JANSENIUS D’ACCORD AVEC LES THOMISTES
€ notre cœur, par l’empire que sa majesté suprême a € sur les volontés des hommes aussi bien que sur le € reste des créatures qui sont sous le ciel , selon saint f Augustin. »
C’est encore selon ces principes que nous agissons de nous-mêmes ; ce qui fait que nous avons des mérites qui sont véritablement nôtres contre l’erreur de Calvin; et que f néanmoins Dieu étant le premier € principe de nos actions , et faisant en nous ce qui f lui est agréable , * comme dit saint Paul , « nos méc rites sont des dons de Dieu , * comme dit le concile de Trente.
C’est par là qu’est détruite cette impiété de Luther, condamnée par le même concile : « Que nous ne coo- € pérons en aucune sorte à notre salut , non plus que c des choses inanimées ; » et c’est par là qu’est encore détruite l’impiété de l’école de Molina , qui ne veut pas reconnaître que c’est la force de la grâce même qui fait que nous coopérons avec elle dans l’œuvre de notre salut ; par où il ruine ce principe de foi établi par saint Paul (1) : « Que c’est Dieu qui forme en nous f et la volonté et l’action, i»
Et c’est enfin par ce moyen que s’accordent tous ces passages de l’Écriture , qui semblent les plus opposés : f Convertissez-vous à Dieu ; Seigneur, conver- € tissez-nous à vous. Rejetez vos iniquités hors de € vous. C’est Dieu qui ôte les iniquités de son peuple € Faites des œuvres dignes de pénitence : Seigneur,
€ vous avez fait en nous toutes nos œuvres. Faites-
(1) Le comte de Maistre dit à propos üe ce paragraphe : c la conscience d’un mo- y ftulman, pour peu qu’il connût notre religion et nos maximes, serait révoltée de ce rapprochement . . ! Il est impossible de retenir son indignation et de relwe» de sang-froid cet insolent parallèle. i De C Église gallicane ^ liv. I, ch. ix.
* VOUS uü cœur nouveau et un esprit nouveau : Je vous « donnerai un esprit nouveau , et je créerai en vous
< un cœur nouveau , etc. »
L’unique moyen d’accorder ces contrariétés apparentes, qui attribuent nos bonnes actions tantôt à Dieu et tantôt à nous , est de reconnaître que , comme dit saint Augustin , < nos actions sont nôtres , à cause t du libre arbitre qui les produit ; et qu’elles sont
< aussi de Dieu , à cause de sa grâce qui fait que notre
< arbitre les produit; > et que, comme il dit ailleurs, Dieu nous fait faire ce qu’il lui plaît, en nous faisant vouloir ce que nous pourrions ne vouloir pas • A Deo factum est ut vellent quod nolle potuissent.
Ainsi , mon père , vos adversaires sont parfaitement d’accord avec les nouveaux thomistes mêmes ; puisque les thomistes tiennent comme eux , et le pouvoir de résister à. la grâce , et l’infaillibilité de l’effet de la grâce, qu’ils font profession de soutenir si hautement (1 ) , selon celte maxime capitale de leur doctrine, qu’ Alvarez , l’un des plus considérables d’entre eux, répète si souvent dans son livre, et qu’il exprime, disp. 72 , n. 4, en ces termes : « Quand la grâce effi- « cace meut le libre arbitre, il cousent infaillible-
(4) € Les adversaires des Provinciales, dit M. Sainte-Beuve k l’occasion du passage ci-dessus, remarquaient assez justement que si ç’avait été là le sentiment de M. Pascal lorsqu’il écrivait sa première et sa seconde Lettre , il n’aurait pas tant fait de railleries sur ces nouveaux thomistes , sur leur pouvoir prochain ou non pro^ €hainy sur leur grâce suffisante qui ne suffit pas; et que sans doute, en écrivant cette dix-huitième Lettre, il avait un peu oublié les premières qui étaient de plus d’un an auparavant. *
• Mais il il y a mieux ; sans insister davantage sur des points de détail, disons d’un seul mot que Pascal fut accusé d’avoir, peu d’années après , changé tout à fait d’avis sur cette question, sur le sens qu'il fallait attacher à la condamnation des propositions par le pape, sur celle prétention de séparer le droit et le fait, et sur l’ensemble de la tactique de défense qu’on avait suivie dans celte affaire et à laquelle plus qu’aucun autre il avait participé. > Sainte-Beuve, Port-Royal, t. 111, p. 17.