‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 34 sur 83 · DE LA MESSE · texte numérisé non relu

DE LA MESSE

« Tune commence, l'autre soit à l'Évangile, une autre c à la consécration, et la dernière à la communion. > Certainement, mon père , on entendra la messe dans Notre-Dame en un instant par ce moyen. Vous voyez donc, dit-il, qu'on ne pouvait pas mieux faire pour faciliter la manière d'ouïr la messe.

Mais je veux vous faire voir maintenant comment on a adouci l'usage des sacrements , et surtout de celui de la pénitence : car c'est là où vous verrez la dernière bénignité de la conduite de nos pères ; et vous admirerez que la dévotion , qui étonnait tout le monde , ait pu être traitée par nos pères c avec une € telle prudence, qu'ayant abattu cet épouviantail que < les démons avaient mis à sa porte, ils l'aient rendue, € plus facile que le vice, et plus aisée que la volupté , € en sorte que le simple vivre est incomparablement f plus malaisé que le bien vivre , » pour user des termes du père le Moine , p. 244 et 291 de sa Dévotion aisée. N'est-ce pas là un merveilleux changement? En vérité , lui dis-je , mon père , je ne puis m'empêcher de vous dire ma pensée. Je crains que vous ne preniez mal vos mesures , et que cette indulgence ne soit capable de choquer plus de monde que d'en attirer. Car la messe, par exemple, est une chose si grande et si sainte, qu'il suffirait, pour faire perdre à vos auteurs toute créance dans l'esprit de plusieurs personnes, de leur montrer de quelle manière ils en parlent. Cela est bien vrai, dit le père, à l'égard de certaines gens : mais ne savez-vous pas que nous nous accommodons à toute sorte de personnes? Il semble que vous ayez perdu la mémoire de ce que je vous ai dit si souvent sur ce sujet. Je veux donc vous en entretenir la pre-

mière fois h loisir , en différant pour cela notre entretien des adoucissements de la confession. Je vous le ferai si bien entendre, que vous ne l'oublierez jamais. — Nous nous séparâmes là-dessus ; et ainsi je m'imagine que notre première conversation sera de leur politique. Je suis , etc.

Depuis que j'ai écrit cette lettre, j'ai vu le livre du Paradis ouvert par cent dévotions aisées à pratiquer ^ par le père Barry; et celui de la Marque de prédestination, par le père Biuet : ce sont des pièces dignes d'être vues.

. Adoucissements que les jésuites ont apportés au sacrement de * pénitence par leurs maximes touchant la confession , la satisfaction, Tabsolution, les occasions prochaines de pécher, la ' contrition et Tamour de j^iea.

De Paris, ce s août i656.

Monsieur ,

Ce n'est pas encore ici la politique de la société , mais c'en est un des plus grands principes. Tous y verrez les adoucissements de la confession , qui sont assurément le meilleur moyen que ces pères aient trouvé pour attirer tout le monde et ne rebuter personne. Il fallait savoir cela avant que de passer outre; et cest pourquoi le père trouva k propos de m'en instruire en cette sorte.

^Vous avez vu , me dit-il , par tout ce que je vous ai dit jusques ici , avec quel succc$ nos pères ont travaillé à découvrir, par leurs lumières , qu'il y a un

(i) Cette lettre fut faite de concert avec U. Arnauld.

DU SACREMENT DE PÉNITENCE. iBl

grand nombre de choses permises qui passaient autrefois pour défendues ; mais parce qu'il reste encore des péchés qu'on n'a pu excuser, et que Tunique re-. mède en est la confession , il a été bien nécessaire d'en adoucir les difficultés par les voies que j'ai maintenant à vous dire. Et ainsi , après vous avoir montré dans toutes nos conversations précédentes comment on a soulagé les scrupules qui troublaient les consciences, en faisant voir que ce qu'on croyait mauvais ne l'est pas, il reste à vous montrer en celle-ci la manière d'expier facilement ce qui est véritablement péché, en rendant la confession aussi aisée qu'elle était difficile autrefois. Et par quel moyen, mon père? C'est, dit-il, par ces subtilités admirables qui sont propres à notre compagnie, et que nos pères de Flandre appellent, dans l'Image de notre premier siècle, I. 3, or. 1, p. 404, etl. 1, c. 2, de « pieuses c et saintes finesses , i et un c saint artifice de dévof tion :piam et religiosam calliditatem , et pietatis « solertiam, i au 1. 3, c. 8. C*est par le moyen de ces inventions que < les crimes s'expient aujourd'hui alor c crius, avec plus d'allégresse et d'ardeur qu'ils ne € se commettaient autrefois; en sorte que plusieurs c personnes effacent leurs taches aussi promptement < qu'ils les contractent : plurimi vix citius maculas c contrahunt , quam eluunt^ » comme il est dit au même lieu. Apprenez-moi donc, je vous prie, mon père, ces finesses si salutaires. Il y en a plusieurs, me dit-il ; car, comme il se trouve beaucoup de choses pénibles dans la confession, on a apporté des adoucissements à chacune. Et parce que les principales peines qui s'y rencontrent sont la honte de confesser

i8î DIXIÈME LETTRE.

de certains péchés , le soin d'en exprimer f es circonstances, la pénitence qu'il en faut faire » la résolution de n'y plus tomber, la fuite des occasions prochaines qui y engagent , et le regret de les avoir commis , j'espère vous montrer aujourd'hui qu'il ne reste presque rien de fâcheux en tout cela, tant on a eu soin d'ôter toute l'amertume et toute Taigreur d'un remède si nécessaire.

Car, pour commencer par la peine qu'on a de confesser de certains péchés , comme vous n'ignorez pas qu'il est souvent'assez important de se conserver dans l'estime de son confesseur, n'est-ce pas une chose bien commode de permettre, comme font nos pères, et entre autres Escobar, qui cite encore Suarez, tr. 7, a. 4, n. 135, d'avoir « deux confesseurs, l'un pour les € péchés mortels , et l'autre pour les véniels , afin c de se maintenir en bonne réputation auprès de c son confesseur ordinaire, uH bonam famam apud € ordinarium tumtur, pourvu qu'on ne prenne pas c de là occasion de demeurer dans le péché mortel? » Et il donne ensuite un autre subtil moyen pour se confesser d'un péché , même à son confesseur ordinaire, sans qu'on s'aperçoive qu'on l'a commis depuis la dernière confession. < C'est, dit-il, de faire une confession générale, et de confondre ce dernier péché c avec les autres dont on s'accuse en gros. » Il dit encore la même chose, in Princ, ex. 2, n. 73. Et vous avouerez , je m'assure , que celte décision du" père Bauny, Théol. raor., tr. 4, q. 45, p. 437, soulage encore bien la honte qu'on a dé confesser ses rechutes : c Que, hors de certaines occasions, qui « n'arrivent que rarement, le confesseur n'a pas droit

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