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POUR LES USURIERS

€ dire que l'usure n'est pas péché, ce serait une héc résie. > Et notre père Bauny, dans sa Somme des péchés, ch. 14, rem lit plusieurs pages des peines dues aux usuriers. Il les déclare c infâmes durant lear

^ vie, et indignes de sépulture après leur mort. * 0 mon père I je ne le croyais pas si sévère. Il Test quand il le faut , me dit-il ; mais aussi ce savant casuiste ayant remarqué qu'on n'est attiré à l'usure que par le désir du gain, il dit au même lieu : c On n'oblif gérait donc pas peu le monde, si, le garantissant c des mauvais effets de l'usure, et tout ensemble du c péché qui en est la cause , on lui donnait le moyen € de tirer autant et plus de profit de son argent, par c quelque bon et légitime emploi , que Ton en tire des c usures. » Sans doute, mon père, il n'y aurait plus d'usuriers après cela. Et c'est pourquoi , dit-il , il en a fourni une c méthode générale pour toutes sortes € de personnes , gentilshommes , présidents , conseil- € 1ers, etc., » et si facile, qu'elle ne consiste qu'en l'usage de certaines paroles qu'il faut prononcer en pre-

- tant son argent ; ensuite desquelles on peut en prendre .

•du'profit, sans craindre qu'il soit usuraire, comme il est sans doute qu'il Taurait été autrement. Et quels sont donc ces termes mystérieux , mon père? Les voici, me dit-il, et en mots propres; car vous savez qu'il a fait son livre de la Somme des péchés en français , pour être entendu de tout le monde, comme il le dit dans la préface : « Celui à qui on demande de larf gent répondra donc en cette sorte : Je n'ai point • d'argent à prêter , si ai bien à mettre à profit honc nête et licite. Si désirez la somme que demandez « pour la faire valoir par votre industrie à moitié

€ gain , moitié perle, peut-être m'y résoudrai-je. Bien € est vrai qu'à cause qu'il y a trop de peine à s'acc commoder pour le pro&t, si vous voulez m'en assu* < rer un certain , et quant et quant aussi mon sort c principal, qu'il ne coure fortune, nous tomberions € bien plus tôt d'accord, et vous ferai toucher argent t dans cette heure. > N'est-ce pas là un moyen bien aisé de gagner de l'argent sans pécher? et le père Bauny n'a-t-il pas raison de dire ces paroles, par lesquelles il conclut cette méthode : c Yoilà, à mon avis, le « moyen par lequel quantité de personnes dans le € monde, qui , par leurs usures , extorsions et contrats f illicites , se provoquent la juste indignation de Dieu, € se peuvent sauver en faisant de beaux , honnêtes et t licites profits? >

0 mon père , lui dis-je, voilà des paroles bien puissantes 1 Sans doute elles ont quelque vertu occulte pour chasser l'usure , que je n'entends pas ; car j'ai toujours pensé que ce péché consistait à retirer plus d'argent qu'on n'en a prêté. Vous l'entendez bien peu , me dit-il. L'usure ne consiste presque, selon nos pères, qu'en l'intention de prendre ce profit comme usuraire. Et c'est pourquoi notre père Escobar fait éviter l'usure par un simple détour d'intention ; c'est au Ir. 3, ex. 5, n. 4, 33, 44 : c Ce serait usure , dit-il , de prenc dre du profit de ceux à qui on prête , si on l'exigeait c comme dû par justice : mais si on l'exige comme dû c par reconnaissance, ce n'est point usure. > Et n. 3 : € Il n'est pas permis d'avoir l'intention de protter de t l'argent prêté immédiatement ; mais de le prétendre c par l'entremise de la bienveillance de celui à qui on c l'a prêté, média benevolentu, ce n'est point usure.»

BU CONTRAI HOHÂTRA. 147

Voilà de subtiles méthodes; mais une des meilleures , à mon sens (car nous en avons à choisir) . c'est celle du contrat Mohalra. Le contrat Mohaira, mon père! Je vois bien , dit-il , que vous ne savez ce que c'est. Il n y a qae le nom d'étrange. Escobar vous l'expliquera au tr. 3, ex. 3, n. 36 • Le contrat Mohatra c est celui par lequel on achète des étoffes chèrement < et à crédit , pour les revendre au même instant à la c même personne argent comptant et à bon marché. > Voilà ce que c'est que le contrat Mohatra : par où vous voyez qu'on reçoit une certaine somme comptant, en demeurant obligé pour davantage. Mais, mon père, je crois qu'il n'y a jamais eu qu'Escobar qui se soit servi de ce mot-là ; y a-t-il d'autres livres qui en parlent? Que vous savez peu les choses I me dit le pèr^ Le dernier livre de théologie morale qui a été imprimé cette année même à Paris, parle du Mohatra , et doctement. Il est intitulé : Epilogus Summarum. C'est un abrégé de toutes les Sommes de théologie, pris de nos pères Suarez, Sanchez, Lessius, Fagundez, Hurtado, et d'autres casuistes célèbres, comme le titre le dit. Vous y verrez donc en la p. 54 : « Le Mohatra est quand un homme , qui a affaire de « vingt pistoles, achète d'un marchand des étoffes pour « trente pistoles, payables dans un an , et les lui re- « vend à l'heure même pour vingt pistoles comptant.» Vous voyez bien par là que le Mohatra n'est pas un mot inouï. Eh bien I mon père , ce contrat-là est-il permis? Escobar, répondit le père, dit au même lieu qu'il y a « des lois qui le défendent sous des peines « très-rigoureuses. » Il est donc inutile, mop père? Point du tout , dit-il : car Escobar en ce même endroit

donne des expédients pour le rendre permis : « encore « même, dit-il , que celui qui vend et achète ait pour « intention principale le dessein de profiter ; pourvu « seulement qu'en vendant il n'excède pas le plus haut a prix des étoffes de cette sorte , et qu'en rachetant a il n'en passe pas le moindre , et qu'on n'en conff vienne pas auparavant en termes exprès ni autrea ment. » Mais Lessius, De just, , 1. 2 , c. 21 , d. 46, dit « qu^ncore même qu'on eût vendu dans l'intena tion de racheter à moindre prix , on n'est jamais « obligé à rendre ce profit, si ce n'est peut-être par 0 charité , au cas que celui de qui on l'exige fût dans « l'indigence , et encore pourvu qu'on le pût^rendre « sans s'incommoder : si commode potest. » Voilà tout ce qui se peut dire. En effet , mon père, je crois qu'une plus grande indulgence serait vicieuse. I^os pères, dit-il , savent si bien s'arrêter où il feut ! Vous voyez assez par là l'utilité du Mohatra. .

J'aurais bien encore d'autres méthodes à vous enseigner ; mais celles-là suffisent , et j'ai à vous entretenir de ceux qui sont mal dans leurs affaires. Nos pères ont pensé à les soulager selon l'état où ils sont ; car, s'ils n'ont pas assez de bien pour subsister honnêtement, et tout ensemble pour payer leurs dettes , on leur permet d'en mettre une partie à couvert en faisant banqueroute à leurs créanciers. C'est ce que notre père Lessius a décidé, et qu Escobar confirme au t. 3, ex. 2, n. 163 : a Celui qui fait banqueroute peut-il en « sûreté de conscience retenir de ses biens autant qu'il <K est nécessaire pour faire subsister sa famille avec 0 honneur, ne indecore vivat? Je soutiens que oui « avec Lessius ; et même encore qu'il les eût gagnés

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