‹ Les provinciales ou Lettres écritsChapitre 38 sur 83 · DE L'ABSOLUTION · texte numérisé non relu

DE L'ABSOLUTION

Mais , mon père, lui dis-je , cette assurance d*avoir toujours l'absolution pourrait bien porter les pécheurs. . . Je vous entends, dit-il en m'interrompant ; mais écoutez le père Bauny , q. 15 : t On peut absoudre celui € qui avoue que Fespérance d'être absous l'a porté à f pécher avec plus de facilité qu'il n'eût fait sans cette f espérance. * Et le père Caussin , défendant cette proposition, dit, pag. 21 1 de sa Rép. àla Théol. mor., • que « si elle n'était véritable , l'usage de la confession t serait interdit à la plupart du monde » ; et qu'il n'y aurait c plus d'autre remède aux pécheurs , qu'une f branche d'arbre et une corde. » 0 mon père I que ces maximes-là attireront de gens à vos confessionnaux I Aussi , dit-il , vous ne sauriez croire combien il y en vient : c nous sommes accablés et comme opprimés t sous la foule de nos pénitents , pœniteniium nu- ^* mero obruimur » , comme il est dit en l'Image de notre premier siècle , 1. 3, c. 8. Je sais, lui dis-je, un moyen facile de vous décharger de cette presse. Ce serait seulement, mon père, d'obliger les pécheurs à quitter les occasions prochaines : vous vous soulageriez assez par cette seule invention. Nous ne cherchons pas ce soulagement , dit-il; au contraire : car, comme il est dit dans le même livre, 1. 3, c. 7, p. 374, f notre société a pour but de travailler à établir les f vertus , de faire la guerre aux vices , et de servir un f grand nombre d'âmes. » Et comme il y apeu d'âmes qui veuillent quitter les occasions prochaines , on a été obligé de définir ce que c'est qu'occasion prochaine ; comme on voit dans Escobar, en la Pratique de notre société, tr. 7, ex. 4, n. 226 : t On n'appelle « pas occasion prochaine celle où Ton ne pèche que

« rarement, comme de pécher par un transport sou- « dain avec celle avec qui on demeure , trois ou qua- « fois par an » ; ou , selon le père Bauuy , dans son livre français , une ou deux fois par mois, p. \ 082 ; et encore p. 1089, où il demande « ce quon doit faire « entre les mattres et servantes , cousins et cousines « qui demeurent ensemble , et qui se portent mutuel- « lement à pécher par cette occasion. » Il les faut séparer, lui dis-je. C'est ce qu'il dit aussi , « si les re- « chutes sont fréquentes , et presque journalières : « mais s'ils n'offensent que rarement par ensemble, « comme serait une ou deux fois le mois , et qu'ils ne « puissent se séparer sans grande incommodité etdoma mage, on pourra les absoudre , selon ces auteurs, « et entre autres Suarez, pourvu qu'ils promettent « bien de ne plus pécher, et qu'ils aient un vrai regret « du passé. » Je Tentendis bien; car il m'avait déjà appris de quoi le confesseur se/loit contenter pour juger de ce regret. Et le père Bauny , continua-l-il , permet, p. 1083 et 1084, a ceux qui sont engagés dans les occasions prochaines, d*y < demeurer, quand t ils ne les pourraient quitter sans bailler sujet au € monde de parler , ou sans en recevoir de l'incomr modité. > Et il dit de même en sa Théologie morale, tr. 4, De pœnit.y q. 13, p. 93, et q. 14, p. 94, 5 qu'on peut et qu'on doit absoudre une femme qui a c chez elle un homme avec qui elle pèche souvent , si c elle ne le peut faire sortir honnêtement, ou qu'elle t ait quelque cause de le retenir , si non potest hoc neste ejicere, aut habeat aliquam causant retinendi^ f pourvu qu'elle se propose bien de ne plus pécher c avec lui. »

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