‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 86 sur 95 · PAPES FAILLIBLES DANS LES FAITS · texte numérisé non relu

PAPES FAILLIBLES DANS LES FAITS

a fait dire au commissaire du saint office, fim des principaux examinateurs, « quelles ne pouvaient être « censurées au sens d’aucun auteur : non sunt quali- « ficabiles in sensu proferentis; parce qu’elles !eu? « avaient été présentées pour être examinées en elles- « mêmes, et sans considérer de quel auteur elles pou- (t valent être i in abstracto^ et ut prœscindant ab • « Omni profer ente, » comme il se voit dans leurs suffrages nouvellement imprimés; que plus de soixante docteurs, et un grand nombre d’autres personnes habiles et pieuses, ont lu ce livre exactement sans les y avoir jamais vues , et qu’ils y en ont trouvé de contraires ; que ceux qui ont donné cette impression au pape pourraient bien avoir abusé de la CFféance qu’il a en eux , étant intéressés , comme Hs le sont , à décrier cet auteur, qui a convaincu Molina de plus de cinquante erreurs; que ce qui rend la chose plus croyable est qu’ils ont cette maxime, l’une des plus autorisées de leur théologie, qu’ils « peuvent calom- « nier sans crime ceux dont ils se croient injuste- « ment attaqués; » et qu’ainsi, leur témoignage étant si suspect, et le témoignage des autres étant si considérable, on a quelque sujet de supplier Sa Sainteté, avec toute l’humilité possible, de faire examiner ce fait en présence des docteurs de l’un et de l’autre parti, afin d’en pouvoir former une décision solennelle et régulière. « Qu’on assemble des juges habiles, di-

préaiubule cl la conclusion de la bulle d’innocent X, pour voir qu’on songeait tout à fait à Jansénius en condamnant ces propositions De plus, le pape Alexandre VU, qui, étant le cardinal Chigi, avait assisté et coopéré autant que personne à cet examen et k cette condamnation, en savait apparemment quelque chose ; et il déclara qu’une telle assertion, par laquelle on osait avancer que les propositions avaient été condamnées en elles-mêmes et abstraction faite du livre de Jansénius, était un in signe mensonge. » Sainte-Beuve, Port-Royal, t. III. p. 4®.

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t sait saint Basile sur un semblable sujet, ep. 75'; « que chacun y soit libre ; qu’on examine mes écrits ; « qu’on voie s’il y a des erreurs contre la foi ; qu’on « lise les objections et les réponses, afin que ce soit « un jugement rendu avec connaissance de cause et « dans les formes , et non pas une diffamation sans « examen. »

Ne prétendez pas, mon père, de faire passer pour peu soumis au saint-siège ceux qui en useraient de là sorte. Les papes sont bien éloignés de traiter les chrétiens avec cet empire que l’on voudrait exercer sous leur nom. « L’Église, dit le pape saint Grégoire, in « Job. , lib. 8, cap. i , qui a été formée dans l’école « d’humilité, ne commande pas avec autorité, mais « persuade par la raison ce qu’elle enseigne à ses en- « fants qu’elle croit engagés dans quelque erreur ; « recta quœ errantibus dicit , non quasi ex auctori- « tate prœcipit, sed ex ratione persuadet. » Et , bien loin de tenir à déshonneur de réformer un jugement où on les aurait surpris, ils en font gloire au contraire, comme le témoigne saint Bernard, ep. 180. « Le siège « apostolique, dit-il, a cela de recommandable, qu’il « ne se pique pas d’honneur, et se porte volontiers à « révoquer ce qu’on en a tiré par surprise ; aussi est-il « bien juste que personne ne profite de l’injustice, et « principalement devant le saint-siège. »

Voilà, mon père, les vrais sentiments qu’il faut inspirer aux papes ; puisque tous tes théologiens demeurent d’accord qu’ils peuvent être surpris , et que cette qualité suprême est si éloignée de les en garantir, qu’elle les y expose au contraire davantage , à cause du grand nombre de soins qui les partagent

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