DE L*ENVIE
< des charges et des grandeurs, est de soi-même uq c péché véDiel : mais , quand on désire ces grandeurs € pour nuire k TÉtat, ou pour avoir plus de commo- « dite d'offenser Dieu, ces circonstances extérieures le c rendent mortel. »
Cela est assez commode, mon père. Et n'est-ce pas encore , continua-t-il , une doctrine bien douce pour les avares , de dire , comme fait Escobar, au tr. 5 , ex. 5 , n. 1^4 : « Je sais que les riches ne pèchent c point mortellement, quand ils ne donnent point Tauc mône de leur superflu dans les grandes nécessités « des pauvres : Scio in gravi pauperum necessitate € divites non dando super flua , non peccare mortes f liter? > En vérité, lui dis- je, si cela est , je vois bien que je ne me connais guère en péchés. Pour vous le montrer encore mieux , dit-il , ne pensez-vous pas que la bonne opinion de soi-même, et la complaisance qu'on a pour ses ouvrages, est un péché des plus dangereux ? et ne serez-vous pas bien surpris si je vous fais voir qu'encore même que cette bonne opinion soit sans fondement , c'est si peu un péché , que c'est au contraire un don de Dieu? Est-il possible, mon père I Oui, dit-il , et c'est ce que nous a appris notre grand père Garasse, dans son livre français intitulé Somme des vérités capitales de la religion, p. 2, p. 419. e C'est un effet, dit-il, de la justice c commutative , que tout travail honnête soit récome pensé ou de louange, ou de satisfaction... Quand c les bons esprits font un ouvrage excellent , ils sont c justement récompensés par les louanges publiques.
< Mais quand un pauvre esprit travaille beaucoup t pour ne rien faire qui vaille , et qu'il ne peut ainsi
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c obtenir des louanges publiques ; afin que son trac vail ne demeure pas sans récompense, Dieu lui en c donne une satisfaction personnelle qu'on ne peut c lui envier sans une injustice plus que barbare. C'est c ainsi que Dieu, qui est juste, donne aux grenouilles c de la satisfaction de leur chant. >
Voiik, lui dis-je, de belles décisions en faveur de la vanité, de l'ambition, et de l'avarice. Et Tenvie, mon père, sera-t-elle plus difficile à excuser? Ceci est délicat , dit le père. Il faut user de la distinction du père Bauny, dan^s sa Somme des péchés. Car son sentiment, c. 7, p. 423, de la cinquième et sixième édition , est que « l'envie du bien spirituel du prochain € est mortelle, mais que l'envie du bien temporel n'est € que vénielle. * Et par quelle raison, mon père? Écoutez-la, me dit-il. t Car le bien qui se trouve es € choses temporelles est si mince, et de si peu de con- € séquence pour le ciel , qu'il est de nulle considérac ration devant Dieu et ses saints. > Mais, mon père, si ce bien est si mince et de si petite considération , comment permettez-vous de tuer les hommes pour le conserver? Vous prenez mal les choses , dit le père : on vous dit que le bien est de nulle considération devant Dieu, mais non pas devant les hommes. Je ne pensais pas à cela , lui dis-je; et j'espère que, par ces distinctions-là, il ne restera plus de péchés mortels au monde. Ne pensez pas cela, dit le père ; car il y en a qui sont toujours mortels de leur nature , comme par exemple la paresse.
0 mon père ! lui dis-je, toutes les commodités de la vie sont donc perdues? Attendez , dit le père ; quand TOUS aurez vu la définition de ce vice^ qu'Escobar en