‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 46 sur 95 · DE L’ABSOLUTION · texte numérisé non relu

DE L’ABSOLUTION

Mais , mon père, lui dis-je , cette assurance d'avoir toujours l’absol ution pourrait bien porter les pécheurs. . . Je vous entends, dit-il en m’interrompant ; mais écoutez le père Bauny , q. 15 : « On peut absoudre celui € qui avoue que l’espérance d’être absous l’a porté à t pécher avec plus de facilité qu il n’eût fait sans cette € espérance, d Et le père Caussin, défendant cette proposition, dit, pag. 21 1 de sa Rép. àla Théol. mor., que « si elle n’était véritable, l’usage de la confession € serait interdit à la plupart du monde » ; et qu’il n’y aurait f plus d’autre remède aux pécheurs , qu’une € branche d’arbre et une corde. > O mon père ! que ces maximes-là attireront de gens à vos confessionnaux 1 Aussi , dit-il , vous ne sauriez croire combien il y en v ient : c nous sommes accablés et comme opprimés < sous la foule de nos pénitents, pœnitcniium nu- 1 mero obruimur > , comme il est dit en rimagc de notre premier siècle, 1. 3, c. 8. Je sais, lui dis-je, un moyen facile de vous décharger de cette presse. Ce serait seulement, mon père, d’obliger les pécheurs à quitter les occasions prochaines : vous vous soulageriez assez par cette seule invention. Nous ne cherchons pas ce soulagement , dit-il ; au contraire : car, comme il est dit dans le même livre, 1. 3, c. 7, p. 374, c notre société a pour but de travailler à établir les c vertus , de faire la guerre aux vices , et de servir un € grand nombre d’âmes. * Et comme il y apeu d’âmes qui veuillent quitter les occasions prochaines, on a été obligé de définir ce que c’est qu’occasion prochaine ; comme on voit dans Escobar, en la Pratique de notre société, tr. 7, ex. 4, n. 226 : c On n’appelle « pas occasion prochaine celle où l’on ne pèche que

« rarement , comme de pécher par un transport sou « dain avec celle avec qui on demeure , trois ou qua- « fois par an » ; ou , selon le père Bauuy , dans son livre français , une ou deux fois par mois, p. 1 082 ; et encore p. 1089 , où il demande « ce qu’on doit faire « entre les maîtres et servantes, cousins et cousines « qui demeurent ensemble , et qui se portent mutuel- « lement à pécher par cette occasion. » Il les faut séparer, lui dis-je. C’est ce qu’il dit aussi , « si les re- « chutes sont fréquentes , et presque journalières : « mais s’ils n’offensent que rarement par ensemble, « comme serait une ou deux fois le mois , et qu’ils ne « puissent se séparer sans grande incommodité etdom- « mage , on pourra les absoudre , selon ces auteurs , « et entre autres Suarez, pourvu qu’ils promettent « bien de ne plus pécher, et qu’ils aient un vrai regret « du passé. » Je l’entendis bien; car il m’avait déjà appris de quoi le confesseur se doit contenter pour juger de ce regret. Et le père Bauny , continua-t-il , permet, p. 1083 et 1084, à ceux qui sont engagés dans les occasions prochaines, d’y < demeurer, quand « ils ne les pourraient quitter sans bailler sujet au « monde de parler, ou sans en recevoir de l’incom- * modité. » Et il dit de même en sa Théologie morale, tr. 4, De pœnit., q. 13,p. 93, et q. 14, p. 94,

< qu’on peut et qu’on doit absoudre une femme qui a « chez elle un homme avec qui elle pèche souvent , si € elle ne le peut faire sortir honnêtement, ou qu’elle t ait quelque cause de le retenir , si non potest ho-

< neste ejicere, aut habeat aliquam causam retinendi, « pourvu qu’elle se propose bien de ne plus pécher « avec lui. »

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