‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 25 sur 83 · DES BANQUEROUTIERS · texte numérisé non relu

DES BANQUEROUTIERS

« par des injustices et des crimes connns de tout le c monde, ex injustitia et notorio delicto, quoique en a ce cas il n'en puisse pas retenir en une aussi grande i quantité qu'autrement. » Comment, mon pèrel par quelle étrange charité voulez-vous que ces biens demeurent plutôt à celui qui les a gagnés par ses voleries , pour le faire subsister avec honneur, qu'à ses créanciers , à qui ils appartiennent légitimement? On ne peut pas , dit le père , contenter tout le monde , et nos pères ont pensé particulièrement à soulager ces misérables. Et c'est encore en faveur des indigents que notre grand Vasquez , cité par Castro Palao , 1. 1 , tr. 6, d. 6, p. 6, n. 12 , dit que f quand on voit un vo- « leur résolu et prêt k voler une personne pauvre, on < peut, pour Ten détourner, lui assigner quelque perc sonne riche en particulier, pour la voler au lieu de f l'autre. > Si vous n'avez pas Vasquez ni Castro Palao , vous trouverez la même chose dans votre Escobar; car, comme vous le savez, il n'a presque rien dit qui ne soit pris de vingt-quatre des plus célèbres de nos pères : c'est au tr. 5, ex. 5, n. lâO, dans c la f Pratique de notre société pour la charité envers le c prochain. >

Cette charité est véritablement extraordinaire, mon père , de sauver la perte de l'un par le dommage de l'autre. Mais je crois, qu'il faudrait la faire entière, et que celui qui a donné ce conseil serait ensuite obligé en conscience de rendre à ce riche le bien qu'il lui aurait fait perdre. Point du tout, me dit-il ; car il ne Ta pas volé lui-même , il n'a fait que le conseiller à un autre. Or écoutez cette sage résolution de notre père Bauny sur un cas qui vous étonnera donc encore bien

ISO HUITIÈME LETTRE.

davantage , et où vous croiriez qu*on serait beaucoup plus obligé de restituer. C'est au ch. 1 3 de sa Somme. Voici ses propres termes français : « Quelqu'un prie « un soldat de battre son voisin, ou de brûler la grange « d'un homme qui Ta offensé. On demande si, au dé- « faut du soldat, l'autre qui l'a prié de faire tous ces c outrages doit réparer du sien le mal qui en sera « issu. Mon sentiment est non : car à restituer nul a n'est tenu , s'il n'a violé la justice. La viole-t-on t quand on prie autrui d'une faveur? Quelque de- « mande qu'on lui en fasse, il demeure toujours libre « de l'octroyer ou de la nier. De quelque côté qu'il « incline, c'est sa volonté qui l'y porte; rien ne l'y « oblige que la bonté, que la douceur et la facilité de « son esprit. Si donc ce soldat ne répare le mal qu'il « aura fait, il n*y faudra astreindre celui à la prière « duquel il aura offensé l'innocent. » Ce passage pensa rompre notre entretien : car je fus sur le point d'éclater de rire de la bonté et douceur d'un brûleur de grange, et de ces étranges raisonnements qui exemptent de restitution le premier et véritable auteur d'un incendie, que les juges n'exempteraient pas de la mort : mais si je ne me fusse retenu, le bon père s'en fût offensé, car il parlait sérieusement , et me dit ensuite du même air :

Vous devriez reconnaître pai* tant d'épreuves com- . bien vos objections sont vaines ; cependant vous nous faites sortir par là de notre sujet. Revenons donc aux personnes incommodées, pour le soulagement desquelles nos pères, comme entre autres Lessius, 1. S, c. 12, 11. 42, assurent qu'il est « permis de dérober c non-seulement dans une extrême nécessité, mais

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