‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 18 sur 83 · POUR TUER EN GÂCHETTE · texte numérisé non relu

POUR TUER EN GÂCHETTE

« «ans cela l'honneur des innocents serait sans cesse « exposé à la malice des insolents. » Notre grand Filiutius, de même , t. 2, tr. 29 , c. 3 , n. 50 ; et le père Héreau , dans ses écrits de THomicide ; Hurtado de Mendoza, in 2, disp. 470, sect. 16, § 437; et Bécan, Som., t. 1 , q. 64 , De homicid. ; et nos pères Fiahaut etLecourt, dans leurs écrits que l'université, dans sa troisième requête , a rapportés tout au long pour les décrier, mais elle n'y a pas réussi , et Escobar, au même lieu, n. 48, disent tous les mêmes choses. Enfin cela est si généralement soutenu , que Lessius le décide comme une chose qui n*est contestée d'aucun casuiste , 1. 2 , c. 9 , n. 76. Car il en apporte nn grand nombre qui sont de cette opinion , et aucun qui soit contraire ; et même il allègue, n. 77, Pierre Navarre , qui , parlant généralement des affronts , dont il n'y en a point de plus sensible qu'un sbudlet , déclare que, selon le consentement de tous les casuistes , ex sententia omnium licet contumeliosum occidere, si aliter ea injuria arceri nequit. En voulezvous davantage?

Je l'en remerciai , car je n'en avais que trop entendu. Mais , pour voir jusqu'où irait une si damnable doctrine, je lui dis : Mais , mon père, ne sera-t-il point permis de tuer pour un peu moins? Ne sauraiton diriger son intention en sorte qu'on puisse tuer pour un démenti? Oui, ditriepère; et, selon notre père Baldelle, I. 3, disp. 24, n. 24, rapporté par Kscobar au même lieu , n. 49 , c il est permis de tuer « celui qui vous dit : vous avez menti , si on ne peut « le réprimer autrement. » Et on peut tuer de la même sorte pour des médisances , selon nos pères ; car Les-

i34 SEPTIÈME LETTRE.

sius f que le père Héreau entre autres suit mot à mot» dit , au lieu déjà cité : « Si vous tâchez de ruiner ma c réputation par des calomnies devant des personnes c d'honneur, et que je ne puisse l'éviter autrement c qu'en vous tuant, le puis-je faire? Oui, selon des c auteurs modernes, et même encore que le crime que f vous publiez soit véritable , si toutefois il est secret, € en sorte que vous ne puissiez le découvrir selon les € voies de la justice ; et en voici la preuve. Si vous me c voulez ravir l'honneur en me donnant un soufflet , c je puis Tempêcher par la force des armes : donc la € même défense est permise quand vous me voulez f faire la même injure avec la langue. De plus , on c peut empêcher les affronts : donc on peut empêcher f les médisances. Enfin , l'honneur est plus cher que f la vie. Or on peut tuer pour défendre sa vie : donc c on peut tuer pour défendre son honneur. »

Voilà des arguments en forme. Ce n'est pas là discourir, c'est prouver. Et enfin ce grand Lessius montre au même endroit, n. 78, qu'on peut tuer même pour un simple geste, ou un signe de mépris, a On « peut, dit-il , attaquer et ôter Thonneur en plusieurs c manières, dans lesquelles la défense parait bien a juste; comme si on veut donner un coup de bâton, « ou un soufflet , ou si on veut nous faire affront par « des paroles ou par des signes : sive per signa, »

0 mon père! lui dis-je, voilà tout ce qu'on peut souhaiter pour mettre l'honneur à couvert ; mais la vie est bien exposée, si , pour de simples médisances, ou des gestes désobligeants , on peut tuer le monde en conscience. Cela est vrai , me dit-il ; mais comme nos pères ^nt fort circonspects , ils ont trouvé à pro^

Page 1