‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 31 sur 95 · DES SORCIERS · texte numérisé non relu

DES SORCIERS

(ravagantes tout ensemble. Il poursuivit donc en liberté son discours, dont la conclusion fut ainsi. G'esl pour cela , dit-il , que notre illustre Molina (je crois qu’après cela vous serez content ) décide ainsi cette question : « Quand on a reçu de l’argent pour faire a une méchante action, est-on obligé k le rendre? Il « faut distinguer, dit ce grand homme : si on n’a pas « fait l’action pour laquelle on a été payé, il faut « rendre l’argent; mais si on l’a faite, on n’y est « point obligé : si non fecit hoc malum , tenetur res^- « tiiuere; secus, si fecit. » C’est ce qu’Escobar rapporte au tr. 3, ex. 2, n. 138.

Voilà quelques-uns de nos principes touchant la restitution. Vous en avez bien appris aujourd’hui , je veux voir maintenant comment vous en aurez profité. Répondez-moi donc. « Un juge qui a reçu de l’argent « d’une des parties pour rendre un jugement en sa « faveur, est-il obligé à le rendre? » Vous venez de me dire que non, mon père. Je m’en doutais bien, ditil ; vous l’ai-je dit généralement? Je vous ai dit qu’il n’est pas obligé de rendre s’il a fait gagner le procès à celui qui tf a pas bon droit. Mais quand on a droit, voulez-vous qu’on achète encore le gain de sa cause, qui est dû légitimement? Vous n’avez pas de raison. Ne comprenez-vous pas que le juge doit la justice, et qu’ainsi il ne la peut pas vendre; mais qu’il ne doit pas l’injustice, et qu’ainsi il peut en recevoir de l’argent? Aussi tous nos principaux auteurs, comme Molina, disp. 94 et 99 ; Reginaldus, 1. 10, n. 184, 185 et 187; Filiutius, tr?31, n. 220 et 228; Escobar, tr. 3, ex. 1, n. 21 et 23; Lessius, 1. 2, c. 14, d. 8, n. 55, enseignent tous uniformément : « qu’un juge est bien

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« obligé de rendre ce qu’il a reçu pour faire justice, « si ce n’est qu’on le lui eût donné par libéralité ; « mais qu’il n’est jamais obligé à rendre ce qu’il a « reçu d’un homme en faveur duquel il a rendu un « arrêt injuste. »

Je fus tout interdit par cede fantasque décision; et, pendant que j’en considérais les pernicieuses conséquences, le père me préparait une autre question, et me dit ; Répondez donc une autre fois avec plus de circonspection. Je vous demande maintenant : « Un « homme qui se mêle de deviner est-il obligé de rendre « l’argent qu’il a gagné par cet exercice? » Ce qu’il vous plaira, mon révérend père, lui dis-je. Comment, ce qu’il me plaira ! Vraiment vous êtes admirable ! Il semble , de la façon dont vous parlez , que la vérité dépende de notre volonté. Je vois bien que vous ne trouveriez jamais celle-ci de vous-même. Oyez donc résoudre cette difficulté-là à. Sanchez ; mais aussi c’est Sanchez. Premièrement il distingue en sa Somme, liv. 2, c. 38, n. 94, 95 et 96 : « Si ce devin ne s’est « servi que de l’astrologie et des autres moyens na- « turels , ou s’il a employé l’art diabolique : » car il dit qu’il « est obligé de restituer en un cas, et non « pas en l’autre. » Diriez-vous bien maintenant auquel? Il n’y a pas là de difficulté, lui dis-je. Je vois bien , répliqua-t-il , ce que vous voulez dire Vous croyez qu’il doit restituer au cas qu’il se soit servi de l’entremise des démons? Mais vous n’y entendez rien; c’est tout au contraire. Voici la résolution de Sanchez, au même Heu : « Si ce devin n’a'^ris la peine et le « soin de savoir, par le moyen du diable , ce qui ne « se pouvait savoir autrement, si nullam operam ap-

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