ERREURS DES CAS. DIGNES D’ÊTRE JOUEES
« sagesse divine qui rira de la mort des méchants. '
Aussi les prophètes remplis de l’esprit de Dieu on* usé de ces moqueries, comme nous voyons par les exemples de Daniel et d’Élie. Enfin il s’en trouve des exemples dans les discours de Jésus-Christ même; et saint Augustin remarque que, quand il voulut humilier Nicodème, qui se croyait habile dans l’inteiligence de la loi , t comme il le voyait enflé d'orgueil
* par sa qualité de docteur des Juifs, il exerce et « étonne sa présomption par la hauteur de ses demanf des ; et , l’ayant réduit à l’impuissance de répon- € dre : Quoi ! lui dit-il , vous êtes maître en Israël ,
* et vous ignorez ces choses? Ce qui est le même que € s’il eût dit : Prince superbe , reconnaissez que vous f ne savez rien. > Et saint Chrysoslôme et saint Cyrille disent sur cela qu’il méritait d’être joué de cette sorte.
Vous voyez donc, mes pères, que , s’il arrivait aujourd’hui que des personnes qui feraient les maîtres envers les chrétiens , comme Nicodème et les pharisiens envers les Juifs, ignorassent les principes de la religion, et soutinssent, par exemple, qu’on peut être « sauvé sans avoir jamais aimé Dieu en toute sa f vie , • on suivrait en cela l’exemple de Jésus-Christ, en se jouant de leur vanité et de leur ignorance.
Je m’assure , mes pères , que ces exemples sacrés suffisent pour vous faire entendre que ce n’est pas une conduite contraire à celle des saints , de rire des erreurs et des égarements des hommes : autrement il faudrait Warner celle des plus grands docteurs de l’Église qui l’ont pratiquée, comme saint Jérôme dans ses lettres et dans ses écrits contre Joyinien, Vigi-
lance, et les pélagiens; Tertullien, daLs son Apologétique contre les folies des idolâtres; saint Augustin, contre les religieux d’Afrique , qu’il appelle les chevelus; saint Irénée , contre les gnostiques; saint Bernard et les autres Pères de l’Église , qui , ayant été les imitateurs des apôtres , doivent être imités par les fidèles dans toute la suite des temps , puisqu’ils sont proposés , quoi qu’on en dise , comme le véritable modèle des chrétiens , même d’aujourd’hui.
Je n’ai donc pas cru faillir en les suivant. Et, comme je pense l’avoir assez montré, je ne dirai plus sur ce sujet que ces excellentes paroles de Tertullien , qui rendent raison de tout mon procédé : « Ce que j’ai « fait n’est qu’un jeu avant un véritable combat. J’ai < plutôt montré les blessures qu’on vous peut faire « que je ne vous en ai fait. Que s’il se trouve des en- € droits où l’on soit excité à rire , c’est parce que les « sujets mêmes y portaient. Il y a beaucoup de choses « qui méritent d’être moquées et jouées de la sorte , « de peur de leur donner du poids en les combattant « sérieusement. Rien n’est plus dû à la vanité que ta « risée; et c’est proprement à la vérité qu’il appar- « tient de rire, parce qu’elle est gaie, et de se jouer « de ses ennemis , parce qu’elle est assurée de la vic- « toire. Il est vrai qu’il faut prendre garde que les « railleries ne soient pas basses et indignes de la vé- « rité. Mais , à cela près , quand on pourra s’en ser- « vir avec adresse , c’est un devoir que d’en user. » Ne trouvez-vous pas , mes pères , que ce passage est bien juste à notre sujet? « Les lettres que j’ai faites « jusqu’ici ne sont qu’un jeu avant un véritable com- « bat, » Je n’ai fait encore que me jouer, « et vous