E P. BRISACIER CONVAINCU DE CALOMNIE
traire à vos fins, il a fallu mettre votre confiance au mensonge, comme dit un prophète. Vous avez dit: ^‘Les « malheurs qui affligent les hommes ne viendront pas € jusqu’à nous; car nous avons espéré au m'nsonge « et le mensonge nous protégera. » Mais que leur ré pond le prophète? « D’autant, dit-il , que vous ave « mis votre espérance en la calomnie et au tumulte, < sperastis in caliimnia et in tumultii^ cette iniquité € vous sera imputée, et votre ruine sera semblable » à celle d’une haute muraille qui tombe d’une chute f imprévue, et à celle d’un vaisseau de terre qu’on € brise et quon écrase en toutes ses parties, par un € eflbrt si puissant et si universel , qu’il n’en restera € pas un têt avec lequel on puisse puiser un peu d’eau, € ou porter un peu de feu ; parce que (comme dit un c autre prophète) vous avez affligé le cœur du juste, € que je n’ai point affligé moi-même, et vous avez € flatté et fortifié la malice des impies. Je retirerai c donc mon peuple de vos mains , et je ferai connaître € que je suis leur Seigneu^et le vôtre. ^
Oui , mes pères , il faut espérer que, si vous ne changez d’esprit. Dieu retirera de vos mains ceux que vous trompez depuis si longtemps , soit en les laissant dans leurs désordres par votre mauvaise conduite, soit en les empoisonnant par vos médisances. Il fera concevoir aux uns que les fausses règles de vos casuistcs ne les mettront point à couvert de sa colère ; et il imprimera dans l’esprit des autres la juste crainte de se perdre en vous écoutant, et en ajoutant foi à vos impostures; comme vous vous perdez vous-mêmes en les inventant et en les semant dans le monde. Car il ne s’y faut pas tromper : on ne se moque point de Dieu,
et on ne viole point impunément le commandement qu’{! nous a fait dans l’Évangile , de ne point condamner notre prochain sans être bien assuré qu’il est coupable. Et ainsi , quelque profession de piété que fassent ceux qui se rendent faciles à recevoir vos mensonges, et sous quelque prétexte de dévotion qu’ils le fassent , ils doivent appréhender d’être exclus du royaume de Dieu pour ce seul crime , d’avoir imputé d’aussi grands crimes que 1 hérésie et le schisme à des prêtres catholiques et à de saintes religieuses , sans autres preuves que des impostures aussi grossières que les vôtres. « Le démon, dit M. de Genève (1), « est sur la langue de celui qui médit, et dans l’oreille « de celui qui l’écoute. Et la médisance , dit saint « Bernard , Serm. 24 in cant. , est un poison qui éteint « la charité en l’un et en l’autre. De sorte qu’une seule « calomnie peut être mortelle à une infinité d’âmes, « puisqu’elle tue non-seulement ceux qui la publient, « mais encore tous ceux qui ne la rejettent pas. »
Mes révérends pères , mes lettres n’avaient pas accoutumé de se suivre de si près , ni d’être si étendues. Le peu de temps que j’ai eu a été cause de l’un et de l’autre. Je n’ai fait celle-ci plus longue que parce que je n’ai pas eu le loisir de la faire plus courte. La raison qui m’a obligé de me hâter vous est mieux connue qu’à moi. Vos réponses vous réussissaient mal. Vous avez bien fait de changer de méthode ; mais je ne sais si vous avez bien choisi , et si le monde ne dira pas que vous avez eu peur des bénédictins.
(4) Saint Fraiiçoi& de Saleg
MONTALTE JUSTIFIÉ. 33i
Je viens d’apprendre que celui que tout le monde faisait auteur de vos apologies les désavoue, et se fâche qu’on les lui attribue. 11 a raison , et j’ai eu tort de Ten avoir soupçonné ; car, quelque assurance qu’on m’eu eût donnée, je devais penser qu’il avait trop de jugement pour croire vos impostures , et trop d’honneur pour les publier sans les croire. Il y a peu de gens du monde capables de ces excès qui vous sont propres , et qui marquent trop votre caractère , pour me rendre excusable de ne vous y avoir pas reconnus. Le bruit commun m’avait emporté. Mais cette excuse, qui serait trop bonne pour vous, n’est pas suffisante pour moi , qui fais profession de ne rien dire sans preuve certaine , et qui n’en ai dit aucune que celle-là. Je m’en repens , je la désavoue , et je souhaite que vous profitiez de mon exemple.