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PROGRÈS DE LA PRORÂRILITÉ

est donc tout ensemble instructive et justifiante? La loi de Dieu faisait des prévaricateurs , selon saint Paul ; celle-ci fait qu'il n'y a presque que des innocents. Je vous supplie , mon père, de m'en bien informer ; je ne vous quitterai point que vous ne m'ayez dit les principales maximes que vos casuistes ont établies.

Hélas I me dit le père , notre principal but aurait été de n'établir point d'autres maximes que celles de l'Évangile dans toute leur sévérité ; et Ton voit assez par le règlement de nos mœurs que si nous souffrons quelque relâchement dans les autres, c'est plutôt par condescendance que par dessein. Nous y sommes for- ^ ces. Les hommes sont aujourd'hui tellement corrompus , que, ne pouvant les faire venir à nous , il faut bien que nous allions k eux ; autrement ils nous quitteraient : ils feraient pis , ils s'abandonneraient entièrement. Et c'est pour les retenir que nos casuistes ont considéré les vices auxquels on est le plus porté dans toutes les conditions , afin d'établir des maximes si douces, sans toutefois blesser la vérité, qu'on serait de difficile^ composition si l'on n'en était content; car le dessein capital que notre société a pris pour le bien de la religion est de ne rebuter qui que ce soit, pour ne pas désespérer le monde.

Nous avons donc des maximes pour toutes sortes de personnes , pour les bénéflciers , pour les prêtres , pour les religieux, pour les gentilshommes, pour les domestiques, pour les riches, pour ceux qui sont dans le commerce , pour ceux qui sont mal dans leurs affaires, pour ceux qui sont dans l'indigence , pour les femmes dévotes, pour celles qui ne le sont pas, pour

lis SIXIÈME LETTRE.

les gens mariés, pour les gens déréglés. Enfin, rien n'a échappé à leur prévoyance. C'est-à-dire, lui disje, qu'il y en a pour le clergé, la noblesse et le tiers état. Me voici bien disposé à les entendre.

Commençons, dit le père, par les bénéficiers.Vous savez quel trafic on fait aujourd'hui des bénéfices , et que, s*il fallait s'en rapporter à ce que saint Thomas et les anciens en ont écrit , il y aurait bien des simoniaques dans l'Église. C'est pourquoi il a été fort nécessaire que nos pères aient tempéré les choses par leur prudence, comme ces paroles de Valentia, qui est Tun des quatre animaux d'Escobar, vous l'apprendront. C'est la conclusion d'un long discours, où il en donne plusieurs expédients , dont voici le meilleur à mon avis. C'est eu la p. 2039 du t. 3. t Si l'on donne f un bien temporel pour un bien spirituel , » c'est-àdire de l'argent pour un bénéfice , a et qu'on donne t l'argent comme le prix du bénéfice , c'est une simo- <K nie visible. Mais si on le donne comme le motif qui f porte la volonté du collateur à le conférer, ce n'est f point simonie , encore que celui qui le confère con- « sidère et attende l'argent comme la fin principale.» Tannerus, qui est encore de notre société, dit la même chose dans son t. 3 , p. 1519 , quoiqu'il avoue « que saint Thomas y est contraire , en ce qu'il euc seigne absolument que c'est toujours simonie de t donner un bien spirituel pour un temporel, si le tem- € porel en est la fin. » Par ce moyen nous empêchons une infinité de simonies. Car qui serait assez méchant pour refuser, en donnant de l'argent pour un bénéfice , de porter son intention à le donner comme un motif qixi porte le bénéficier à le résigner, au lieu de

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