FANTOME D’UNE NOUVELLE HÉRÉSIE
scrit le livre De la sainte virginité (I). On ouvrirait tous les troncs de Paris sans que j’en fusse moins catholique. El enfin je vous déclare hautement et nettement que personne ne répond de mes lettres que moi, et que je ne réponds de rien que de mes lettres.
Je pourrais en demeurer là , mon père , sans parler de ces autres personnes que vous traitez d’hérétiques pour me comprendre dans cette accusation. Mais comme j’en suis l’occasion , je me trouve engagé en quelque sorte à me servir de cette même occasion pour en tirer trois avantages; car c’en est un bien considérable de faire paraître l’innocence de tant de personnes calomniées. C’en est un autre , et bien propre à mon sujet , de montrer toujours les artifices de votre politique dans cette accusation. Mais celui que j’estime le plus est que j’apprendrai par là à tout le monde la fausseté de ce bruit scandaleux que vous semez de tous côtés , que « l’Église est divisée par une nouvelle hé- « résie. » Et comme vous abusez d’une infinité de personnes en leur faisant accroire que les points sur lesquels vous essayez d’exciter un si grand orage sont essentiels à la foi , je trouve d’une extrême importance de détruire ces fausses impressions , et d’expliquer ici nettement en quoi ils consistent , pour montrer qu’en effet il n’y a point d’hérétiques dans l’Église.
Car n’est-il pas vrai que , si Ton demande en quoi
(4) Ce livre De la sainte virginité est une traduction que le père Seguenot prêtre de l’Oratoire^ avait faite d’un livre de saint Augustin. Jusque-là il n'y avaii rien à reprendre ; mais ce père y joignit quelques remarques bizarres et singulière! qui ont mérité une juste censure ; et comme ce livre venait d’un père de l'Oratoire, dont la congrégation a toujours été attachée à la doctrine de saint Augustin, on chercha à en faire retomber le blâme sur les jansénistes. [JSote de l'édit, 1812.)
consiste l’hèrésie de ceux que vous appelez jansénistes, on répondra incontinent que c’est en ce que ces genslà disent que « Jes commandements de Dieu sont im- « possibles; qu’on n’a pas la liberté de faire le bien « et le mal ; que Jésus-Christ n’est pas mort pour tous « les hommes , mais seulement pour les prédestinés ; « et enfin qu’ils soutiennent les cinq propositions con- « damnées par le pape? » Ne faites-vous pas entendre que c’est pour ce sujet que vous persécutez vos adversaires? N’est-ce pas ce que vous dites dans vos livres , dans vos entretiens, dans vos catéchismes, comme vous fîtes encore les fêtes de Noël à Saint-Louis , en demandant à une de vos petites bergères : « Pour qui « est venu Jésus-Christ, ma fille? — Pour tous les « hommes , mon père. — Eh quoi ! ma fille, vous n’ê- « tes donc pas de ces nouveaux hérétiques qui disent « qu’il n’est venu que pour les prédestinés? » Les enfants vous croient là-dessus , et plusieurs autres aussi ; car vous les entretenez de ces mêmes fables dans vos sermons , comme votre père Crasset à Orléans , qui en a été interdit. Et je vous avoue que je vous ai cru aussi autrefois. Vous m’aviez donné cette même idée de toutes ces personnes-là. De sorte que, lorsque vous les pressiez sur ces propositions, j’observais avec attention quelle serait leur réponse; et j’étais fort disposé à ne les voir jamais , s’ils n’eussent déclaré qu’ils y renonçaient comme à des impiétés visibles. Mais ils le firent bien hautement. Car M. de Sainte-Beuve , professeur du roi en Sorbonne , censura dans ses écrits publics ces cinq propositions longtemps avant le pape; et ces docteurs firent paraître plusieurs écrits , et entre autres celui De la grâce victorieuse qu’ils produisirent