‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 8 sur 95 · SUR LA CENSURE I)E M. ARNAULD · texte numérisé non relu

SUR LA CENSURE I)E M. ARNAULD

« que la grâce lui a manqué? » Mais le même saint Augustin, qui dit « que saint Pierre était juste, » dit « qu’il n’avait pas eu la grâce en cette rencontre. » Est-ce en ce qu’il dit « que sans la grâce on ne peut « rien? » Mais n’est-ce pas ce que saint Augustin dit au même endroit , et ce que saint Chrysostôme même avait dit avant lui, avec cette seule différence qu’il l’exprime d’une manière bien plus forte ; comme en ce qu’il dit « que sa chute n’arriva pas par sa froideur, ni « par sa négligence, mais par le défaut de la grâce, et « par l’abandon de Dieu? »

Toutes ces considérations tenaient tout le monde en haleine , pour apprendre en quoi consistait donc celte diversité , lorsque cette censure si célèbre et si attendue a enfin paru après tant d’assemblées. Mais, hélas! elle a bien frustré notre attente. Soit que les docteurs molinistes n’aient pas daigné s’abaisser jusqu’à nous en instruire , soit pour quelque autre raison secrète , ils n’ont fait autre chose que prononcer ces paroles : « Cette proposition est téméraire , impie, blasphéma- « toire, frappée d’anathème, et hérétique. »

Croiriez- vous , monsieur, que la plupart des gens, se voyant trompés dans leur espérance, sont entrés en mauvaise humeur, et s’en prennent aux censeurs mêmes? Ils tirent de leur conduite des conséquences admirables pour l’innocence de M. Arnauld. Eh quoil disent-ils , est-ce là tout ce qu’ont pu faire durant si longtemps tant de docteurs si acharnés sur un seul , que de ne trouver dans tous ses ouvrages que trois lignes à reprendre, et qui sont tirées des propres paroles des plus grands docteurs de l’Église grecque et latine? y a-t-il un auteur qu’on veuille perdre, dontt'*'

écrits n'en donnent un plus spécieux prétexte? Et quelle plus haute marque peut-on produire de la foi de cet illustre accusé?

B’ où vient , disent-ils , qu’on pousse tant d’imprécations qui se trouvent dans cette censure, où l’on assemble tous ces termes « de poison , de peste , d’hor- « reur, de témérité, d’impiété, de blasphème, d’abo- « mination, d’exécration, d’anathème, d’hérésie, » qui sont les plus horribles expressions qu'on pourrait former contre Arius, et contre l’Antéchrist même, pour combattre une hérésie imperceptible, et encore sans la découvrir? Si c’est contre les paroles des Pères qu’on agit de la sorte, où est la foi etla tradition?Si c’est contre la proposition deM. Arnauld, qu’on nous montre en quoi elle en est différente , puisqu’il ne nous en paraît autre chose qu’une parfaite conformité. Quand nous en reconnaîtrons le mal , nous l’aurons en détestation ; mais tant que nous ne le verrons point , et que nous n’y trouverons que les sentiments des saints Pères , conçus et exprimés en leurs propres termes, comment pourrions-nous l’avoir sinon en une sainte vénération?

Voilà de quelle sorte ils s’emportent; mais ce sont des gens trop pénétrants. Pour nous , qui n’approfondissons pas tant les choses , tenons-nous en repos sur le tout. Voulons-nous être plus savants que nos maîtres , n’entreprenons pas plus qu’eux. Nous nous égarerions dans cette recherche. Il ne faudrait rien pour rendre cette censure hérétique. La vérité est si déli cate , que , pour peu qu’on s’en retire , on tombe dans l'erreur ; mais cette erreur est si déliée, que, pour peu qu’on s’en éloigne, on se trouve dans la vérité. Il n’y

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