‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 55 sur 95 · VASQUEZ TOUCHAIS T L’AUMONE · texte numérisé non relu

VASQUEZ TOUCHAIS T L’AUMONE

Réfutation des chicanes des jésuites sur l’aumône et suî la simonie.

Du 9 septembre 16S6.

Mes révérends pères ,

J’étais prêt à vous écrire sur le sujet des injures que vous me dites depuis si longtemps dans vos écrits, où vous m’appelez « impie, bouffon, ignorant, far- « ceur, imposteur, calomniateur, fourbe , hérétique , a calviniste déguisé, disciple de Dumoulin, possédé « d’une légion de diables, » et tout ce qu’il vous plaît. Je voulais faire entendre au monde pourquoi vous me traitez de la sorte , car je serais fâché qu’on crût tout cela de moi; et j’avais résolu de me plaindre de vos calomnies et de vos impostures, lorsque j’ai vu vos réponses, où vous m’en accusez moi-même. Vous m’avez obligé par là de changer mon dessein ; et néanmoins je ne laisserai pas de le continuer en quelque sorte, puisque j’espère , en me défendant, vous convaincre de plus d’impostures véritables que vous ne m’en ave^z imputé de fausses. En vérité, mes pères, vous en êtes plus suspects que moi ; car il n’est pas vraisemblable qu’étant seul comme je suis, sans force et sans aucun appui humain contre un si grand uorps, et n’étant soutenu que par la vérité et la sincérité , je me sois exposé à tout perdre, en m’exposant à être convaincu d’imposture. 11 est trop aisé de découvrir les faussetés dans les questions de fait comme celle-ci. Je ne manquerais pas de gens pour m’en accuser, et

la justice ne leur en serait pas relusée. Pour vous, mes pères, vous n’êtes pas en ces termes; et vous pouvez dire contre moi ce que vous voulez , sans que je trouve à qui m’en plaindre. Dans cette différence de nos conditions, je ne dois pas être peu retenu, quand d’autres considérations ne m’y engageraient pas. Cependant vous me traitez comme un imposteur insigne, et ainsi vous me forcez à repartir : mais vous savez que cela ne se peut faire sans exposer de nouveau , et même sans découvrir plus à fond les points de votre morale; en quoi je doute que vous soyez bons politiques. La guerre se fait chez vous et à vos dépens ; et, quoique vous ayez pensé qu’en embrouillant les questions par des termes d’écule, les réponses en seraient si longues , si obscures et si épineuses , qu’on en perdrait le goût , cela ne sera peut-être pas tout à fait ainsi ; car j’essayerai de vous ennuyer le moins qu’il se peut en ce genre d’écrire. Vos maximes ont je ne sais quoi de divertissant qui réjouit toujours le monde. Souvenez-vous au moins que c’est vous qui m’engagez d’entrer dans cet éclaircissement, et voyons qui se défendra le mieux

La première de vos impostures est « sur l’opinion « de Vasquez touchant l’aumône. » Souffrez donc que je l’explique nettement , pour ôter toute obscurité de nos disputes. C’est une chose assez connue, mes pères, que, selon l’esprit de l’Église il y a deux préceptes touchant l’aumône ; « l’un , de donner de son « surperflu dans les nécessités ordinairesdes pauvres; « l’autre, de donner même de ce qui est nécessaire, « selon sa condition, dans les nécessités extrêmes. » C’est ce que dit Cajetan , après saint Thomas : de

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