BIENS ACQUIS PAR DES VOIES HONTEUSES. 1Î
c encore dans une nécessité grave, quoique non pas « extrême. » Escobar le rapporte aussi au tr. 1 , ex. 9. n. 29. Cela est surprenant, mon père : il n'y a guère de gens dans le monde qui ne trouvent leur nécessité grave, et à qui vous ne donniez par là le pouvoir de dérober en sûreté de conscience. Et quand vous en réduiriez la permission aux seules personnes qui sont effectivement en cet état , c'est ouvrir la porte à une infinité de larcins que les juges puniraient nonobstant cette nécessité grave, et que vous devriez réprimer à bien plus forte raison, vous qui devez maintenir parmi les bommes non-seulement la justice, mais encore la charité, qui est détruite par ce principe. Car enfin n'est-ce pas la violer, et faire tort à son prochain, que de lui faire perdre son bien pour en profiter soi-même? c'est ce qu'on m'a appris jusqu'ici. Cela n'est pas toujours véritable, dit le père; car notre grand Molina nous a appris, t. 2, tr. 2, d. 328, n. 8, que « Tordre de la charité n'exige pas qu'on se prive « d'un profit, pour sauver par là son prochain d'une « perte pareille. » C'est ce qu'il dit pour montrer ce qu'il avait entrepris de prouver en cet endroit-là: « qu'on est pas obligé en conscience de rendre les a biens qu'un autre nous aurait donnés, pour en « frustrer ses créanciers. » Et Lessius , qui soutient la même opinion , la confirme par ce même principe 1. 2,c. 20, dist. 19, n. 468.
Vous n'avez pas assez de compassion pour ceux
qui sont mal à leur aise ; nos pères ont eu plus de
charité que cela. Ils rendent justice aux pauvres aussi
bien qu'aux riches. Je dis bien davantage, ils la
j rendent même aux pécheurs. Car, encore qu'ils soient
fort opposés à ceux qui commettent des crimes, néanmoins ils ne laissent pas d'enseigner que les biens gagnés par des crimes peuvent être légitimement retenus. C'est ce queLessius enseigne généralement, 1. 2, c. 44, d. 8. a On n*est point, dit-il, obligé, ni « par la loi de nature, ni par les lois positives, c'est-c à-dire par aucune loi , de rendre ce qu'on a reçu a pour avoir commis une action criminelle , comme « pour un adultère , encore même que cette action soit « contraire à la justice. » Car, comme dit encore Escobar en citant Lessius, tr. 4, ex. 8, n. 59 : « Les a biens qu'une femme acquiert par l'adultère sont vé- « rilablement gagnés par une voie illégitime , mais c néanmoins la possession en est légitime : Quamvis « mulier illicite acquirat^ licite tamen retinet acquia sita. » Et c'est pourquoi les plus célèbres de nos pères décident formellement que ce qu'un juge prend d'une des parties qui a mauvais droit pour rendre en sa faveur un arrêt injuste , et ce qu'un soldat reçoit pour avoir tué un homme , et ce qu'on gagne par les crimes infâmes , peut être légitimement retenu. C'est ce qu'Escobar ramasse de nos auteurs, et qu'il assemble au tr. 3, ex. 1 , n. 23, où il fait cette règle générale : « Les biens acquis par des voies honteuses, « comme par un meurtre, une sentence injuste, une « action déshonnête , etc. , sont légitimement possé- « dés, et on n'est point obligé à les restituer. » Et encore au tr. 5, ex. 5, n. 53 : a On peut disposer de t ce qu'on reçoit pour des homicides, des sentences « injustes, des péchés infâmes, etc., parce que la pos- « session en est juste , et qu'on acquiert le domaine a et la propriété des choses que l'on y gagne. » 0 mon