‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 18 sur 95 · DES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

DES RELIGIEUX

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chassés de leurs couvenls pour leurs désordres. Notre père Escohar le rapporte, tr. 6, ex. 7, n. 111, en ces termes : « Molina assure qu’un religieux chassé de « son monastère n'est point obligé de se corriger pour a y retourner, et qu’il n’est plus lié par son vœu d’o- G héissance. »

Voilà, mon père, lui dis-je, les ecclésiastiques bien à leur aise. Je vois bien que vos casuistes les ont traités favorablement. Ils y ont agi comme pour eux-mêmes. J'ai bien peur que les* gens des autres conditions ne soient pas si bien traités. Il fallait que chacun fît pour soi. Ils n’auraient pas mieux fait eux-mêmes, me repartit le père. On a agi pour tous avec une pareille charité , depuis les plus grands jusques aux moindres; et vous m'engagez, pour vous le montrer, à vous dire nos maximes touchant les valets.

Nous avons considéré, à leur égard , la peine qu'ils ont , quand ils sont gens de conscience , à servir des maîtres débauchés. Car s’ils ne font tous les messages où ils les emploient , ils perdent leur fortune; et , s’ils leur obéissent , ils en ont du scrupule. C'est pour les en soulager que nos vingt-quatre pères , tr. 7, ex. 4, n. 223, ont marqué les services qu’ils peuvent rendre en sûreté de conscience. En voici quelques-uns : « Porter des lettres et des présents ; ouvrir les portes « et les fenêtres ; aider leur maître à monter à la fenê- « tre , tenir l’échelle pendant qu’il y monte; tout cela « est permis et indiQcrent. Il est vrai que pour tenir G l’échelle il faut qu'ils soient menacés plus qu’à l’or- « dinaire, s’ils y manquaient ; car c’est faire injure au € maître d’une maison d’y entrer par la fenêtre. »

Voyez-vous combien cela est judicieux? Je n’atten-

dais rien moins , lui dis-je , d’un livre tiré de vingtquatre jésuites. Mais, ajouta le père, notre père Bauny a encore bien appris aux valets à rendre tous ces devoirs-là innocemment à leurs maîtres, en faisant qu’ils portent leur intention , non pas aux péchés dont ils sont les entremetteurs, mais seulement au gain qui leur en revient. C’est ce qu’il a bien expliqué dans sa Somme des péchés , en la page 710 de la première impression : « Que les confesseurs, dit-il, remarquent « bien qu’on ne peut absoudre les valets qui font des « messages déshonnêtes , s’ils consentent aux péchés « de leurs maîtres ; mais il faut dire le contraire, s’ils « le font pour leur commodité temporelle. » Et cela est bien facile à faire ; car pourquoi s’obstineraient-ils à consentir à des péchés dont ils n’ont que la peine?

Et le même père Bauny a encore établi cette grande maxime en faveur de ceux qui ne sont pas contents de leurs gages; c’est dans sa Somme, p. 213 et 214 de la sixième édition : « Les valets qui se plaignent de « leurs gages peuvent-ils d’eux-mêmes les croître en « se garnissant les mains d’autant de bien apparte- « nant à leurs maîtres, comme ils s'imaginent en être « nécessaire pour égaler lesdits gages à leur peine? « Ils le peuvent en quelques rencontres, comme lors- « qu’ils sont si pauvres en cherchant condition , qu’ils « ont été obligés d’accepter l’offre qu’on leur a faite , « et que les autres valets de leur sorte gagnent da- « vantage ailleurs. »

Voilà justement , mon père, lui dis-je, le passage de Jean d’Alba. Quel Jean d’Alba? dit le père; que voulez-vous dire? Quoi! mou père, ne vous souvenfiz-vous plus de ce qui se passa en cette ville l’an-

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