POUR LES MÉDISANCES
pos de défendre de mettre cette doctrine en usage en ces petites occasions. Car ils disent an moins « qa à « peine doit-on la pratiquer : practicevix probari paa test. > Et ce n'a pas été sans raison; la voici. Je la sais bien , lui dis-je ; c'est parce que la loi de Dieu défend de tuer. Ils ne le prennent pas par Ik, me dit le père : ils le trouvent permis en conscience , et en ne regardant que la vérité en elle-même. Et pourquoi le défendent-ils donc? Écoutez -le, dit -il. C'est parce qu'on dépeuplerait un Ëtat en moins de rien , si on en tuait tous les médisants. Apprenez -le de notre Reginaldus, 1. 31 , n. 63, p. 260 : « Encore que cette « opinion, qu'on peut tuer pour une médisance, ne c soit pas sans probabilité dans la théorie, il faut suia vre le contraire dans la pratique; car il faut touc jours éviter le dommage de l'Ëtat dans la manière a de se défendre. Or il est visible qu'en tuant le monde « de cette sorte, il se ferait un trop grand nombre de « meurtres. » Lessius en parle de même au lieu déjà cité : a II faut prendre garde que l'usage de cette c maxime ne soit nuisible à l'Ëtat; car alors il ne faut <t pas le permettre : tune enim non est permittendus. » Quoi! mon père, ce n'est donc ici qu'une défense de politique, et non pas de religion? Peu de gens s'y arrêteront, et surtout dans la. colère; car il pourrait être assez probable qu'on ne fait point de tort à l'État de le purger d'un méchant homme. Aussi , dit-il , notre père Filiutius joint à cette raison-là une autre bien considérable, tr. 29 , c. 3 , n. 51 : « C'est qu'on a serait puni en justice , en tuant le monde pour ce « sujet. » Je vous le disais bien , mon père , que vous ne feriez jamais rien qui vaille, tant que vous n'au-
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riez point les jages de votre cAté. Les juges , dit le père , qui ne pénètrent pas dans les consciences , ne jugent que par le dehors de l'action , au lieu que nous regardons principalement à l'intention; et de là vient que nos maximes sont quelquefois un peu différentes des leurs. Quoi qu'il en soit, mon père, il se conclut fort bien des vôtres qu'en évitant les dom* mages de TËtat, on peut tuer les médisants en sûreté de conscience, pourvu que ce soit en sûreté de sa personne.
Mais, mon père, après avoir si bien pourvu à l'honneur, n'avez-vous rien fait pour le bien? Je sais qu'il est de moindre considération, mais il n'importe. Il me semble qu'on peut bien diriger son intention à tuer pour le conserver. Oui , dit le pèfe , et je vous en ai touché quelque chose qui vous a pu donner c^tle ouverture. Tous nos casuistes s'y accordent, et même on le permet , « encore que Ton ne craigne plus au- « cune violence de ceux qui nous ôtent notre bien , a comme quand ils s'enfuient. » Azor, de notre société, le prouve, p. 3, 1. 2, c. 1 , q. 20.
Mais, mon père, combien faut -il que la chose vaille pour nous porter à cette extrémité? c II faut; « selon Reginaldus , 1. 21 , c. 5 , n. 66 , et Tanner us , « in 2, 2, disp. 4, q. 8, d. 4, n. 69, que la chose soit « de grand prix au jugement d'un homme prudent, i Et Layman et Filiutius en parlent de même. Ce n'est rien dire, mon père : où îra-t-on chercher un homme prudent , dont la rencontre est si rare, pour faire cette estimation? Que ne déterminent -ils exactement la somme? Comment! dit le père, était-il si facile, à votre avis , de comparer la vie d'un homme et d'un