‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 14 sur 83 · DES PRÊTRES · texte numérisé non relu

DES PRÊTRES

le donner comme le prix du bénéfice? Personne n'est assez abandoni^é de Dieu pour cela. Je demeure d'accord, lui dis-je , que tout le monde a des grâces suffisantes pour faire un tel marché. Cela est assuré , repartit le père.

• Voilà comment nous avons adouci les choses à l'égard des bénéfîciers. Quant aux prêtres , nous avons plusieurs maximes qui leur sont assez favorables ; par exemple, celle-ci de nos vingt-quatre, tr. 4, ex. 41, n. 96 : « Un prêtre qui a reçu de l'argent pour dire a une messe peut-il recevoir de nouvel argent sur la « même messe? Oui, dit Filiutius; en appliquant la « partie du sacrifice qui lui appartient comme prêtre « à celui qui le paye de nouveau, pourvu qu'il n'en a reçoive pas autant que pour une messe entière, mais a seulement pour une. partie, comme pour un tiers de a messe. »

-Certes, mon père , voici une de ces rencontres où le. pour et le contre sont bien probables; car ce que vous dites ne peut manquer de l'être , après l'autorité de Filiutius et d*Escobar. Mais en le laissant dans sa sphère de probabilité, on pourrait bien, ce me semble, dire aussi le contraire, et l'appuyer par ces raisons. Lorsque FÉglise permet aux prêtres qui sont pauvres de recevoir de l'argent pour leurs messes, parce qu il est bien juste que ceux qui servent à l'autel vivent de l'autel, elle n'entend pas pour cela qu'ils échangent le sacrifice pour de l'argent , et encore moins qu'ils se privent eux-mêmes de toutes les grâces qu'ils en doivent tirer les premiers. Et je dirais encore que a les c prêtres, selon saint Paul, sont obligés d'offrir le sa* « crifice, premièrement pour eux-mêmes, et puis pour

a le peuple ; • et qu'ainsi il leur est bien permis d'en associer d'autres au fruit du sacrifice , mais non pas de renoncer eux-mêmes volontairement à tout le fruit du sacrifice, et de le donner k un autre pour un tiers de messe, c'est-à-dire pour quatre ou cinq sous. En vérité, mon père, pour peu que je fusse grave, je rendrais cette opinion probable. Vous n'y auriez pas grand'peine, me dit-il ; elle Test visiblement. La difficulté était de trouver de la probabilité dans le contraire des opinions qui sont manifestement bonnes; et c'est ce qui n'appartient qu'aux grands hommes. Le père Bauny y excelle. Il y a du plaisir de voir ce savant casuiste pénétrer dans le pour et le contre d'une même question qui regarde encore les prêtres , et trouver raison partout, tant il est ingénieux et subtii. - Il dit en un endroit (c'est dans le traité 4 0|, p. 474) : « On ne peut pas faire une loi qui obligeât les curés à a dire la messe tous les jours, parce qu'une telle loi a les exposerait indubitablement , havd dubie , au a péril de la dire quelquefois en péché mortel. » Et néanmoins, dans le même traité 40, p. 441, il dit que a les prêtres qui ont reçu de l'argent pour dire la <x messe tous les jours la doivent dire tous les jours ; » et qu'ils ne « peuvent pas s'excuser sur ce qu'ils ne tt sont pas toujours assez bien préparés pour la dire , a parce qu'on peut toujours faire l'acte de contrition ; « et que s'ils y manquent, c'est leur faute, et non pas « celle de celui qui leur fait dire la messe. » Et^ pour lever les plus grandes difficultés qui pourraient les en empêcher, il résout ainsi cette question dans le même traité, quest. 32, p. 457 : « Un prêtre peut-il dire la « messe le même jour qu'il a commis un péché mor-

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« tel et des plus criminels, en se confessant aupara- « vant? Non, dit Villalobos, à cause de son impu- « reté. Mais Sancius dit que oui, et sans aucun péché. « Je tiens son opinion sûre, et qu'elle doit être suivie « dans la pratique : et tuta et sequenda in praxi. »

Quoi I mon père, lui dis-je, on doit suivre cette opinion dans la pratique? Un prêtre qui serait tombé dans un tel désordre oserait-il s'î^pprocher le même jour de l'autel, sur la parole du pènè Bauny *? Et ne devrait-il pas déférer aux anciennes lois de l'Ëglise , qui excluaient pour jamais du sacrifice , ou au moins pour un long temps 9 les prêtres qui avaient commis des péchés de cette sorte, plutôt que de s'arrêter aux nouvelles opinions des casuistes , qui les y admettent le jour même qu'ils y sont tombés? Vous n'avez point de mémoire, dit le père. Ne vous appris-je pas l'autre fois que, selon nos pères Cellot et Reginaldus, <c on ne doit « pas suivre, dans la morale, les anciens Pères, mais « les nouveaux casuistes? » Je m'en souviens bien, lui répondis-je ; mais il y a plus ici , car il y a des lois de l'Église. Vous avez raison, me dit-il ; mais c'est que vous ne savez pas encore cette belle maxime de nos pères : « Que les lois de l'Ëglise perdent leur a force quand on ne les observe plus, cuvijam desuetudineabierunt^ » comme dit Filiutius, t. S, tr. 25 ^ n. 33. Nous voyons mieux que les anciens les nécessités présentes de l'Église. Si on était si sévère à exclure les prêtres de l'autel, vous comprenez bien qu'il n'y aurait pas un si grand nombre de messes. Or la pluralité des messes apporte tant de gloire à Dieu et tant d'utilité aux âmes, que j'oserais dire avec notre père Cellot, dans son livre de la Hiérarchie, p. 614

de l'impression de Rouen, qu'il n'y aurait pas trop de prêtres , « quand non-seulement tous les hommes et « les femmes , si cela se pouvait , mais que les corps « insensibles, et les bêtes brutes même, bruta ani- « malta, seraient changés en prêtres pour célébrer a la messe. >

Je fus si surpris de la bizarrerie de cette imagination, que je ne pus rien dire; de sorte qu'il continua ainsi : Mais en voilà assez pour les prêtres ; je serais trop long; venons aux religieux. Comme leur plus grande difficulté est en l'obéissance qu'ils doivent à leurs supérieurs, écoutez l'adoucissement qu'y apportent nos pères. C'est Castrus Palatis, de notre société, Op, mor, , p. 4 , disp. 2, p. 6 : a II est hors de dis- « pute , non est controversia , que le religieux qui a a pour soi une opinion probable n'est point tenu d'o- « béir à son supérieur, quoique l'opinion du supé- « rieur soit plus probable ; car alors il est permis au a religieux d'embrasser celle qui lui est la plus agréa- « ble, quœ sibigratior fuerit, comme le dit Sanchez. a Et encore que le commandement du supérieur soit c juste , cela ne vous oblige pas de lui obéir : car il « n'est pas juste de tous points et en toutes manières, ni non undequaque juste prœcipity mais seulement « probablement ; et ainsi vous n'êtes engagé que pro- « bablement à lui obéir, et vous en êtes probable- « ment dégagé : probabiliter obligatus , et probabi-' « liter deoblxgatus, » Certes , mon père , lui dis-je , on ne saurait trQp estimer un si beau fruit de la double probabilité. Elle est de grand usage, me dit-il ; mais abrégeons. Je ne vous dirai plus que ce trait de notre célèbre Molina, en faveur des religieux qui sont

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