‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 51 sur 95 · SE RAILLER DES ERREURS · texte numérisé non relu

SE RAILLER DES ERREURS

rend vénérables ; et qu’il y a aussi deux choses dans les erreurs : l’impiété qui les rend horribles, et l’impertinence qui les rend ridicules. C’est pourquoi, comme les saints ont toujours pour la vérité ces deux sentiments d’amour et de crainte, et que leur sagesse est toute comprise entre la crainte qui en est le principe , et l’amour qui en est la Un , les saints ont aussi pour l’erreur ces deux sentiments de haine et de mépris, et leur zèle s’emploie également à repousser avec force la malice des impies, et à confondre avec risée leur égarement et leur folie.

Ne prétendez donc pas , mes pères , de taire accroire au monde que ce soit une chose indigne d’un chrétien de traiter les erreurs avec moquerie , puisqu’il est aisé de faire connaître à ceux qui ne le sauraient pas que cette pratique est juste , qu’elle est commune aux Pères de l’Église , et qu’elle est autorisée par l’Écriture , par l’exemple des plus grands saints , et par celui de Dieu même.

Car ne voyons-nous pas que Dieu hait et méprise les pécheurs tout ensemble, jusque-là même qu’à l’heure de leur mort , qui est le temps où leur état es^ le plus déplorable et le plus triste , la sagesse divine joindra la moquerie et la risée à la vengeance et à la fureur qui les condamnera à des supplices éternels? In interitu vestro ridebo et subsannabo. Ét les saints, agissant par le même esprit , en useront de même , puisque , selon David , quand ils verront la punition des méchants , « ils en trembleront et en riront « en même temps : Videbuntjusti ettimebunt, et super « eum ridebunt. » Ét Job en parle de même : Innocens subsannabit eos.

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Mais c’est une chose bien remarquable sur ce sujet, que , dans les premières paroles que Dieu a dites h l’homme depuis sa chute , on trouve un discours de moquerie, et une, ironie piquante, selon les Pères. Car, après qu’Adam eut désobéi , dans l’espérance que le démon lui avait donnée d’être fait semblable à Dieu, il paraît par l’Écriture que Dieu, en punition, le rendit sujet à. b mort; et qu’après l’avoir réduit à cette misérable condition qui était due à son péché , il se moqua de lui en cet état par ces paroles de risée : € Voilà l’homme qui est devenu comme l’un de nous ; Ecce Adam quasi unus ex nobis : » ce qui est une ironie sanglante et sensible dont Dieu le piquait vivement, selon saint Chrysostôme et les interprètes, c Adam , dit Rupert , méritait d’être raillé par cette « ironie, et on lui faisait sentir sa folie bien plus vi- « vement par cette expression ironique que par une « expression sérieuse. » Et Hugues de Saint-Victor, ayant dit la même chose , ajoute que « cette ironie « était due à sa sotte crédulité ; » et que * cette es- « pèce de raillerie est une action de justice , lorsque « celui envers qui on en use l’a méritée. >

Vous voyez donc , mes pères , que la moquerie est quelquefois plus propre à faire revenir les hommes de leurs égarements, et qu’elle est alors une action de justice ; parce que, comme dit Jérémie, « les ac- « tions de ceux qui errent sont dignes de risée à cause € de leur vanité r .wnoswnï, et risu digna. » Et c’est si peu une impiété de s’en rire , que c’est l’effet d’une sagesse divine, selon cette parole de saint Augustin : < Les sages rient des insensés , parce qu’ils sont sa- « ges, non pas de leur propre sagesse, mais de cette

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