DE LA FAUSSE DÉVOTION
De la fausse dévotion à la sainte Vierge que les jésuites ont introduite. — Diverses facilités qu’ils ont inventées pour se sauver ^ns peine et parmi les douceurs et les commodités de la vie, — Leurs maximes sur l’ambition , l’envie , la gourmandise , les équivoques , les restrictions mentales , les libertés qui sont permises aux filles, les habits des femmes, le jeu, le précepte d’entendre la messe.
Dé Paris , ce 3 juillet 1636.
MOiXSlEUR,
Je ne vous ferai pas plus de compliment que le bon père m’en fit la dernière fois que je le vis. Aussitôt qu’il m’aperçut, il vint à moi , et me dit, en regardant dans un livre qu’il tenait à la main : « Qui vous ouc vrirait le paradis, ne vous obligerait-il pas parfaite- € ment? Ne donneriez-vous pas des millions d’or pour € en avoir une clef, et entrer dedans quand bon vous € semblerait? Il ne faut point entrer en de si grands € frais : en voici une , voire cent à meilleur compte.» Je ne savais si le bon père lisait ou s’il parlait de luimême. Mais il m’ôta de peine en disant : Ce sont les premières paroles d’un beau livre du père Barry, de notre société ; car je ne dis jamais rien de moi-même. Quel livre, lui dis-je, mon père? En voici le titre, dit-il : c Le Paradis ouvert à Philagie par cent dévo- « tions à la mère de Dieu , aisées à pratiquer. » Eh quoi ! mon père , chacune de ces dévotions aisées suffit pour ouvrir le ciel ? Oui , dit-il ; voyez-le encore dans la suite des paroles que vous avez ouïes : • Tout
ü) Le plan de celle lellre fui fourni a M. Pasca’ par M. Nicole,
c autant de dévotions à la mère de Dieu que vous tron « verez en ce livre, sont autant de clefs du ciel qui « vous ouvriront le paradis tout entier, pourvu que e vous les pratiquiez; » et c’est pourquoi il dit dans ' la conclusion, qu’il est «contents! on en pratique « une seule ».*
Appreuez-m’en donc quelqu’une des plus faciles , mon père. Elles le sont toutes , répondtt-il : par exemple , * saluer la sainte Vierge au rencontre de ses ima- « ges ; dire le petit chapelet des dix plaisirs de la Vier- « ge ; prononcer souvent le nom de Marie ; donner « commission aux anges de lui faire la révérence de « notre part; souhaiter de lui bâtir plus d’églises que < n’ont fait tous les monarques ensemble ; lui donner « tous les matins le bonjour, et sur le tard te bonsoir ; •
«dire tous les jours Y Ave Maria en l'honneur du cœur « de Marie. » Et il dit que cette dévotion-là assure, i de plus, d’obtenir le cœur de la Vierge. Mais, mon j père , loi dis-je , c’est pourvu qu’on lui donne aussi le ^ sien? Gela n’est pas nécessaire , dit-il , quand on est ^ trop attaché au monde. Ecoutez-le : « Cœur pour cœur 4 « ce serait bien ce qu’il faut ; mais le vôtre est un peu | «. trop attaché et tient un peu trop aux créatures ; ce \ ««qui fait que je n’ose vous inviter à offrir aujour- | «. d’hui ce petit esclave que vous appelez votre cœur. » I Et ainsi il se contente de Y Ave Maria qu’il avait de- | mandé. Ce sont les dévotions des pages 33, 59, 145,
156, 172, 258 et 420 de la première édition. Cela est ,j tout à fait commode , lui dis-je, et je crois qu’il n’y | aura personne de damné après cela. Hélas ! dit le père, ’ je vois bien que vous ne savez pas jusqu’où va la du- ^ reté du cœur de certaines gens ! Il y en a qui ne s’at- ^