‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 77 sur 95 · L’ËGLISE FAILLIBLE DANS LES FAITS · texte numérisé non relu

L’ËGLISE FAILLIBLE DANS LES FAITS

reur contre ta foi , et que vous fûtes réduit à les entreprendre seulement sur des questions de fait touchant Jansénius , qui ne pouvaient être matière d’hérésie. Car vous les voulûtes obliger à « reconnaître que ces f propositions étaient dans Jansénius, mot à mot, f toutes, et en propres termes, * comme vo-us l’écrivîtes encore vous-même : Singulares, individiiœ, to-tidem verbis apiid Janseniurn contentoSy dans vos CavilUy p. 39.

Dès lors votre dispute commença à me devenir indifférente. Quand je croyais que vous disputiez de la vérité ou de la fausseté des propositions , je vous écoutais avec attention, car cela touchait la foi : mais quand je vis que vous ne disputiez plus que pour savoir si elles étaient mot à mot dans Jansénius ou non, comme la religion n’y était plus intéressée , je ne m’y intéressai plus aussi. Ce n’est pas qu’il n y eût bien de l’apparence que vous disiez vrai : car de dire que des paroles sont mot à mot dans un auteur, c’est à quoi Ton ne peut se méprendre. Aussi je ne m’étonne pas que tant de personnes, et en Eranœ et à Rome, aient cru, sur une expression si peu suspecte, que Jansénius les avait enseignées en effet. Et c’est pourquoi je ne fus pas peu surpris d’apprendre que ce même point de fait, que vous aviez proposé comme si certain et si important, était faux , et qu’on vous défia de citer les pages de Jansénius où vous aviez trouvé ces propositions mot à mot y sans que vous l’ayez jamais pu faire.

Je rapporte toute cette suite , parce qu’il me semble que cela découvre assez l’esprit de votre société en toute cette affaire, et qu’on admirera de voir que, malgré' tout ce que je viens de dire , vous n’ayez pas

cessé de publier qu’ils étaient toujours hérétiques. Mais vous avez seulement changé leur hérésie selon le temps; car, à mesure qu’ils se justifiaient de l’une, vos pères en substituaient une autre, afin qu’ils n’en fussent jamais exempts. Ainsi, en 1653, leur hérésie était sm la qualité des propositions. Ensuite elle fut sur le mot à mot. Depuis , vous la mîtes dans le coeur. Mais aujourd’hui on ne parle plus de tout cela ; et l’on veut qu’ils soient hérétiques , s’ils ne signent que « le € sens de la doctrine de Jansénius se trouve dans le I sens de ces cinq propositions. »

Voilà le sujet de votre dispute présente. Il ne vous suffit pas qu’ils condamnent les cinq propositions et encore tout ce qu’il y aurait dans Jansénius qui pourrait y être conforme et contraire à saint Augustin ; car ils font tout cela. De sorte qu’il n’est pas question de savoir, par exemple , si « Jésus-Christ n’est mort que « pour les prédestinés; » ils condamnent cela aussi bien que vous , mais si Jansénius est de ce sentimentlà ou non. Et c’est sur quoi je vous déclare plus que jamais que votre dispute me touche peu, comme elle touche peu l’Église. Car, encore que je ne sois pas docteur non plus que vous , mon père , je vois bien néanmoins qu’il n’y va point de la foi , puisqu’il n’est question que de savoir quel est le sens de Jansénius. S’ils croyaient que sa doctrine fût conforme au sens propre et littéral de ces propositions , ils la condamneraient ; et ils ne refusent de le faire que parce qu’ils sont persuadés qu’elle en est bien diflérente : ainsi quand ils l’entendraient mal , ils ne seraient pas hérétiques , puisqu’ils ne l’entendent qu’en un sens catholique.

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