‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 33 sur 83 · DU LUXE DES FEMMES · texte numérisé non relu

DU LUXE DES FEMMES

qu'il me montra dans leurs livres , même français , est ce que vous pouvez voir dans la Somme des péchés du pèreBauny, p. 165, de certaines petites privautés qu'il y explique, pourvu qu'on dirige bien son intention , comme à passer pour galant : et vous serez surpris d'y trouver, p. 148, un principe de morale touchant le pouvoir qu'il dit que les filles ont de disposer de leur virginité sans leurs parents. Voici ses termes : « Quand cela se fait du consentement de la a fille, quoique le père ait f.ajet de s'en plaindre, ce a n'est pas néanmoins que ladite fille, ou celui à qui « elle s'est prostituée , lui aient fait aucun tort , ou « violé pour son égard la justice : car la fille est en « possession de sa virginité , aussi bien que de son « corps ; elle en peut faire ce que bon lui semble , à 0 l'exclusion de la mort ou du retranchement de ses a membres. » Jugez par la du reste. Je me souvins, sur cela, d'un passage d'un poëte païen qui a été meilleur casuiste que ces pères , puisqu'il a dit que c la virginité d'une fille ne lui appartient pas tout € entière ; qu'une partie appartient au père et l'autre € à la mère , sans lesquels elle n'en peut disposer , € même pour le mariage. > Et je doute qu'il y ait aucun juge qui ne prenne pour une loi le contraire de cette maxime du père Bauny.

Voilà tout ce que je puis dire de tout ce que j'entendis, et qui dura si longtemps, que je fus obligé de prier enfin le père de changer de matière. Il le fit, et m'entretint de leurs règlements pour les habits des femmes, e,n cette sorte. Nous ne parlerons point, dit-il, de celles qui auraient l'intention impure ; mais pour les autres,. Escobar dit au tr. 1 , ex. 8, n. 5 : c Si on se

< pare sans mauvaise intention, mais seuleriient pour c satisfaire l'inclination naturelle qu'on a à la vanité, f ob naturalem fastus inclinationem , ou ce n'est c qu'un péché véniel, ou ce n'est point péché du € tout. » Et le père Bauny, en sa Somme des péchés, c. 46, p. 1094, dit que c bien que la femme eût c connaissance du mauvais effet que sa diligence à c se parer opérerait et au corps et en l'âme de ceux c qui la contempleraient ornée de riches et précieux

< habits , qu'elle ne pécherait néanmoins qu'en s'en € servant. » Et il cite entre autres notre père Sanchez pour être du même avis.

Mais , mon père , que répondent donc vos auteurs aux passages de l'Écriture qui parlent avec tant de véhémence contre les moindres choses de cette sorte? Lessius, dit le père, y a doctement satisfait, Dejust.^ 1. 4, c. 4, d. U, n. H4, en disant que « ces pas- « sages de l'Écriture n'étaient de précepte qu'à « l'égard des femmes de ce temps -là, pour donner « par leur modestie un exemple d'édification aux « païens. » Et d'où a-t-il pris cela, mon père? II n'importe pas d'où il l'ait pris; il suffit que les sentiments de ces grands hommes-là sont toujours probables d'eux-mêmes. Mais le père le Moine a apporté une modération à cette permission générale, car il ne le veut point du tout souffrir aux vieilles : c'est dans sa Dévotion aisée, et entre autres p. 127, 157, 163. f La jeunesse , dît-il , peut être parée de droit natu- « rel. Il peut être permis de se parer en un âge qui € est la fleur et la verdure des ans. Mais il en faut € demeurer là ; le contre-temps serait étrange de i chercher des roses sur la neigei Ce n'est qu'aux

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t étoiles qa'il appartient d'être toujours aul)àl, parce c qu'elles ont le don de jeunesse perpétuelle. Le meîl- € leur donc en ce point serait de prendre conseil de c la raison et d'un bon miroir, de se rendre à la < bienséance et à la nécessité , et de se retirer quand c la nuit approche. » Cela est tout à fait judicieux , lui dis'je. Mais , continua-t-il , afin que vous voyiez combien nos pères ont eu soin de tout; je vous dirai que, donnant permission aux femmes de jouer, et voyant que cette permission leur serait souvent inutile si on ne leur donnait aussi le moyen d'avoir de quoi jouer, ils ont établi une autre maxime en leur f faveur, qui se voit dans Escobar, au chap. Du larcin, tr. 1, ex. 9, n, 13 : a Une femme, dit-il, peut « jouer, et prendre pour cela de l'argent à son mari, » En vérité, mon père, cela est bien achevé. H y a bien d'autres choses néanmoins , dit le père : mais il faut les laisser, pour parler des maximes plus importantes, qui facilitent l'usage des choses saintes, comme, par exemple , la manière d'assister à la messe. Nos grands théologiens Gaspard Hurtado , De sacr., t. 2, d. 5, dist. 2. et Conink, q. 83, a. 6, n. 197, ont enseigné sur ce sujet qu'il c suffit d'être présent à la c messe de corps, quoiqu'on soit absent d'esprit, c pourvu qu'on demeure dans une contenance resf pectueuse extérieurement. » Et Vasquez passe plus avant, car il dit c qu'on satisfait au précepte d'ouïr € la messe, encore même qu'on ait l'intention de n'en f rien faire, i Tout cela est aussi dans Escobar, 1. 1 , ex. 11, n. 74 et 107; et encore au tr. 1,ex. 1, n. 116, où il l'explique par l'exemple de ceux qu on mène à la messe par force, et qui ont l'intention expresse de

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ne )a point entendre. Vraiment , lai dis-je , je ne lie croirais jamais, si un autre me le disait. En effet, ditil y cela a quelque besoin de l'autorité de ces grands hommes ; aussi bien que ce que dit Escobar, au tr. i , ex. 14, n. 31 : c Qu'une méchante intention, comme * de regarder des femmes avec un désir impur, jointe « à celle d'ouïr la messe comme il faut, n*empêche « pas qu'on n'y satisfasse : Nec obcst alia prava inf tentio, ut aspicimdi libidinose feminas. i « Mais on trouve encore une chose commode dans notre savant Turrianus , Select., p. 2, d. 16, dub. 7 : « Qu'on peut ouïr la moitié d'une messe d'un prêtre, € et ensuite une autre moitié d'un autre ; et même < qu'on peut ouïr d abord la fin de l'une, et ensuite f le commencement d'une autre. » Et je vous dirai de plus qu'on a « permis encore d'ouïr deux moitiés f de messe en même temps de deux différents prê- « très, lorsque l'un commence la messe quand l'autre € en est k l'élévation ; parce qu'on peut avoir l'attenc tion à ces deux côtés à la fois, et que deux moitiés « de messe font une messe entière : Duœ medietates f unam missam constituunt, » C'est ce qu'ont décidé nos pères fiauny, tr. 6, q. 9, p. 312 ; Hurtado, Desacr., t. 2, Demissa, d. 5, diff. 4; Azorius, p. 1 , 1. 7, c. 3, q. 3; Escobar, tr. 1 , ex. fi , n. 73, dans le chapitre de la Pratique pour ouïr la messe selon notre société. Et vous verrez les conséquences qu'il en tire, dans ce même livre des éditions de Lyon, des années 1644 et 1646, en ces termes : « De là je conclus que « vous pouvez ouïr la messe en très-peu de temps, t si , par exemple , vous rencontrez quatre messes à c la fois qui soient tellement assorties, que, quand

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