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SUR LA CENSURE DE M. ARNAULD

schismes , les attentats , qu'on leur reproche depuis si longtemps ; de quelle sorte on les a décriés et noircis dans les chaires et dans les livres , et combien ce torrent, qui a eu tant de violence et de durée, était grossi dans ces dernières années , où on les accusait ouvertement et publiquement d’être non-seulement hérétiques et schismatiques, mais apostats et infidèles; « de (( nier le mystère de la transsubstantiation, et de re- « noncer à Jésus-Christ et à l’Évangile. »

Ensuite de tant d’accusations si surprenantes (1), ^ a pris le dessein d’examiner leurs livres pour en faire le jugement. On a choisi la seconde lettre de M. Ârnauld, qu’on disait être remplie des plus grandes (2) erreurs. On lui donne pour examinateurs ses plus déclarés ennemis. Ils emploient toute leur étude à rechercher ce qu’ils y pourraient reprendre; et ils en rapportent une proposition touchant la doctrine, qu’ils exposent à la censure.

Que pouvait-on penser de tout ce procédé, sinon que cette proposition , choisie avec des circonstances si remarquables , contenait l’essence des plus noires hérésies qui se puissent imaginer? Cependant elleétait telle, qu’on n’y voit rien qui ne soit si clairement et si formellement exprimé, dans les passages des Pères que M. Arnauld a rapportés en cet endroit, que je n’ai vu personne qui en pût comprendre la différence. On s’imaginait néanmoins qu’il y en avait beaucoup , puisque, les passages des Pères étant sans doute catholiques, il fallait que la proposition de M. Arnauld y fûl extrêmement (3) contraire pour être hérétique

(4) Var. SI atroces , édit, de 1637.

(î) Var. détestables , ibid.

U) Var horriblement » ibid»

C’était de la Sorbonne qu’on attendait cet éclaircissement. Toute la chrétienté avait les yeux ouverts pour voir dans la censure de ces docteurs ce point imperceptible au commun des hommes. Cependant M. Arnauld fait ses apologies , où il donne en plusieurs colonnes sa proposition , et les passages des Pères d’où il l’a prise , pour en faire paraître la conformité aux moins clairvoyants.

Il fait voir que saint Augustin dit , en un endroit qu’il cite, « que Jésus-Christ nous montre un juste en la « personne de saint Pierre , qui nous instruit par sa « chute de fuir la présomption. » Il en rapporte un autre du même Père, qui dit « que Dieu, pour mon- « trer que sans la grâce on ne peut rien, a laissé saint « Pierre sans grâce. » Il en donne un autre de saint Chrysostôme , qui dit « que la chute de saint Pierre « n’arriva pas pour avoir été froid envers Jésus-Christ, « mais parce que la grâce lui manqua; et qu’elle n’ar- « riva pas tant par sa négligence que par l’abandon de « Dieu , pour apprendre à toute l’Église que sans Dieu « l’on ne peut rien.» Ensuite de quoi il rapporte sa proposition accusée , qui est celle-ci : « Les Pères nous * montrent un justeenlapersonnedesaintPierre, àqui « la grâce, sans laquelle on ne peut rien, a manqué. »

C’est sur cela qu’on essaye en vain de remarquer comment il se peut faire que l’expression de M. Arnauld soit autant différente de celle des Pères que la vérité l’est de l’erreur , et la foi de l’hérésie. Car où en pourrait-on trouver la différence? Serait-ce en ce qu’il dit « que les Pères nous montrent un juste en « la personne de saint Pierre? » Mais saint Augustin l’a dit en mots propres. Est-ce en ce qu’il dit

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