu peur en ne la voyant pas , de me rendre contraire aux docteurs de l'église , pour me rendre trop cou-
44 II^*« I-ETT. SUR LA CENSURE forme aux docteurs de Sorbonne. Et dans cette crainte fai jugé nécessaire de consulter un de ceux qui par politique furent neutres dans la première question, pour apprendre de lui la chose véritablement. J'en ai donc vu un fort habile , que je priai de me vouloir marquer les circonstances de cette diiTérence , parce que je lui confessai franchement que je n'y en voyois aucune.
A quoi il me répondit en riant , comme sUl eiit pris plaisir à ma naïveté : Que vous êtes simple de croire qu'il y en ait! Et où pourroitelle être? Vous imaginez-vous que si l'on en eût trouvé quelqu'une , on ne l'eût pas marquée lifiutement , et qu'on n'eût pas été ravi de l'exposer à la vue de tous les peuples dans l'esprit desquels on veut décrier M. Arnauld ? Je reconnus bien à ce peu de mots y que tous ceux qui avoient été neutres dans la première question , ne l'eussent pas été dans la seconde. Je ne laissai pas néanmoins de vouloir ouir ses raisons , et de lui dire : Pourquoi donc ont-ils attaqué cette proposition? A quoi il me repartît : Ignorez - vous ces deux choses y que les moins instruits de ces affaires connoissent ; l'une , que M. Arnauld a toujours évité de dire rien qui ne fût puissamment fondé sur la tradition de l'église ; l'autre , que ses ennemis ont
DE M. ARNAVLD. 4^
néanmoins résolu de Pen retrancher à quelque prix que ce soit ; et qu'ainsi les écrits de l'un ne donnant aucune prise aux desseins des autres , ils ont été contraints pour satisfaire leur passion , de prendre une proposition telle quelle y et de la condamner sans dire en quoi y ni pourquoi? Car ne savez- vous pas comment les jansénistes les tiennent en échec , et les pressent si furieusement, que la moindre parole qui leur échappe contre les principes des pères , on les voit incontinent accablés par des volumes entiers y où ils sont forcés de succomber ? De sorte qu'après tant d'épreuves de leur foiblesse , ils ont jugé plus à propos y et plus facile de censurer que de repartir y parce qu'il leur est bien plus aisé' de trouver des moines que des raisons.
Mais quoi, lui dis- je, la chose étant ainsi , leur censure est inutile : car quelle créance y aura-t-on en la voyant sans fondement , et ruinée par les réponses qu'on y fera? Si vous con« noissiez l'esprit du peuple , me dit mon docteur , vous parleriez d'une autre sorte. Leur censure toute censurable qu'elle est , aura presque tout son effet pour un temps : et quoiqu'il force d'en montrer l'invalidité , il soit certain qu'on la fera entendre , il est aussi vériti^ble l^ue d'abord la plupart des esprits en seront
46 III*. LETT. Sm I.A CENSURE aussi fortement frappés , que de la plus juste du inonde. Pourvu qu^on crie dans les rues :
« Voici la censure de M. Arnauld : voici la rc condamnation des jansénistes y m les jésuites auront leur compte. Combien de ceux qui la liront qui l'entendent? Combien qui apperçoivent qu'elle ne satisfait point aux objections? Qui croyez-vous qui prenne les choses à cœur ^ et qui entreprenne de les examiner à fond?
Voyez donc combien il y a d'utilité en cela pour les ennemis des jansénistes. Ils sont sûrs parla de triompher , quoique d'un vain triomphe à leur ordinaire y au moins durant quelques mois : c'est beaucoup pour eux , ils chercheront ensuite quelque nouveau moyen de subsister. Ils vivent au jour la journée. C'est de cette -sorte qu'ils se sont maintenus jusqu'à présent y tantôt par un catéchisme où un enfant condamne leurs adversaires ; tantôt par une. procession où la grâce suffisante mené l'efficace en triomphe ; tantôt par une comédie où les diables emportent Jansenius ; une autre fois par un almanach ; maintenant par cette censure.
En vérité , lui dis- je , je trouvoîs tantôt à redire au procédé des molinistes ; mais après ce que vous m'avez dit , j'admire leur prudence et leur politique. Je vois bien qu'ils ne pou-
DE M. AB.NAULD. fyf
voient rien faire de plus judicieux ni de plus sûr. Vous l'entendez, me dit-il : leur plus sûr parti a toujours été de se taire. Et c'est ce qui a fait dire à un savant théologien : « Que les ce plus habiles d'entre eux sont ceux qui in« «c triguent beaucoup , qui parlent peu , et qui « n'écrivent point. »
C'est dans cet esprit que , dès le commen« cernent des assemblées , ils avoient prudemment ordonné que , si M. Arnauld venoit en Sorbonne , ce ne fût que pour exposer simplement ce qu'il croyoit, et non pas pour y entrer en lice contre personne. Les examinateurs s'étant voulu un peu écarter de cette méthode , ils ne s'en sont pas bien trouvés. Ils se sont vus trop fortement z réfutés par son second apologétique.
C'est dans ce même esprit qu'ils ont trouvé cette rare et toute nouvelle invention de la demi-heure et du sable. Ils se sont délivrés par-là del'importunité de ces fâcheux do cteurs, qui entrepren oient de réfuter toutes leurs raisons, de produire les livres pour les convaincre de fausseté , de les sommer de répondre , et de les réduire à ne pouvoir répliquer.
Ce n'est pas qu'ils n'aient bien yu . que ce
*. £dit. de ifiS?. Vsrteicent*
48 IIl^. LETT. SUR LA CENSURE
manquement de liberté qui ayoit porté un si grand nombre de docteurs à se retirer des assemblées , ne feroit pas de bien à leur censure ; et que l'acte de protestation de nullité qu'en avoit fait M. Arnauld , dès avant qu'elle fût conclue , seroit un mauvais préambule pour la &ire recevoir £ivorablement. Ils croient assez que ceux qui ne sont pas préoccupés , considèrent pour le moins autant le jugement de jo docteurs qui n'avoient rien à gagner en défendant M. Arnauld y que celui d'une centaine d'autres qui n'avoient rien à perdre en le condamnant.
Mais après tout ils ont pensé que c'étoit toujours beaucoup d'avoir une censure, quoiqu'elle ne soit que d'une partie de la Sorbonne , et non pas de tout le corps ; quoiqu'elle soit faite avec peu ou point de liberté , et obtenue par beaucoup de menus moyens qui ne sont pas des plus réguliers ; quoiqu'elle n'explique rien de ce qui pouvoit être en dispute ; quoiqu'elle ne marque point en quoi consiste cette hérésie , et qu'on y parle peu , de crainte de se méprendre. Ce silence même est un mystère pour les simples ; et la censure en tirera cet avantage singulier , que les plus critiques et les plus subtils théologiens n'y pourront trouver au-, cune mauvaise raison.
B£ M. AHNAtTLD. 49
• Mettez - vous donc Tesprit en repos , et ne craignez point d'être hérétique en tous servant de la proposition condamnée. Elle n'est mauvaise que dans la seconde lettre de M. Arnauld. Ke vous en voulez- vous pas fier à ma parole? Croyez-en M. le Moine le plus ardent des examinateurs , qui y en parlant encore ce matin à un docteur de mes amis , qui lui deraandoit , en quoi consiste cette différence dont il s'agit , et s'il ne seroit plus permis de dire ce qu'ont dit les pères : « Cette proposition , lui a-t>il rc excellemment répondu , seroit catholique rc dans une autre bouche : ce n'est que dan»
f< M. Arnauld que la Sorbonne Ta condama née. » £t ainsi admirez les machines du molinisme y qui font dans l'église de si prodigieux renversemens , que ce qui est catholique dana* les pères , devient hérétique dans M. Arnauld : que ce qui étoit hérétique dans les semi-pelagiens , devient orthodoxe dans les écrits des jésuites : que la doctrine si ancienne de saint Augustin est une nouveauté insupportable ; et que les inventions nouvelles qu'on fabrique tous les jours à notre vue , passent pour l'ancienne foi de l'église. Sur cela il me quitta.
Cette instruction m'a servi. J'y ai compria que c'est ici une hérésie d'une nouvelle espèce. Ce ne sont pas les sentimens de M. Arnauld
FJLOVXNCXU.ZS. 1. 9
5o III*. LETT. SUR LA CENSURE.
qui sont hérétiques; ce n'est que sa personne. Cest une hérésie personnelle. Il n'est pas hérétique pour ce qu'il a dit ou écrit ; mais seulement pour ce qu'il est M. Amauld. C'est tout ce qu'on trouve à redire en lui. Quoi qu'il fasse ; s'il ne cesse d'être , il ne sera jamais bon catholique. La grâce de S. Augustin ne sera jamais la véritable tant qu'il la défendra. Elle le deviendroit y s'il venoit à la combattre. Ce seroit un coup s&r ^ et presque le seul moyen de l'établir y et de détruire le molinisme ; tant il porte de malheur aux opinions qu'il embrasse. ■ Laissons donc là leurs différends. Ce sont des disputes de théologiens , et non pas de théologie. Nous qui ne sommes point docteurs , n'avons que faire à leurs démêlés. Ap« prenez des nouvelles de la censure à tous nos amis , et aimez-moi autant que je suis y etc.
DE £▲ GRACE ACTUELLE TOUJOURS PRESBIïTE , ET DES PÉCHÉS s'iOJMORANCB.
De Paris, ce a 5 février x6S<»,
ONSIEUH,
Il n'est rion tel que les jésuites. J'ni bien vu des jacobins, des docteurs , et de toute sorte de gens, mais une pareille visite manquoit à mon instruction. Les autres ne font que les copier. Les choses raient toujours mieux dans leur source. J'en ai donc vu un des plus habiles , et j'y étois accompagné de mon fidèle janséniste qui vint avec moi aux jacobins. £t comme je souhaitois particulièrement d'être éclairci sur le sujet d'un différend qu'ils ont àvoc les jansénistes , touchant ce qu'ils appellent la grâce actuelle , je dis à ce bon père que je lui scrois fort obligé s'il vouloit m'en instruire; que je ne sa vois pas seulement ce que ce terme signifioit : je le priai donc de me l'expliquer. Très volontiers , me dit - il ^ car j'aime
les gens curieux. £n yoici la définition. Nous appelions ce gracç actuelle une inspiration de rc Dieu y par laquelle il nous fait connoitre sa tt volonté , et par laquelle il nous excite à la c< vouloir accomplir. » Et en quoi , lui dis-je, êtes - vous en dispute avec les jansénistes sur ce sujet 1 C'est , me répondit-il , en ce que nous voulons que Dieu donne des grâces actuelles à tous les hommes à chaque tentation , parce que nous soutenons que si Ton n'avoit pas à chaque tentation la grâce actuelle , pour n'y point pécher, quelque péché que l'on commît , il ne pouri'oit jamais être imputé. £t les jansénistes disent, au contraire, que les péchés commis sans grâce actuelle , ne laissent pas d'être imputés : mais ce sont des rêveurs. J'entrevoyois ce qu'il vouloit dire , mais pour le lui faire encore expliquer plus clairement , je lui dis : Mon père , ce mot de grâce actuelle me brouille ; je n'y suis pas accoutumé : si vous aviez la bonté de me dire la même chose sans vous servir de ce terme , vous m'obligeriez infiniment. Oui , dit le père , c'est-à-dire que vous voulez que je substitue la définition à la place du défini , cela ne change jamais le sens du discours ; je le veux bien. Nous soutenons donc comme un principe indubitable , a qu'une acc< tion ne peut être imputée ù péché y si Dieu