‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 37 sur 83 · DE LA CONFESSION · texte numérisé non relu

DE LA CONFESSION

Cela n'importe , dit le père ; on ne laisse pas d'obliger toujours les confesseurs à les croire : car le père Bauny , qui a traité cette question à fond dans sa Somme des péchés, c. 46, p. 1090, 1091 et 1092, conclut que < toutes les fois que ceux qui récidivent souvent , « sans qu'on y voie aucun amendement, se présen- € tent au confesseur, et lui disent qu'ils ont regret c du passé et bon dessein pour l'avenir, il les en doit « croire sur ce qu'ils le disent, quoiqu'il soit à présu- « mer telles résolutions ne passer pas le bout des lè- € vres. Et quoiqu'ils se portent ensuite avec plus de

< liberté et d'excès que jamais dans les mêmes fautes, f on peut néanmoins leur donner l'absolution selon c mon opinion. > Voilà, je m'assure, tous vos doutes bien résolus.

Mais , mon père, lui dis-je, je trouve que vous imposez une grande charge aux confesseurs, en les obligeant de croire le contraire de ce qu'ils voient. Vous n'entendez pas cela , dit-il ; on veut dire par là qu'ils sont obligés d'agir etd'absoudre, comme s'ils croyaient que cette résolution fût ferme et constante, encore qu'ils ne le croient pas en effet. Et c'est ce que nos pères Suarez et Filiutius expliquent ensuite des passages de tantôt. Car , après avoir dit que c le prêtre est f obligé de croire son pénitent sur sa parole * , ils ajoutent qu'il n'est c pas nécessaire que le confesseur

< se persuade que la résolution de son pénitent s'exéc cutera, ni qu'il le juge même probablement; mais € il suffit qu'il pense qu'il en a à l'heure même le f dessein en général , quoiqu'il doive retomber en « bien peu de temps. Et c'est ce qu'enseignent tous c nos auteurs, ita docent omnes aw^tores.» Douterez-

VOUS d'une chose que nos auteurs enseignent? Maïs , mon père , que deviendra donc ce que le père Pétau a étg obligé de reconnaître lui-même dans la préface de la Pén. publ., p. 4, que c les saints Pères, les docf teurs et les conciles sont d'accord, comme d'une véf rite certaine , que la pénitence qui prépare à l'Eu- € charistie doit être véritable, constante, courageuse, f et non pas lâche et endormie, ni sujette aux rechutes f et aux reprises? » Ne voyez- vous pas, dit-il, que le père Pétau parle de Y ancienne Eglise? Mais cela est maintenant si peu de saison, pour user des termes de nos pères , que , selon le père Bauny , le contraire est seul véritable ; c'est au tr. 4 , q. i 5 , p. 95. f II y a des auteurs qui disent qu'on doit refuser Tabsolu- : tion à ceux qui retombent souvent dans les mêmes péchés , et principalement lorsque , après les avoir plusieurs fois absous , il n'en paraît aucun amendedement : et d*autres disent que non. Mais la seule véritable opinion est qu'il ne faut point leur refuser € l'absolution : et encore qu'ils ne profitent point de € tous les avis qu'on leur a souvent donnés , qu'ils f n'aient pas gardé les promesses qu'ils ont faites de f changer de vie , qu'ils n'aient pas travaillé à se puf rifier , il n'importe : et, quoi qu'en disent les autres , f la véritable opinion , et laquelle on doit suivre , est € que , même en tous ces cas , on les doit absoudre. » Et tr. 4 , q. 22 , p. iOO , qu'on ne doit t ni refuser ni t différer l'absolution à ceux qui sont dans des péchés t d'habitude contre la loi de Dieu , de nature , et de € l'Église , quoiqu'on n'y voie aucune espérance d'at mendenaent , etsi emendationis futurœ nulla spes « appareat. t

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