SENT. DES JES. SUR LES BANQUEROUTIERS
plus que je ne devais faire. Mais vous , mes pères , rous ne faites pas ce que vous devez : car il est question de répondre au passage d’Escobar, dont les décisions sont commodes , en ce qu’étant indépendantes du devant et de la suite, et toutes renfermées en de petits articles, elles ne sont pas sujettes à vos distinctions. Je vous ai cité son passage entier, qui permet à ceux qui font cession de « retenir de leurs biens , « quoique acquis injustement, pour faire subsister « leur famille avec bonneur.» Sur quoi je me suis écrié dans mes Lettres : « Comment ! mes pèrés, par quelle « étrange charité voulez-vous que les biens apparlien- « nent plutôt à ceux qui les ont mal acquis qu’aux « créanciers légitimes? » C’est à quoi il faut répondre : mais c’est ce qui vous met dans un fâcheux embarras, que vous essayez en vain d’éluder en détournant la question , et citant d’autres passages de Lessius , desquels il ne s’agit point. Je vous demande donc si cette maxime d’Escobar peut être suivie en conscience par ceux qui font banqueroute? Et prenez garde à ce que vous direz. Car si vous répondez que non , que devien dra votre docteur, et votre doctrine de la probabilité? Et SI vous dites que oui , je vous renvoie au parlement.
Je vous laisse dans cette peine , mes pères ; car je n’ai plus ici de place pour entreprendre l’imposture suivante sur le passage de Lessius touchant l’homicide; ce sera pour la première fois , et le reste ensuite.
Je ne vous dirai rien cependant sur les avertissements pleins de faussetés scandaleuses par où vous finissez chaque imposture : je repartirai à tout ce'a dans la lettre où j’espère montrer la source de vos ca ■
lomnies. Je vous plains, mes pères, d'avoir recours à de tels remèdes. Les injures que vous me dites n’éclairciront pas nos différends , et les menaces que vous me faites en ‘ant de façons ne m’empêcheront pas de me défendre. Vous croyez avoir la force et l’impunité, mais je crois avoir la vérité et l’innocence C’est une étrange et longue guerre que celle où la violence essaye d’opprimer la vérité. Tous les efforts de la violence ne peuvent affaiblir la vérité, et ne servent qu’à la relever davantage. Toutes les lumières de la vérité ne peuvent rien pour arrêter la violence , et ne font que l’irriter encore plus. Quand la force combat la force , la plus puissante détruit la moindre : quand on oppose les discours aux discours , ceux qui sont véritables et convaincants confondent et dissipent ceux qui n’ont que la vanité et le mensonge ; mais la violence et la vérité ne peuvent rien l’une sur l’autre. Qu’on ne prétende pas de là néanmoins que les choses soient égales ; car il y a cette extrême différence , que la violence n’a qu’un cours borné par l’ordre de Dieu, qui en conduit les effets à la gloire de la vérité qu’elle attaque; au lieu que la vérité subsiste éternellement, et triomphe enfin de ses ennemis, parce qu’elle est éternelle et puissante comme Dieu même (1).
{i) ... . Vous avez lu cent fois le passage où Pascal , après avoir décrit avei une admirable énergie la longue et étrange guerre de la violence et de la vérité deux puissances , dit-il , qui ne peuvent rien l’une sur l’autre , prédit cependant la triomphe de la vérité, parce qu’elle est éternelle et puissante comme Dieu même. Démosthènes , Chrysoslôme ou Bossuet, inspirés par la tribune, ocî- ils rien de plus fort et de plus sublime que ces paroles jetées à la fin d’une lettre polémique ? Cette grande éloquence est le ton naturel des dernières Provinciales. Toul y est amer, véhément , passionné. Villemain, Mélanges historiques et litté* raires. Paris, 1830; in-8°, tom. 1, pag. 363.
Que la doctrine de Lessius sur Thomicide est la môme que celle de Victoria. — Combkn il est facile de passer de la spéculation k la pratique. — Pourquoi les jésuites se sont servis de cette vaine distinction , et combien elle est inutile pour les îustifler.
Du 30 septembre IGîîG,
Mes révérends pères,
Je viens de voir votre dernier écrit , où vous continuez vos impostures jusqu’à la vingtième , en déclarant que vous finissez par là cette sorte d’accusation , qui faisait votre première partie , pour en venir à la seconde , où vous devez prendre une nouvelle manière de vous défendre , en montrant qu’il y a bien d’autres casuistes que les vôtres qui sont dans le relâchement, aussi bien que vous. Je vois donc maintenant, mes pères , à combien d’impostures j’ai à répondre ; et , puisque la quatrième où nous en sommes demeurés est sur le sujet de l’homicide , il sera à propos , en y répondant, de satisfaire en même temps aux 11, 13, 14, 15, 16, 17 et 18®, qui sont sur le même sujet.
Je justifierai donc dans cette lettre la vérité de mes citations contre les faussetés que vous m’imposez. Mais parce que vous avez osé avancer dans vos écrits « que € les sentiments de vos auteurs sur le meurtre sont t conformes aux décisions des papes et des lo\s ecclé- « siastiques, » vous m’obligerez à détruire, dans ma lettre suivante, une proposition si téméraire et si injurieuse à l’Église. Il importe de faire voir quelle est exempte de vos corruptions, afin que les hérétiques ne puissent pas se prévaloir de vÔ!^ égarements pour
en tirer des conséquences qui la déshonorent. Et ainsi, en voyant d’une part vos pernicieuses maximes , et de l’autre les canons de l’Église qui les ont toujours condamnées , on trouvera tout ensemble , et ce qu’<«i doit éviter, et ce qu’ô^n doit suivre.
Votre quatrième imposture est sur une maxime touchant le meurtre, que vous prétendez que j’ai faussement attribuée à. Lessius. C’est celle-ci : « Celui qui « a reçu un soufflet peut poursuivre à l’heure même « son ennemi , et même à coups d’épée , non pas pour « se venger, mais pour réparer son honneur. » Sur quoi vous dites que cette opinion -là est du casuiste Victoria. Et ce n’est pas encore là le sujet de la dispute : car il n’y a point de répugnance à dire qu’elle soit tout ensemble de Victoria et de Lessius, puisque Lessius dit lui-même qu’elle est aussi de Navarre et de votre père Henriquez , qui enseignent < que celui U qui a reçu un soufflet peut à l’heure même poursui- « vre son homme , et lui donner autant de coups qu’il « jugera nécessaire pour réparer son honneur. » Il est donc seulement question de savoir si Lessius est du sentiment de ces auteurs , aussi bien que son confrère. Et c’est pourquoi vous ajoutez que c Lessius ne rap- « porte cette opinion que pour la réfuter ; et qu’ainsi « je lui attribue un sentiment qu’il n’allègue que pour « le combattre, qui est l’action du monde la plus lâche < et la plus honteuse à un écrivain. » Or je soutiens , mes pères , qu’il ne la rapporte que pour la suivre. C’est une question de fait qu’il sera bien facile de décider. Voyons donc comment vous prouvez ce que vous dites , et vous verrez ensuite comment je prouve ce que je dis.
DOr.TRINE DES JÉSUITES SUR L’HOMICIDE. 243
Pour montrer que Lessius n’est pas de ce sentiment, vous dites qu’il en condamne la pratique. El, pour prouver cela , vous rapportez un de ses passages, lis\ 2, c. 9, n , 82, où il dit ces mots : «* J’en condamne la pra- « tique. > Je demeure d’accord que , si on cherche ces paroles dans Lessius, au nombre 82, où vous les citez, on les y trouvera. Mais que dira-t-on , mes pères , quand on verra en même temps qu’il traite en cet endroit d’une question toute différente de celle dont nous parlons , et que l’opinion , dont il dit en ce lieu-là qu’il en condamne la pratique , n’est en aucune sorte celle dont il s’agit ici , mais une autre toute séparée? Cependant il ne faut , pour en être éclairci , qu’ouvrir le livre même où vous renvoyez ; car on y trouvera toute la suite de son discours en cette manière.
Il traite la question, « savoir si on peut tuer pour un « soufflet , 1 au n. 79, et il la finit au n. 80, sans qu’il y ait en tout cela un seul mot de condamnation. Celte question étant terminée , il en commence une nouvelle en l’art. 81 , « savoir si on peut tuer pour des média sauces. » Et c’est sur celle-là qu’il dit, au n. 82, ces paroles que vous avez citées : a J’en condamne la t pratique. »
N’est-ce donc pas une chose honteuse , mes pères , que vous osiez produire ces paroles , pour faire croire que Lessius condamne l’opinion qu’on peut tuer pour un soufflet , et que , n’en ayant rapporte en tout que cette seule preuve , vous triomphiez là-dessus , en disant, comme vous faites : « Plusieurs personnes d’hon- « neur dans Paris ont déjà reconnu cette insigne faus* ^ seté par la lectuie de Lessius, et ont appris par là « quelle créance on doit avoir à ce calomniateur? »
Ui TREIZIÈME LETTRE.
Quoi! mes pères , est-ce ainsi que vous abusez de la créance que ces personnes d’honneur ont en vous? Pour leur faire entendre que Lessius n’est pas d’un sentiment , vous leur <ouvrez son livre en un endroit où il en condamne un autre. Et comme ces personnes n’entrent pas en défiance de votre bonne foi , et ne pensent pas à examiner s’il s’agit en ce lieu-là de la question contestée, vous trompez ainsi leur crédulité. Je m’assure , mes pères , que , pour vous garantir d’un si honteux mensonge , vous avez eu recours à votre doctrine des équivoques , et que , lisant ce passage lout haut , vous disiez tout bas qu’il s’y agissait d’une autre matière. Mais je ne sais si cette raison , qui suffit bien pour satisfaire votre conscience , suffira pour satisfaire la juste plainte que vous feront ces gens d’honneur quand ils verront que vous les avez joués de cette sorte.
Empêchez-les donc bien, mes pères, de voir mes lettres , puisque c’est le seul moyen qui vous reste pour conserver encore quelque temps votre crédit. Je n’en use pas ainsi des vôtres : j’en envoie à tous mes amis; je souhaite que tout le monde les voie; et je crois que nous avons tous raison. Car enfin, après avoir publié cette quatrième imposture avec tant d’éclat, vous voilà décriés, si on vient à savoir que vous y avez supposé un passage pour un autre. On jugera facilement que , si vous eussiez trouve ce que vous demandiez au lieu même où Lessius traite cette matière, vous ne l’eussiez pas été chercher ailleurs; et que vous n’y avez eu recours que parce que vous n’y voyiez rien qui fût favorable à votre dessein. Vous vouliez faire trouver dans Lessius ce que vous dites dans votre imposture, pag. 10, lig. 12 : « Qu’il