DES RESTRICTIONS MENTALES
dohne, tr. 2, ex. 2, n. 81, peut-être eii jugerez-vous autrement ; écoutez-la : c La paresse est une tristesse c de ce que les choses spirituelles sont spirituelles , € comme serait de s'affliger de ce que les sacrements t sont la source de la grâce ; et c'est un péché morc tel. > 0 mon père! lui dis-je , je ne crois pas que personne se soit jamais avisé d'être paresseux en cette sorte. Aussi, dit le père , Escobar dit ensuite, n. 405 : f J'avoue qu'il est bien rare que personne tombe jac mais dans le péché de paresse. > Comprenez -vous bien par là combien il importe de bien définir les choses? Oui , mon père , lui dis-je , et je me souviens sur cela de vos autres définitions de l'assassinat, du guet-apens, et des biens superflus. Et d'où vient, mon père , que vous n'étendez pas cette méthode à toutes sortes de cas, pour donner k tous les péchés des définitions de votre façon , afin qu'on ne péchât plus en satisfaisant ses plaisirs?
Il n'est pas toujours nécessaire , me dit-il, de changer pour cela les définitions des choses. Vous l'allez voir sur le sujet de la bonne chère, qui passe pour un des plus grands plaisirs de la vie , et qu'Escobar permet en cette sorte, n. 402, dans la Pratique selon notre société : c Est-il permis de boire et de manger tout « son soûl sans nécessité, et pour la seule* volupté? « Oui certainement^ selon Sanchez, pourvu que cela « ne nuise point à la santé , parce qu'il est permis à « l'appétit naturel de jouir des actions qui lui sont proc près : an gomedere et bibere usque ad satietatem « absque necessitate, oh solam voluptatem , sit pecca- € tum ? Cum Sanctio négative respondeo, modo non « obsit valetudini, quia licite potesi appetitus natu-
f ralis suis actibus frui, » 0 mon père! lui dis-je, voilà le passage le plus complet et le principe le plus achevé de toute votre morale , et dont on peut tirer d'aussi commodes conclusions. Eh quoi ! la gourmandise n'est donc pas même un péché véniel ? Non pas , dit-il, en la manière que je viens de dire ; mais elle serait péché véniel selon Escobar, n. 56, c si, sans e aucune nécessité, on se gorgeait du boire et du man- \ ger jusqu'à vomir : si quis se usqm ad vomitum inigurgitet. »
Cela suffit sur ce sujet ; et je veux maintenant vous parler des facilités que nous avons apportées pour faire éviter les péchés dans les conversations et dans les intrigues du monde. Une chose des plus embarrassantes qui s'y trouve est d'éviter le mensonge , et surtout quand on voudrait bien faite accroire une chose fausse. C'est à quoi sert admirablèMient notr2 doctrine des équivoques , par laquelle c il est permis € d'user de termes ambigu», en les faisant entendre c en un autre sens qu'on ne les entend soi-même , » comme dit Sanchez, Op, mer,, p. 2, 1. 3, c. 6, n. 13. Je sais cela, mon père, lui dis-je. Nous l'avons tant publié , continua-t-il , qu'à la fin tout le monde en est instruit. Mais savez-vous bien comment il faut faire quand on ne trouve point de mots équivoques ? Non , mon père. Je m'en doutais bien , dit-il ; cela est nouveau : c'est la doctrine des restrictions mentales, San* chez la donne au même lieu : « On peut jurer, dit-il , t qu'on n'a pas fait une chose , quoiqu'on l'ait faite c effectivement, en entendant en soi-même qu'on ne t l'a pas faite un certain jour, ou avant qu'on fût né , c ou en sous-entendant quelque autre circonstance
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t pareille, sans qae )es paroles dont on se sert aient c aucun sens qui le puisse faire connaître. Et cela est c fort commode en beaucoup de rencontres, et est tou- € jours très-juste quand cela est nécessaire ou utile c pour la santé, l'honneur, ou le bien. >
Comment I mon père, et n'est-ce pas là un men-. songe , et même un parjure? Non , dit le père : Sanchez le prouve au même lieu , et notre père Filiutius aussi, tr. 25, ch. H , u. 331 ; parce , dil-il , que c'est c rintention qui règle la qualité de Taction. i £t il y donne encore, n. 328, un autre moyen plus sûr d'éviter le mensonge. C'est qu'après avoir dit tout haut. Je jure que je n'ai point fait cela, on ajoute tout bas, aujourd'hui; ou qu'après avoir dit tout haut, Je jure, on dise tout bas , que je dis: et que Ton continue ensuite tout haut, que je n'ai point fait cela. Vous voyez bien que c'est dire la vérité. Je l'avoue, lui dis-je; mais nous trouverions peut-être que c'est dire la vérité tout bas, et un mensonge tout haut :. outre que je craindrais que bien des gens n'eussent pas assez de présence d esprit pour se servir de ces méthodes. Nos pères, dit-il, ont enseigné au m^me lieu , en faveur de ceux qui ne sauraient pas user de ces restrictions, qu'il/leur suffit pour ne point mentir, de dire simplement qu'ils n'ont point fait ce qu'ils ont fait, « pourvu c qu'ils aient en général l'intention de donner à leurs c discours le sens qu'un habile homme y donnerait >
Dites la vérité : il vous egt arrivé bien des fois d'être embarrassé, manque de cette connaissance? Quelquefois, lui dis-je. Et n'avouerez-vous pas de même, continua-t-il , qu'il serait souvent bien commode d'être dispensé en conscience de tenir de certaines paroles
qu'oB donne? Ce serait, lui dis-je, mon père, la plus grande commodité du monde. Écoutez donc Escobar au tr. 3 , ex. 3 , n. 48 , où il donne celte règle générale : f Les promesses n'obligent point, quand on c n'a point intention de s'obliger en les faisant. Or il c n'arrive guère qu'on ait cette intention, à moins que c Ton les confirme par serment ou par contrat , de < sorte que quand on dit simplement: Je le ferai, on c entend qu'on le fera si on ne change de volonté ; car c on ne veut pas se priver par là de sa liberté. » II en donne d'autres que vous y pouvez voir vous-même ; et il dit à la fin que c tout cela est pris de Molina et de c nos autres auteurs : Omnia ex Molina et aliis. > Et ainsi on n'en peut pas douter.
0 mon père 1 lui dis-je, je ne savais pas que la direction d'intention eût la force de rendre les promesses nulles. Vous voyez, dit le père, que voilà une grande facilité pour le commerce du monde. Mais ce qui nous a donné le plus de peine a été de régler les conversations entre les hommes et les femmes : car nos pères sont plus réservés sur ce qui regarde la chasteté. Ce n'est pas -qu'ils ne traitent des questions assez curieuses et assez indulgentes , et principalement pour les personnes mariées ou fiancées. J'appris sur cela les questions les plus extraordinaires qu'on puisse s'imaginer. Il m*en donna de quoi remplir plusieurs lettres : mais je ne veux pas seulement en marquer les citations , parce que vous faites voir mes lettres à toutes sortes de personnes ; et je ne voudrais pas donner l'occasion de cette lecture à ceux qui n'y chercheraient que leur divertissement.
La seule chose que je puisse vous marquer de ce