‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 48 sur 95 · DE LA CONTRIT ON · texte numérisé non relu

DE LA CONTRIT ON

« est suffisant. » C’est ce que dit Escobar en la Pratique de notre société. Notre père François Lamy soutient aussi là même chose, tr. 8, disp. 3, n. 13.

Vous me surprenez, mon père; car je ne vois rien en toute celte altrition-là que de naturel ; et ainsi un pécheur se pourrait rendre digne de l’absolution sans aucune grâce surnaturelle. Or il n’y a personne qui ne sache que c’est une hérésie condamnée par le concile. Je l’aurais pensé comme vous, dit-il, et cependant il faut bien que cela ne soit pas ; car nos pères du collège de Clermont ont soutenu dans leurs thèses^ du 23 mai et du 6 juin 1644, col. 4, n. 1 , « qu’une at- « trition peut être sainte et suffisante pour le sacre- € ment, quoiqu’elle ne soit pas surnaturelle; » et dans celle du mois d’août 1643, « qu’une altrition qui « n’est que naturelle suffit pour le sacrement , pourvu « qu’elle soit honnête : Ad sacramentum sufficit ai- € tritio naturaliSy modo honesta. » Voilà tout ce qui se peut dire, si ce n’est qu’on veuille ajouter une conséquence qui se tire aisément de ces principes : qui est que la contrition est si peu nécessaire au sacrement , qu’elle y serait au contraire nuisible , en ce qu’effaçant les péchés par elle-même, elle ne laisserait rien à faire au sacrement. C’est ce que dit notre père Valentia , ce célèbre jésuite, t. 4 , disp. 7, q. 8, p. 4 : c La contrition n’est point du tout t nécessaire pour obtenir l’effet principal du sacref ment ; mais, au contraire , elle y est plutôt un ob- € stade : imo obstat potius quomimis effectus sequor « tur. » On ne peut rien désirer de plus à l avantage de l’attrition. Je le crois , mon père ; mais souflrez que je vous en dise mon sentiment , et que je vous fasse

voir à quel excès celte doctrine conduit. Lorsquo vous dites que Yattrition conçue 'par la seule crainte des peines suffit avec le sacrement pour justifier les pécheurs , ne s'ensuit-il pas de là qu’on pourra toute sa vie expier ses péchés de cette sorte , et ainsi être sauvé sans avoir jamais aimé Dieu en sa vie? Or vos pères oseraient-ils soutenir cela?

Je vois bien , répondit le père , par ce que vous me dites , que vous avez besoin de savoir la doctrine de nos pères touchant l’amour de Dieu. C’est le dernier trait de leur morale, et le plus important de tous. Vous deviez l’avoir compris par les passages que je vous ai cités de la contrition. Mais en voici d’autres plus précis sur Tamour de Dieu; ne m’interrompez donc pas , car la suite même en est considérable. Écoutez Escobar, qui rapporte les opinions diflerenles de nos auteurs sur ce sujet, dans la Pratique de l’amour de Dieu selon notre société, au tr. t, ex. 2, n. 21 , et tr. 5, ex. 4 , n. 8, sur cette question : « Quand est-on « obligé d’avoir affection actuellement pour Dieu? « Suarez dit que c’est assez si on l’aime avant l’article « de la mort , sans déterminer aucun temps ; Vasquez, « qu’il suffit encore à l’article delà mort; d’autres, « quand on reçoit le baptême ; d’autres , quand on est « obligé d’être contrit; d’autres, les jours de fête « Mais notre père Castro Palao combat toutes ces opi- « nions-là, et avec raison, merito. Hurtado de Mena doza prétend qu’on y est obligé tous les ans , et qu’on « nous traite bien favorablement encore de ne nous y « obliger pas plus souvent. Mais notre père Coninck « croit qu’on y est obligé en trois ou quatre ans ; Hent riquez, tous les cinq ans; et Filiulius dit qu’il esî

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