‹ Les provinciales, ou, Lettres écritesChapitre 91 sur 95 · DE VASQUEZ SUR L’AUMONE · texte numérisé non relu

DE VASQUEZ SUR L’AUMONE

C’est , monsieur, afin que vous Tentcndiez , celte prétention de s’agrandir et de s’élever toujours dans le siècle à une condition plus haute , quoique par des moyens légitimes , ad statum quem licite possunt acquirere , que l’auteur des Lettres a appelée du nom d’ambition, parce que c’est le nom que les pères lui donnent, et qu’on lui donne même dans le monde. Il n’a pas été obligé d’imiter une des plus ordinaires adresses de ces mauvais casuistes, qui est de bannir les noms des vices , et de retenir les vices mêmes sous d’autres noms. Quand donc ces paroles, statum quem licite possunt acquirere, auraient été dans le passage qu’il a cité, il n aurait pas eu besoin de les retrancher pour le rendre criminel. C’est en les y joignant qu’il a droit d’accuser Vasquez , que , selon lui , il ne faut qu’avoir de l’ambition pour n’avoir point de superflu. 11 n’est pas le premier qui a tiré cette conséquence de celle doctrine. M. Duval l’avait fait avant lui, en termes formels, en combattant cette mauvaise maxime, tome II, q. 8, p. 576. « Il s’ensuivrait, dit-il, que « celui qui désirerait une plus haute dignité, c’est-à- « dire qui aurait une plus grande ambition , n’aurait « point de superflu , quoiqu’il eût beaucoup plus qu’il « ne lui faut selon sa condition présente : Seqüeretür « ewm qui honc dignitatem cuperet, seu qui mxiom « AMBiTiONE DüCERETUR, habeudo pluvima supra de- € centiam sui status , non hahiturum super jlua, *

Vous avez donc fort mal réussi , monsieur, dans les deux premières faussetés que vous reprochez à l’auteur des Lettres. Voyons si vous serez mieux fondé dans les deux autres que vous l’accusez d’avoir faites en se défendant. La première est ^u’il assure que

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Vasquez n’oblige point les riches de donner de ce qui est nécessaire à leur condition. Il est bien aisé de vous répondre sur ce point; car il n’y a qu’à vous dire nettement que cela est faux , et qu’il a dit tout le contraire. Il n'en faut point d’autre preuve que le passage même que vous produisez trois lignes après , oii' il rapporte que « Vasquez oblige les riches de don- « ner du nécessaire en certaines occasions. »

Votre dernière plainte n’est pas moins déraisonnable. En voici le sujet. L’auteur des Lettres a repris deux décisions dans la doctrine de Vasquez : l’une, que « les riches ne sont point obligés, ni par justice « ni par charité , de donner de leur superflu , et enc core moins du nécessaire, dans tous les besoins or- « dinaires des pauvres; » l’autre, qu’ils « ne sont « obligés de donner du nécessaire qu’en des rencon- « 1res si rares qu’elles n’arrivent presque jamais. » Vous n’aviez rien à répondre sur la première de ces décisions, qui est la plus méchante. Que faites-vous là-dessus , vous les joignez ensemble; et, apportant quelque mauvaise défaite sur la dernière, vous voulez faire croire que vous avez répondu sur toutes les deux. Ainsi, pour démêler ce que vous voulez embarrasser à dessein , je vous demande à vous-même s’il n’est pas vrai que Vasquez enseigne que les riches ne sont jamais obligés de donner ni du superflu , ni du nécessaire, ni par charité, ni par justice, dans les nécessités ordinaires des pauvres. L’auteur des Lettres ne l’a-t-il pas prouvé par ce passage formel de Vasquez : « Corduba enseigne que , lorsqu’on a du « superflu , on est obligé d’en donner à ceux qui sont ( dans une nécessité ordinaire au moins une partie ,

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€ afin d’accomplir le précepte en quelque chose?» {Remarquez qu’il ne s’agit point, en cet endroit, si on J est obligé par justice ou par charité , mais si on y est obligé absolument. ) Voyons donc quelle sera la décision de votre Vasquez. c Mais cela ne me plaît # pas , SED HOC NON PLACET : Car nous avons montré le € contraire contre Cajetan et Navarre. » Voilà à quoi vous ne répondez point, laissant ainsi vos jésuites convaincus d’une erreur si contraire à l’Évangile.

Et quant à la seconde décision de Vasquez , qui est que les riches ne sont obligés de donner du nécessaire à leur condition qu’en des rencontres si rares qu’elles n’arrivent presque jamais, l’auteur des Lettres ne l’a pas moins clairement prouvée par l’assemblage des conditions que ce jésuite demande pour former cette obligation , savoir : « que l’on sache que le pau- « vre qui est dans la nécessité urgente ne sera assisté a de personne que de nous ; et que cette nécessité le <( menace de quelque accident mortel , ou de perdre « sa réputation. » Il a demandé sur cela si ces rencontres étaient fort ordinaires dans Paris, et enfin il a pressé les jésuites par cet argument, que, Vasquez permettant aux pauvres de voler les riches dans les mêmes circonstances où il oblige les riches d’assister les pauvres, il faut qu’il ait cru , ou que ces occasions étaient fort rares , ou qu’il était ordinairemont permis d^ voler. Qu’avez-vous répondu à cela, monsieur? vous avez dissimulé toutes ces preuves, et vous vous êtes contenté de rapporter trois passages de Vasquez, où il dit , dans les deux premiers , que les riches sont obligés d’assister les pauvres dans les nécessités urgentes, ce que l’auteur des Lettres reconnaît expres-

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sèment ; mais vous vous êtes bien gardé d’ajouter qu’il y apporte, des restrictions qui font que ces nécessités urgentes n’obligent presque jamais à donner l’aumône , qui est ce dont il s’agit.

Le troisième de vos passages dit simplement que les riches ne sont pas obligés de donner seulement l’aumône dans les nécessités extrêmes, c’est-à-dire quand un homme est près de mourir, parce qu’elles sont trop rares; d’où vous concluez qu’il est faux que les occasions où Vasquez oblige à donner l’aumône soient fort rares. Mais vous vous moquez, monsieur; vous n’en pouvez conclure autre chose sinon que Vasquez ôte le nom de très-rares aux occasions de donner l’aumône , qu’il rend très-rares en effet par les conditions qu’il y apporte. Eu quoi il n’a fait que suivre la conduite de sa compagnie. Ce jésuite avait à satisfaire tout ensemble les riches, qui veulent qu’on ne les oblige que très-rarement à donner l’aumône , et l’Église , qui y oblige très-souvent ceux qui ont du superflu. Il a donc voulu contenter tout le monde, selon la méthode de sa société, et il y a fort bien réussi. Car il exige, d’une part, des conditions si rares en effet , que les plus avares en doivent être satisfaits; et il leur ôte, de l’autre, le nom de rares, pour satisfaire l’Église en apparence. Il n’est donc pas question de savoir si Vasquez a donné le nom de rares aux rencontres où il oblige de donner l’aumône. On ne l’a jamais accusé de les avoir appelées rares. Il était trop habile jésuite pour appeler ainsi les mauvaises choses par leur nom. Mais il est question de savoir si elles sont rares , en effet, par les restrictions qu’il y apporte. ; et c’est ce que l’auteur des Lettres a

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