‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 76 sur 95 · DISPUTE SUR LE SENS DE JANSÉNIUS · texte numérisé non relu

DISPUTE SUR LE SENS DE JANSÉNIUS

en même temps, où ils rejettent ces propositions, et comme hérétiques, et comme étrangères. Car ils disent, dans la préface, que « ce sont des propositions « hérétiques et luthériennes, fabriquées et forgées à « plaisir, qui ne se trouvent ni dans Jansénius ni dans a ses défenseurs ; » ce sont leurs termes. Ils se plaignent de ce qu’on les leur attribue, et vous adressent pour cela ces paroles de saint Prosper, le premier disciple de saint Augustin leur maître, à qui les semipélagiens de France en imputèrent de pareilles pour le rendre odieux. « Il y a , dit ce saint , des personnes « qui ont une passion si aveugle de nous décrier, qu’ils

en ont pris un moyen qui ruine leur propre réputa- « tion. Car ils ont fabriqué à dessein de certaines « propositions pleines d’impiétés et de blasphèmes , « qu’ils envoient de tous côtés pour faire croire que « nous les soutenons au même sens qu’ils ont exprimé tt par leur écrit. Mais on verra, par cette réponse, K et notre innocence et la malice de ceux qui nous tt ont imputé ces impiétés , dont ils sont les uniques « inventeurs. >

En vérité, mon père, lorsque je les ouïs parler de la sorte avant la constitution ; quand je vis qu’ils la reçurent ensuite avec tout ce qui se peut de respect, qu’ils offrirent de la souscrire, et que M. Arnauld eut déclaré tout cela, plus fortement que je ne le puis rapporter, dans toute sa seconde lettre , j’eusse cru pécher de douter de leur foi. Et en effet , ceux qui avaient voulu refuser l’ahsolulion à leurs amis avant la lettre de M. Arnauld ont déclaré depuis qu’après qu’il avait si nettement condamné ces erreurs qu’on lui imputait, il n’y ayait aucune raison de le retrancher ni lui , ni

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ses amis , de TÉglise. Mais vous n'en avez pas usé de même ; et c’est sur quoi je commençai à me défier que vous agissiez avec passion. Car, au lieu que vous les aviez menacés de leur faire signer cette constitution quand vous pensiez qu’ils y résisteraient, lorsque vous vîtes qu’ils s’y portaient d’eux-mêmes, vous n’en parlâtes plus. Et quoiqu’il semblât que vous dussiez après cela être satisfait de leur conduite, vous ne laissâtes pas de les traiter encore d’hérétiques, « parce, disiez- « vous , que leur cœur démentait leur main , et qu’ils a étaient catholiques extérieurement et hérétiques in- « térieurement , comme vous-même l’avez dit dans « votre Rép, à quelques demandes, p. 27 et 47. »

Que ce procédé me parut étrange , mon père ! Car de qui n’en peut-on pas dire autant? Et quel trouble n’exciterait-on point par ce prétexte ! « Si Ton refuse , « dit saint Grégoire pape, de croire la confession de « foi de ceux qui la donnent conforme aux sentiments « de l’Église , on remet en doute la foi de toutes les « personnes catholiques. » Regist,, l, 5, ep. 15. Je craignis donc , mon père , que « votre dessein ne fût « de rendre ces personnes hérétiques sans qu’elles le f fussent , » comme parle le même pape sur une dispute pareille de son temps; « parce, dit-il , que ce « n’est pas s’opposer aux hérésies, mais c’est faire « une hérésie, que de refuser de croire ceux qui par « leur confession témoignent d’être dans la véritable « foi : Hoc non hæresim pur gare ^ sed facere. a Ep, 16. » Mais je connus en vérité qu’il n’y avait point en effet d’hérétiques dans l’Église, quand je vis qu’ils s’étaient si bien justifiés de toutes ces hérésies, que vous ne pûtes plus les accuser d’aucune er*

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