POUR LES JUGES
porte aussi au tr. 6, ex. 6, n. 45. 0 mon père, luidisje , voilà un beau commencement I les juges vous sont bien obligés ; et je trouve bien étrange qu'ils s'opposent à vos probabilités , comme nous l'avons remarqué quelquefois , puisqu'elles leur sont si favorables : car vous leur donnez par là le même pouvoir sur la fortune des hommes , que vous vous êtes donné sur les consciences. Vous voyez , me dit-il , que ce n'est pas notre intérêt qui nous fait agir, nous n'avons eu égard qu'au repos de leurs consciences ; et c'est à quoi notre grand Molina a si utilement travaillé sur le sujet des présents qu'on leur fait. Car, pour lever les scrupules qu'ils pourraient avoir d'en prendre en de certaines rencontres, il a pris le.soin défaire le dénombrement de tous les cas où ils en peuvent recevoir en conscience, à moins qu'il n'y eût quelque loi particulière qui le leur défendit. C'est en son t. 4 , tr. 2 , d. 88, n. 6 ; les voici : a Les juges peuvent recevoir des présents des « parties, quand ils les leur donnent ou par amitié, « ou par reconnaissance de la justice qu'ils ont ren- « due , ou pour les porter à la rendre à l'avenir, ou « pour les obliger à prendre un soin particulier de « leur affaire , ou pour les engager à les expédier « promptement. » Notre savant Escobar en parle encore au tr. 6, ex. 6, n. 43, en cette sorte : « S'il y a c plusieurs personnes qui n'aient pas plus de droit a d*être expédiées Tune que l'autre, le juge qui pren- « dra quelque chose de l'une, à condition , ex pacte, « de l'expédier la première, péchera-t-il? Non certaic nement , selon Layman : car il ne fait aucune injure c aux autres, selon le droit naturel , lorsqu'il accorde « à l'un , par la considération de son présent, ce qu'il
« pouvait accorder à celui qui lui eût plu : et même, c étant également obligé envers tous par l'égalité de c leur droit, il le devient davantage envers celui qui lui c fait ce don , qui l'engage à le préférer aux autres ; et « cette préférence semble pouvoir être estimée pour de t l'argent : Quœ obligatio videtur pretio œstimabilis. •
Mon révérend père, lui dis-je, je suis surpris de cette permission, que les premiers magistrats du royaume ne savent pas encore. Car M. le premier président a apporté un ordre dans le parlement pour empêcher que certains greffiers ne prissent de l'argent pour cette sorte de préférence : ce qui témoigne qu'il est bien éloigné de croire que cela soit permis à des juges ; et tout le monde a loué une réformation si utile à toutes les parties. Le bon père, surpris de ce discours , me répondit : Dites-vous vrai ? je ne savais rien de cela. Notre opinion n'est que probable , le contraire est probable aussi. En vérité, mon père, lui dis-je , on trouve que M. le premier président a plus que probablement bien fait, et qu'il a arrêté par là le cours d'une corruption publique, et soufferte durant trop longtemps. J'en juge de la même sorte, dit le père ; mais passons cela , laissons les juges. Vous avez raison , lui dis-je; aussi bien ne reconnaissent-ils pas assez ce que vous faites pour eux. Ce n'est pas cela , dit le père ; mais c^est qu'il y a tant de choses à dire sur tous , qu'il faut être court sur chacun.
Parlons maintenent des gens d'affaires. Vous savez que la plus grande peine qu'on ait avec eux est de les détourner de Fusurç , et c'est aussi à quoi nos pères ont pris un soin particulier; car ils détestent si fort ce vice, qu'Escobar dit au tr. 3, ex. 5, n. 4 , que < de